Avec un investissement de 239 millions de dollars et une capacité de production de 200 000 tonnes par an, le Maroc prépare l'arrivée d'une nouvelle filière industrielle dédiée aux carburants d'aviation durables.
Le Maroc pourrait accueillir l'une des premières grandes unités de production de carburant d'aviation durable en Afrique du Nord.
À Nador West Med, un projet industriel de 239 millions de dollars porté par Green Sky Capital pourrait bénéficier d'un financement de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) pouvant atteindre 135 millions de dollars. Shell a déjà réservé une partie importante de la future production.
Un financement de la BERD relevé à 135 millions de dollars
La BERD a porté de 105 à 135 millions de dollars le plafond du prêt envisagé pour la construction de cette usine, soit une hausse de 30 millions de dollars en deux semaines. Le projet, baptisé Manara Morocco, est développé par Green Sky Capital Manara, une société soutenue par Green Sky Capital Management, le groupe qatari Al Mana Holding et l'investisseur saoudien Vision Invest.
Le financement envisagé comprend une tranche de 85 millions de dollars et une seconde de 50 millions qui n'est pas encore engagée. Jusqu'à 20 millions de dollars pourraient provenir du Fonds vert pour le climat, tandis que l'Union européenne apporterait une garantie couvrant une partie du risque de première perte.
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Le dossier n'est toutefois pas encore définitivement approuvé. Il doit être soumis au conseil d'administration de la BERD le 2 décembre 2026. Le coût total de l'investissement est estimé à 239 millions de dollars, le promoteur devant mobiliser les ressources complémentaires nécessaires.
Une capacité de production de 200 000 tonnes par an
Implantée sur une superficie d'environ 88 000 mètres carrés dans la zone industrielle et logistique de Betoya, au sein du complexe Nador West Med, l'installation devrait produire jusqu'à 200 000 tonnes de carburant d'aviation durable par an.
La future usine utilisera la technologie HEFA, qui permet de transformer des matières grasses en carburants renouvelables. Elle traitera notamment des huiles de cuisson usagées, des graisses et d'autres résidus collectés au Maroc. Des importations pourront compléter l'approvisionnement si les ressources locales ne suffisent pas.
Le procédé, exploité sous licence du groupe français Axens, permettra également de produire du gazole renouvelable, du bionaphta et du biopropane. Le carburant destiné à l'aviation sera compatible avec les moteurs et les infrastructures aéroportuaires existants, sans nécessiter de modification des appareils.
Shell réserve 150 000 tonnes de la future production
Le projet a franchi une autre étape avec la signature, le 2 novembre, d'un contrat d'achat à long terme entre Shell Trading Rotterdam et Green Sky Manara.
L'accord accorde au groupe britannique des droits exclusifs d'achat sur environ 150 000 tonnes par an de carburant d'aviation durable, ou un volume équivalent d'huile végétale hydrotraitée (HVO), ainsi que sur le bionaphta et le biopropane issus de l'installation.
Ce contrat constitue un débouché commercial important pour une usine qui n'est pas encore construite. Il peut aussi contribuer à sécuriser son financement en donnant de la visibilité sur une partie des ventes futures. Le démarrage de la production est prévu en octobre 2028.
Le choix de cette filière répond notamment à l'évolution de la réglementation européenne. Depuis janvier 2025, le règlement ReFuelEU Aviation impose aux fournisseurs de carburant des aéroports de l'Union européenne une part minimale de 2 % de carburants d'aviation durables dans les approvisionnements. Ce seuil doit passer à 6 % en 2030, 20 % en 2035 et 70 % en 2050.
Jihen Mkehli
Publié le 05/11/26 15:34




