L'intermédiaire en Bourse MAC SA vient de publier une analyse consacrée aux réalisations des banques cotées au terme de l'exercice 2025, qui marque une phase de transition vers un modèle bancaire plus prudent, dans un environnement encore contraint malgré l'assouplissement monétaire engagé par la BCT.

L'exercice 2025 confirme la transition vers un modèle bancaire plus prudent et défensif, dans un environnement macroéconomique encore contraint et marqué par un assouplissement monétaire progressif engagé par la Banque Centrale de Tunisie.
Une liquidité renforcée, tirée par une collecte robuste
Les banques cotées ont démontré une forte capacité de mobilisation de l'épargne, avec des dépôts en hausse de +7,5% à 106,7 milliards de dinars, malgré la baisse du TMM et du TRE.
À l'inverse, l'activité de crédit demeure atone (+1,8% à 86 milliards de dinars), traduisant une faible demande de financement bancaire d'une part et une volonté sectorielle d'améliorer les équilibres bilanciels et d'anticiper les exigences prudentielles (Bâle III, IFRS), d'autre part.
Le ratio de transformation recule ainsi à 80,6%, son plus bas niveau observé, reflétant :
- une prudence accrue face aux risques macroéconomiques,
- un effet d'éviction du crédit privé au profit du financement de l'État,
- une priorité donnée à la liquidité et à la solvabilité.
Mutation de la structure des revenus
Le Produit Net Bancaire agrégé progresse modérément de +4,3% à 7 290 MDT. Toutefois, sa composition évolue significativement :
- la marge d'intérêt recule fortement (-18,5%), pénalisée par la faible croissance des crédits et le resserrement des marges ;
- les commissions stagnent (+1,1%) sous contrainte réglementaire ;
- les activités de marché deviennent le principal moteur de croissance (+32,4%), soutenues par l'augmentation des portefeuilles obligataires et le financement domestique de l'État.
Cette recomposition renforce la dépendance aux revenus liés aux titres souverains.
Pression persistante sur l'efficience
La dynamique des charges (+7,3%) dépasse celle des revenus, portant le coefficient d'exploitation à 48%, son plus haut niveau depuis 2019. Malgré quelques améliorations individuelles, la tendance sectorielle confirme des défis structurels en matière de maîtrise des coûts.
Rentabilité préservée et valorisation attractive
En dépit des contraintes, la capacité bénéficiaire reste résiliente. Les bénéfices agrégés devraient progresser, selon nos estimations, de +5,2% en 2025E pour atteindre 1,58 Md TND, soutenus par une baisse attendue du coût du risque.
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Sur le plan boursier, après une hausse des cours de +9,65% depuis le début de l'année de l'indice des banques, le secteur affiche :
- un P/E moyen 2025E attractif de 10,4x ;
- un rendement dividende estimé à 5,3%, sous réserve du respect des exigences prudentielles encadrées par la Banque Centrale de Tunisie.
Le secteur bancaire coté tunisien aborde 2026 avec des fondamentaux de liquidité et de solvabilité renforcés, mais dans un contexte de croissance modérée, de dépendance accrue aux activités de marché et de pression réglementaire croissante.
La sélectivité demeure clé, tant sur le plan opérationnel que boursier, dans un environnement où la visibilité reste conditionnée par l'évolution de la situation macroéconomique et budgétaire.
Collecte des dépôts bancaires : une résilience confirmée malgré un environnement contraignant
Dans un contexte macroéconomique peu porteur et marqué par des conditions monétaires encore exigeantes, le secteur bancaire coté a démontré une résilience notable en matière de collecte en 2025. L'encours global des dépôts s'est établi à 106,7 milliards de dinars, en progression annuelle de 7,5%, confirmant la capacité des banques à mobiliser l'épargne dans un environnement moins accommodant.
Cette performance intervient alors que la Banque Centrale de Tunisie a engagé un assouplissement progressif de sa politique monétaire, à travers deux baisses du taux directeur totalisant 100 points de base en 2025 (-50 pb en mars et -50 pb en décembre).
Ces ajustements ont entraîné un recul du TMM de 50 pb sur l'année ainsi qu'une diminution de 50 pb du taux minimum de rémunération de l'épargne (TRE) entre décembre 2024 et décembre 2025. En dépit de ces facteurs a priori défavorables, la dynamique de collecte est demeurée solide.
