
Les indicateurs du marché de l'emploi pour le troisième trimestre 2025 confirment une situation économique fragile, marquée par un ralentissement de la dynamique d'activité, une pression persistante sur le chômage et des disparités qui continuent de façonner la structure du marché du travail en Tunisie.
Selon les données publiées ce samedi 15 novembre 2025 par l'Institut National de la Statistique (INS), la population active a reculé légèrement à 4,259 millions au terme du troisième trimestre de l'année en cours. En apparence anodin, ce chiffre est révélateur : un taux d'activité qui glisse à 46,1 % et une population active féminine toujours marginalisée (31,4 %).
Cette stagnation traduit non pas une amélioration, mais un découragement croissant, en particulier chez les femmes et les jeunes diplômés. Une partie de la population pourrait sortir du marché du travail faute de perspectives, un phénomène classique dans les économies en ralentissement.
Repli du nombre d'occupés : une absorption insuffisante de la main-d'œuvre
Les données de l'INS révèlent un repli du nombre d'occupés à 3,605 millions de personnes. Bien que faible, cette baisse intervient dans un contexte où l'économie aurait dû commencer à absorber davantage de travailleurs après plusieurs années de tensions et de crises successives.
La structure sectorielle renforce ce diagnostic : 53,5 % des emplois dans les services, souvent précaires et peu productifs, seulement 19,2 % dans les industries manufacturières, 13,2 % dans les industries non manufacturières et 14,2 % dans l'agriculture, secteur en crise continue.
Cette répartition confirme la faiblesse du tissu industriel et l'incapacité de l'économie à créer des emplois qualifiés à forte valeur ajoutée.
Le chômage augmente : un signal d'alerte malgré la modération de la hausse
Le taux de chômage remonte légèrement à 15,4 % contre 15,3 % à fin juin dernier. En soi, cette hausse est modeste. Mais le détail par sexe révèle des déséquilibres préoccupants : 12,1 % chez les hommes (légère amélioration) et 22,4 % chez les femmes, en nette détérioration.
Ce fossé illustre l'exclusion persistante des femmes du marché du travail et l'absence de politiques efficaces en faveur de leur insertion. Le chômage féminin, deux fois plus élevé que celui des hommes, est un marqueur d'inégalités structurelles profondes et d'un manque d'opportunités économiques.
Un taux de chômage alarmant chez les jeunes
La tranche d'âge 15-24 ans, qui représente la future force productive du pays, est la plus durement frappée. Avec un taux de 40,1 %, en hausse de plus de 3 points en un trimestre, la situation devient critique.
Deux éléments aggravants : un chômage de 38,9 % chez les jeunes hommes et 42,7 % chez les jeunes femmes.
L'économie tunisienne échoue donc à offrir un premier emploi, pourtant décisif dans les trajectoires professionnelles et sociales. Ce niveau de chômage crée un risque réel de décrochage définitif, alimentant la migration, le travail informel ou l'inaction durable.
Les diplômés du supérieur : une contradiction explosive
Les diplômés de l'enseignement supérieur affichent un taux de chômage de 24,9 %, en hausse également. La fracture est spectaculaire : 14,5 % chez les hommes diplômés et 32,3 % chez les femmes diplômées.
Cette situation reflète un paradoxe structurel : la Tunisie produit chaque année un nombre croissant de diplômés… que l'économie est incapable d'absorber. Cette inadéquation entre formation et demande du marché handicape fortement la croissance et génère un gaspillage massif de capital humain.
Omar EL Oudi
Publié le 15/11/25 14:07




