Le résultat net cumulé des 12 banques cotées a progressé de 2,7 % à 891 millions de dinars (MDT) au 30 juin 2026. Mais entre records de rentabilité, redressements fragiles et perte semestrielle, les écarts entre les 12 banques cotées n'ont jamais été aussi marqués.
Les locomotives de la rentabilité
Amen Bank signe le meilleur semestre en valeur absolue. Son bénéfice net progresse de 31,1 MDT pour atteindre 161,9 MDT (+23,7 %). Cette hausse dépasse à elle seule celle de l'ensemble du secteur (+23,1 MDT) : sans elle, le résultat cumulé des onze autres banques aurait reculé.
Elle affiche aussi la marge nette la plus élevée, avec 24,2 % des produits d'exploitation bancaire convertis en bénéfice, soit 333 pb de plus qu'un an plus tôt et près du double de la moyenne sectorielle (12,8 %).
Son PNB progresse de 17,7 % à 362,4 MDT, porté par les revenus du portefeuille-titres (+31,8 %, soit 55,6 % du PNB), qui compensent une marge d'intérêt en repli de 4,8 %. Le coefficient d'exploitation tombe à 35,3 % (-299 pb) et le ROE annualisé atteint 19,7 %, contre 16,4 % en 2025.
La BIAT poids lourd de la cote, en est aussi la championne de la rentabilité. Son résultat net de 271,4 MDT (+10,3 %) représente 30,5 % de celui des banques cotées, et son ROE annualisé de 24,2 % est le plus élevé du secteur (18,3 % en 2025).
Elle le doit à un coût du risque divisé par plus de deux (25,4 MDT, -54,6 %), qui compense un RBE stable (436,2 MDT, -0,8 %) et un coefficient d'exploitation en hausse de 138 pb à 46,4 %. Elle reste première sur les volumes : PNB de 802,7 MDT (21,1 % du secteur), dépôts de 23.021 MDT et gains de change de 105,5 MDT, soit 38,8 % de ceux de toute la cote.
Attijari bank s'appuie sur la ressource la plus riche en dépôts à vue. Ceux-ci progressent de 22,4 % en six mois à 6.589 MDT et représentent 55,1 % de ses dépôts, contre 36,7 % pour le secteur (+796 pb depuis fin 2025).
Associée à des revenus du portefeuille-titres en hausse de 54,1 % à 147,1 MDT, cette base soutient un PNB de 374,8 MDT (+5,1 %), malgré des crédits nets en recul de 3,5 % et une marge d'intérêt en baisse de 22,3 %.
Le résultat net gagne 5,9 % à 123,1 MDT, avec une marge nette de 20,1 % et un coefficient d'exploitation de 50,9 % (-128 pb). Son ROE annualisé de 24 % (23,1 % en 2025) la place au deuxième rang, à un souffle de la BIAT (24,2 %).
Efficience et intermédiation classique
La Banque de Tunisie est la banque la plus efficiente de la cote. Son coefficient d'exploitation de 34,6 % est le plus bas du secteur (48,6 % pour l'ensemble), et son RBE représente 40,2 % de ses produits d'exploitation bancaire, la marge la plus élevée, en hausse de 285 pb.
C'est aussi elle qui tire le mieux parti de l'intermédiation : sa marge d'intérêt progresse de 18,5 % à 166,7 MDT (57,1 % du PNB), à contre-courant d'un secteur où elle recule de 8,6 %. Le PNB gagne 11,8 % à 292,1 MDT, le RBE 11,9 % à 191,8 MDT et le résultat net 12,5 % à 95,6 MDT.
Le ROE annualisé s'établit à 13,1 % (13,9 % en 2025), l'érosion tenant à des fonds propres moyens en hausse de 7 %.
WIFAK BANK incarne l'intermédiation classique. Sa marge d'intérêt progresse de 22,9 % à 41,6 MDT, la meilleure performance de la cote, et pèse 69,7 % de son PNB, contre 30,9 % pour le secteur.
Son portefeuille-titres ne représente que 2,8 % du bilan, la banque n'ayant pas accès aux titres à revenus variables. Le PNB gagne 19,3 % à 59,6 MDT, portant le RBE à 15 MDT (+25,6 %). La collecte est soutenue, avec des dépôts en hausse de 8,8 % à 1.574 MDT, dont des comptes d'épargne en progression de 16,3 %, la meilleure du secteur, et un bilan qui grossit de 7,5 %.
Mais les charges opératoires bondissent de 17,4 % (salaires +20,4 %) et absorbent l'essentiel du gain : le résultat net reste quasi stable à 2,2 MDT (+1,6 %) et le ROE annualisé recule à 2,6 %, contre 4,9 % en 2025.
L'UIB se distingue par la discipline de ses frais. Ses charges opératoires n'augmentent que de 1,6 % à 148,2 MDT, la hausse la plus faible de la cote (+6,7 % pour l'ensemble), tout comme ses salaires (+1,6 %, contre 8,1 % pour le secteur).
Le coefficient d'exploitation s'améliore de 231 pb à 54,1 % et le RBE progresse de 11,6 % à 125,8 MDT, soit une marge d'exploitation de 27,9 % (+309 pb). Son bilan est le plus orienté vers le crédit (crédits nets égaux à 74,1 % du total), même si l'encours recule de 0,8 %.
Elle développe aussi le plus vite son portefeuille-titres (+20,9 % à 911,7 MDT), à partir d'une base modeste. Le résultat net gagne 6,6 % à 52,3 MDT et le ROE annualisé reste stable à 9,9 % (10,2 % en 2025).
