La Tunisie se retrouve, malgré elle, en première ligne économique d'un conflit lointain. Sans une accélération massive de la transition énergétique ou une détente diplomatique rapide au Moyen-Orient, l'année 2026 pourrait être celle d'un ajustement douloureux pour le contribuable tunisien.
Par Omar EL Oudi
Alors que le Golfe s'embrase et que le conflit en Iran franchit un nouveau cap, l'onde de choc ne se limite plus aux champs de bataille. À Tunis, les calculettes du ministère des Finances s'affolent. Pour une économie structurellement dépendante de ses importations d'énergie, chaque baril de Brent qui brûle au large d'Ormuz est une ponction directe dans les coffres de l'État.
La Loi de Finances 2026 a été bâtie sur une hypothèse qui semble aujourd'hui bien fragile : un prix moyen du baril de Brent à 63,3 dollars et une stabilisation du taux de change du dinar tunisien par rapport aux principales devises.
Or, avec l'intensification des frappes et les menaces sur le détroit d'Ormuz -par où transite 20 % du pétrole mondial- le cours a déjà franchi la barre des 80 dollars, avec des pointes à 82 dollars ces dernières 48 heures.
L'expert en marchés financiers Moez Hadidane tire la sonnette d'alarme. Selon les données réactualisées pour l'exercice 2026, l'impact d'une hausse d'un dollar est désormais estimé à 164 millions de dinars, contre 140 millions de dinars auparavant. " Si le baril se stabilise à 80 dollars en moyenne annuelle, le surcoût pour le budget tunisien atteindrait près de 2,4 milliards de dinars ", prévient-il.
Impact sur le budget et les subventions
Le premier verrou à sauter est celui des subventions. En Tunisie, l'État absorbe la majeure partie de la différence entre le prix réel et le prix à la pompe pour préserver le pouvoir d'achat. Mais cette éponge budgétaire a ses limites.
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En effet, une révision à la hausse des prix à la pompe deviendra ainsi inéluctable. Les analystes prévoient des ajustements automatiques plus fréquents pour limiter l'hémorragie des finances publiques.
De plus, avec un surcoût potentiel de plusieurs milliards, l'objectif de déficit prévu pour 2026 devient une cible mouvante, menaçant la capacité de l'État à financer ses investissements publics.
Déficit commercial et pression sur le dinar
Le déficit commercial énergétique, qui s'établissait déjà à près de 927 millions de dinars pour le seul mois de janvier 2026, risque d'exploser étant donné que la Tunisie importe près de 60 % de ses besoins énergétiques.
D'ailleurs, chaque dollar supplémentaire payé pour le pétrole est une devise qui quitte le pays, pesant lourdement sur les réserves de la Banque Centrale.
Par ailleurs, la pression sur la balance des paiements pourrait fragiliser le dinar face au dollar, créant un cercle vicieux. Un dinar plus faible renchérit encore davantage la facture pétrolière libellée en billets verts.
Les industries énergivores, le "Mur" du coût de production
Pour les secteurs où l'énergie représente jusqu'à 30 % ou 40 % des coûts totaux, l'envolée du Brent est une menace existentielle. Plusieurs industries dépendent lourdement du gaz naturel et de l'électricité (dont 95 % est produite à partir du gaz en Tunisie).
Or, le prix du gaz importé est indexé sur celui du pétrole. Les analystes prévoient une hausse mécanique des prix des matériaux de construction, risquant de paralyser davantage le secteur du BTP.
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Bien que moins gourmands en énergie directe que le secteur industriel classique, le textile et l'agroalimentaire, deux piliers de l'exportation tunisienne, seront frappés par les coûts indirects. L'augmentation du prix du gasoil pour le transport routier et des tarifs de fret maritime renchérit chaque pièce livrée.
Scénarios pour 2026, entre tension et rupture
Les analystes de la place s'accordent sur trois scénarios. Le scénario d'un prix de baril à 80 dollars (actuel) avec une tension prolongée, obligera l'État à couper dans les dépenses d'investissement (déjà faibles) pour compenser la facture énergétique.
Quant au scénario d'un baril à 100 dollars et en cas de blocage partiel de l'approvisionnement iranien, le choc deviendrait systémique imposant des mesures d'austérité énergétique sévères en Tunisie.
Au-delà des 110 dollars le baril, ça devient un scénario de rupture où la question ne serait plus le prix, mais la disponibilité même du produit.
Publié le 03/03/26 09:11




