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L’Indonésie lorgne le phosphate algérien

Après avoir engagé un rapprochement avec l'Algérie autour du phosphate, le groupe indonésien Pupuk Indonesia envisage désormais d'investir dans des actifs miniers du pays.

 

 

Le groupe public indonésien Pupuk Indonesia, spécialisé dans la production et la distribution d'engrais, étudie des possibilités d'investissement dans des mines de phosphate et de potasse en Algérie.

Le groupe examine des opportunités d'investissement, voire d'acquisition, dans des actifs miniers au Bélarus, au Canada, en Russie et en Algérie. Cette démarche a été présentée le 3 novembre 2026 à Jakarta par Dade Sanja Wijaya, vice-président chargé de la stratégie de Pupuk Indonesia, lors d'une conférence consacrée au secteur minier.

L'objectif est de sécuriser l'accès aux matières premières nécessaires à la fabrication des engrais et de réduire la dépendance du groupe aux approvisionnements extérieurs. Pupuk Indonesia ne possède actuellement aucune mine de phosphate ni de potasse, une situation que son responsable considère comme un frein au développement de ses activités.

Un rapprochement déjà engagé avec l'Algérie

Deux pistes sont envisagées : des accords de coopération entre États ou des partenariats directs entre entreprises. Pour l'Algérie, il s'agit donc, à ce stade, d'une possibilité d'investissement à l'étude et non d'un nouvel accord déjà conclu.

L'intérêt indonésien s'inscrit néanmoins dans une coopération qui a déjà connu une première avancée. Le 20 janvier 2026, Pupuk Indonesia et la société algérienne Somiphos, filiale du groupe public Sonarem, ont signé un mémorandum d'entente portant sur le développement de la filière phosphate.

 

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Cet accord prévoit notamment la possibilité d'approvisionner le groupe indonésien en phosphate algérien, avec des volumes pouvant atteindre un million de tonnes par an. Il porte également sur l'étude d'investissements conjoints dans l'exploitation minière, la transformation et le développement de produits dérivés du phosphate.

La coopération n'a toutefois pas encore atteint le stade de la réalisation. Le 15 octobre, le vice-ministre indonésien de l'Agriculture, Muhammad Saleh Mustafa, appelait encore à accélérer les discussions en vue de la conclusion d'un accord d'étude conjointe (Joint Study Agreement), préalable à l'examen de projets d'investissement plus concrets.

Des besoins croissants en matières premières

Pour Pupuk Indonesia, l'intérêt porté à l'Algérie répond à un besoin industriel précis. Le groupe s'approvisionne en phosphate notamment auprès de la Jordanie, du Maroc, de l'Égypte et de l'Australie. Pour la potasse, il dépend principalement du Canada, du Bélarus et de la Russie.

Cette dépendance intervient alors que le groupe entend augmenter ses capacités de production d'engrais NPK, qui associent azote, phosphore et potassium. Selon les données rapportées par la presse indonésienne, celles-ci devraient passer de 4,6 millions à 5,9 millions de tonnes par an d'ici 2030.

Dans le même temps, les importations de phosphate du groupe pourraient progresser de 1,8 à 2,3 millions de tonnes annuelles.

L'accès à de nouvelles ressources constitue ainsi un enjeu pour sécuriser les approvisionnements et maîtriser les coûts de production. Le rapprochement avec l'Algérie pourrait offrir au groupe une nouvelle source de phosphate, tout en lui ouvrant des perspectives dans les activités d'extraction et de transformation.

Un projet intégré de plusieurs millions de tonnes dans l'Est algérien

Du côté algérien, le projet de phosphate intégré s'articule autour du gisement de Bled El Hadba, dans la wilaya de Tébessa, et d'un complexe de transformation à Oued Kebrit, dans la wilaya de Souk Ahras, avec des installations portuaires dédiées à Annaba.

Le 12 août 2026, Sonatrach et Algerian Fertilizer Company ont signé deux contrats de réalisation avec le groupe italien Saipem et la société chinoise CHEC. Le premier porte sur les installations de transformation et de production d'engrais, tandis que le second concerne les infrastructures portuaires du port d'Annaba.

La première phase prévoit notamment une capacité d'extraction de 5,5 millions de tonnes de phosphate brut par an à Bled El Hadba, pour une production de 3,2 millions de tonnes de phosphate concentré. À Oued Kebrit, le complexe industriel doit produire annuellement 2,4 millions de tonnes d'engrais phosphatés et 570 000 tonnes d'engrais azotés, dont l'urée.

Les travaux ont officiellement été lancés en septembre dernier, avec la pose de la première pierre du complexe d'extraction et d'enrichissement à Bled El Hadba. Le dispositif doit également être accompagné d'infrastructures ferroviaires et portuaires permettant d'acheminer les matières premières vers les unités industrielles, puis d'exporter les produits finis.

Jihen Mkehli

 

Publié le 06/11/26 10:39

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