Volumes et collecte : BNA et UBCI
La BNA Bank réalise la meilleure collecte de la cote : ses dépôts progressent de 10,6 % à 15.393 MDT, soit 1.479 MDT de ressources nouvelles, plus du tiers (35,6 %) de l'augmentation des dépôts du secteur. La hausse est tirée par les dépôts à terme (+17,8 %) et à vue (+10,7 %).
Elle détient aussi le plus gros portefeuille-titres (9.773 MDT, 38,4 % du bilan), dont les revenus de 403,4 MDT (+12,3 %) représentent 72,0 % du PNB. Ses crédits nets, les plus importants du secteur (14.548 MDT), stagnent en revanche (+0,1 %) et sa marge d'intérêt recule de 22,5 %.
Le résultat net gagne 13,8 % à 156,3 MDT, avec un coefficient d'exploitation de 38 %, l'un des trois meilleurs du secteur, et un ROE annualisé de 13,4 % (12,9 % en 2025).
L'UBCI est la banque dont le bilan grossit le plus vite : +10,2 % à 6.218 MDT, soit 573,9 MDT de plus en six mois. Ses crédits bruts progressent de 14,1 % à 4.292 MDT et ses crédits nets de 14,7 % à 4.030 MDT.
Ces 515,8 MDT de crédits nets supplémentaires dépassent l'augmentation de l'ensemble de la cote (+372,6 MDT), où les autres banques ont, au total, réduit leurs encours. Elle finance cette expansion par des dépôts en hausse de 9,2 % (dont 53,2 % à vue) et des ressources spéciales en hausse de 28,7 %.
Le PNB gagne 10,9 % à 194,9 MDT, le RBE 14,7 % à 69 MDT et le résultat net 9,7 % à 30 MDT, malgré un coût du risque de 11,3 MDT en forte hausse. Le coefficient d'exploitation reste élevé (64,7 %, -118 pb) et le ROE annualisé fléchit à 10,4 % (12,3 % en 2025).
Un redressement à confirmer pour la BTE
La plus petite banque de la cote, BTE Bank, signe la plus forte progression du PNB (+25,3 % à 43,6 MDT) et redevient bénéficiaire : 1,4 MDT de résultat net, contre une perte de 5,5 MDT au premier semestre 2025.
Son coefficient d'exploitation, encore élevé à 82,9 %, s'améliore de 1.416 pb, la correction la plus spectaculaire du secteur, et son RBE passe de 1 à 7,4 MDT. Ses dépôts à vue progressent le plus (+31 %), ses crédits nets gagnent 7,7 % à 1.167 MDT (deuxième meilleure performance après l'UBCI) et les revenus de son portefeuille-titres bondissent de 73,4 %.
Le ROE annualisé ressort à 10,2 %, contre -25,9 % en 2025, mais sur des fonds propres moyens de 27,7 MDT seulement, en recul de 27,6 %. Le redressement est réel, la marge de manœuvre reste étroite.
Sous la pression du risque et des arbitrages
BH Bank est celle où le risque pèse le plus. Ses dotations pour risque de crédit atteignent 158,2 MDT (+81,3 %), soit 23,9 % du coût du risque de toute la cote, et absorbent 85,7 % de son RBE de 184,6 MDT.
L'activité tient pourtant bon : le PNB progresse de 8,7 % à 345,7 MDT, la marge d'intérêt (+3,7 %) fait partie des six seules de la cote à augmenter et le RBE gagne 6,3 %, malgré un coefficient d'exploitation en hausse de 109 pb à 47,2 %.
Le résultat net n'en tombe pas moins à 15,2 MDT (-72 %), soit une marge nette et un ROE annualisé de 2,2 % (3 % en 2025). BH Bank reste aussi la première utilisatrice de ressources spéciales (1.298 MDT, -11 %), devant la BIAT (1.203 MDT).
L'ATB est la seule banque déficitaire du semestre, avec une perte de 27,6 MDT contre un bénéfice de 2,6 MDT un an plus tôt. Sa gestion de la ressource n'est pourtant pas en cause : elle réalise la plus forte baisse de charges d'exploitation bancaire de la cote (175,1 MDT, -22,6 %), ce qui porte son PNB à 187 MDT (+9,2 %) alors que ses produits d'exploitation bancaire reculent de 8,9 %.
Ses dépôts à vue progressent de 14,7 % et pèsent 34,6 % de ses dépôts (+520 pb depuis fin 2025), et son RBE gagne 12,8 % à 48,1 MDT. Mais le coût du risque, presque doublé à 72,3 MDT (+95,1 %), dépasse le RBE et fait plonger le résultat d'exploitation à -24,2 MDT, sur fond de crédits nets en recul de 5,8 %, la plus forte contraction de la cote.
La STB est la banque dont le modèle a le plus basculé vers le portefeuille-titres. Les revenus du portefeuille progressent de 19,7 % à 225,7 MDT et représentent 71,9 % du PNB, contre 53,8 % un an plus tôt, tandis que la marge d'intérêt s'effondre de 88,5 % à 9,2 MDT (3,0 % du PNB).
Le portefeuille lui-même gagne 7,9 % à 5 273,5 MDT et pèse 33,2 % du bilan, le deuxième poids de la cote après la BNA. Le pari ne paie pas : c'est la seule banque dont le PNB recule (-10,5 % à 313,7 MDT), son RBE lâche 27,9 % à 126,7 MDT, son coefficient d'exploitation se dégrade de 982 pb à 60 % et son résultat net fond de 59,4 % à 9,1 MDT.
Une bonne nouvelle toutefois : son coût du risque baisse de 15,4 % à 130,3 MDT, la deuxième meilleure amélioration après la BIAT.
Avec Tera Finances
Publié le 28/09/26 10:04