L'ensemble des catégories de ressources a enregistré des évolutions positives. Les dépôts à terme se sont particulièrement distingués, affichant la croissance la plus soutenue du secteur (+12,2% à 31,9 milliards de dinars). À l'exception de l'ATB, toutes les banques cotées ont amélioré leurs encours, une performance appréciable compte tenu du climat économique morose.
Crédit bancaire : une croissance atone sous contrainte prudentielle
En 2025, l'activité de crédit des banques cotées a continué de marquer le pas, contrastant nettement avec la bonne tenue de la collecte des dépôts. L'encours global des crédits des banques cotées n'a progressé que de 1,8% pour atteindre 86 milliards de dinars, un rythme certes supérieur à celui observé en 2024 (+0,8%), mais qui demeure structurellement faible.
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L'essoufflement de la distribution du crédit, observé depuis 2023, s'explique selon nous par une combinaison de facteurs exogènes et endogènes.
- Facteurs exogènes, le climat des affaires reste peu favorable à l'investissement privé, dans un contexte marqué par une politique monétaire restrictive, avec un taux directeur maintenu au-delà de 7% courant 2025. Ces éléments ont pesé significativement sur la demande de financement bancaire.
- Facteurs endogènes, le contexte tunisien est caractérisé par la préparation progressive aux exigences de Bâle III et par l'adoption prochaine des normes IFRS, incitant les banques à modérer l'expansion de leurs portefeuilles de crédits. L'objectif est clair : ramener rapidement le ratio de transformation sous le seuil des 100%, afin de préserver la liquidité, d'optimiser les ratios prudentiels et de sécuriser la rentabilité ajustée du risque. À défaut, les établissements seraient contraints de solliciter leurs actionnaires pour des apports additionnels en fonds propres.
Une légère amélioration du PNB, portée par la solide performance des activités de marché
Au terme de l'exercice 2025, les banques cotées affichent un Produit Net Bancaire agrégé de 7 290 MDT, en petite progression de +4,3%, quasiment au même rythme de croissance que l'année dernière. Plus en détails :
▪ Marge d'intérêt : Historiquement premier contributeur aux revenus du secteur bancaire coté, la marge d'intérêt a rétrogradé en 2025 au rang de second contributeur au PNB, une première sur la dernière décennie. Elle affiche sur l'exercice un repli marqué de 18,5 % (-583 MDT), pénalisée par la faible dynamique de l'activité commerciale et par un resserrement prononcé de la marge d'intermédiation. Dans ce contexte, les encours de crédits consolidés du secteur coté n'ont progressé que de 1,8 %, traduisant une contribution limitée du secteur bancaire au financement de l'économie réelle.
▪ Marge sur commissions : Une légère amélioration de +1,1% en 2025 (+15 MDT) pénalisée par le contrôle réglementaire des tarifs bancaires exercé par la Banque Centrale de Tunisie, le ralentissement de l'activité d'intermédiation, ainsi que par un taux de pénétration encore faible des services digitaux auprès de la clientèle.
▪ Résultat des activités de marché : Les activités de marché ressortent comme le principal moteur de croissance du PNB mais aussi sont devenues désormais le principal contributeur au PNB, avec une hausse marquée de +32,4% (+806,5 MDT), après une progression déjà soutenue de +18% en 2023. Cette performance s'inscrit dans un environnement de taux favorable à l'activité obligataire et s'explique également par une augmentation significative des portefeuilles de titres d'investissement, en hausse de +23,4% en 2025, après +32,4 % en 2024.
Cette expansion des portefeuilles d'investissement est principalement attribuable à la souscription accrue des banques aux émissions de BTA, de BTC et aux emprunts nationaux émis par l'État tunisien, dans le cadre du financement des besoins budgétaires.
Le poids du résultat des activités de marché se renforce dans la structure du PNB des banques cotées de +10 pts passant de 35,4% en 2024 à 45,4% en 2025. Une montée en charge qui s'est opérée au détriment de la marge d'intérêt dont le poids cède -9,5 pts passant de 44,9% à 35,4% durant la même période.
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Publié le 19/02/26 09:24




