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Ahlem Bel Hadj Ammar, Présidente de la CCITS : « Notre histoire commune est une base pour construire, pas un point d'arrivée »

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L'année 2026 marque un jalon historique : les 70 ans des relations bilatérales entre la Tunisie et la Suisse. Loin d'être une simple commémoration, cet anniversaire célèbre sept décennies d'un partenariat solide, dynamique et en constante réinvention.

À la tête de la Chambre de Commerce et d'Industrie Tuniso-Suisse, sa Présidente, Madame Ahlem Bel Hadj Ammar, incarne cette dynamique avec audace, conviction et une vision résolument moderne.

Seule femme à diriger une chambre bilatérale de cette envergure, elle dresse pour nous le bilan de ce riche héritage, lève le voile sur les actions concrètes d'accompagnement sur le terrain, et partage sa vision d'un leadership authentique pour écrire les 70 prochaines années de cette alliance d'excellence. Rencontre.

 

 

La Tunisie et la Suisse fêtent cette année 70 ans de relations bilatérales. Quel regard portez-vous sur l'évolution de ce partenariat, et comment la CCITS s'inscrit-elle dans cet héritage historique ?

Cette célébration n'est pas un simple exercice de mémoire, c'est une occasion de mesurer le chemin parcouru. En 70 ans, la relation tuniso-suisse est passée d'échanges ponctuels à un ancrage économique solide : plus de 104 entreprises suisses présentes en Tunisie, la Suisse au 10e rang des investisseurs directs étrangers et au 5e rang pour la création d'emplois directs, avec environ 15 000 postes.

La CCITNCH s'inscrit dans cet héritage comme un trait d'union vivant, pas seulement institutionnel : notre gala du 23 juin, sous le thème " Héritage & Perspectives ", a justement voulu montrer que cette histoire commune est une base pour construire, pas un point d'arrivée.

 

Si vous deviez citer trois grandes réussites ou jalons de la coopération économique tuniso-suisse au cours des dernières décennies, quels seraient-ils ?

Si je devais retenir trois moments clés, je citerais d'abord l'implantation continue et croissante des entreprises suisses en Tunisie, aujourd'hui plus de 104, qui ont fait de la Suisse le 10ème investisseur étranger et le 5ème créateur d'emplois directs avec environ 15 000 postes, une présence qui s'est construite dans la durée.

Le deuxième jalon, c'est la coopération structurée autour de la formation professionnelle, notamment à travers le programme TAKWEEN porté par Swisscontact : plus de 40 formations cocertifiées ont vu le jour dans des secteurs stratégiques comme le numérique, l'énergie ou l'agriculture, avec un impact direct sur l'employabilité des jeunes.

Enfin, je dirais que cette année 2026 elle-même restera un jalon marquant, avec les différents événements organisés pour célébrer ces 70 ans qui ont mis en lumière toute la richesse de cette relation bilatérale.

 

En tant que présidente, quel bilan tirez-vous des actions récentes de la Chambre pour dynamiser les investissements réciproques ?

Ces derniers mois ont été particulièrement denses. Le forum du 28 avril sur le climat des affaires en Tunisie a réuni des acteurs clés du secteur privé et institutionnel pour identifier concrètement les freins et leviers à l'investissement. Nous avons également renforcé nos partenariats structurants avec " FIPA "

(Foreign Investment Promotion Agency) et " TIA " (Tunisia Investment Authority), et d'autres en cours, dont la signature de nouvelles conventions est prévue à la rentrée.

 

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Un autre temps fort a été le lancement du "Focus Market Tunisia", accueilli au sein de la Chambre de commerce, d'industrie et des services de Genève. Sa première édition, le 4 novembre 2025, a connu un beau succès et confirmé l'intérêt de la place genevoise pour le marché tunisien.

Forts de ce résultat, nous préparons une deuxième édition pour novembre 2026, que nous souhaitons élargir davantage, avec l'ambition d'un grand rassemblement à Genève, qui coïncidera avec la célébration des 70 ans de la relation tuniso-suisse.

Cette dynamique a trouvé un point d'orgue symbolique lors de notre gala du 23 juin, qui a mis en lumière l'ensemble des acquis de ces échanges bilatéraux tout au long de ces 70 années.

 

Comment la CCITS accompagne-t-elle concrètement les entreprises suisses qui souhaitent s'implanter en Tunisie, et inversement, les PME tunisiennes visant le marché suisse ?

Notre rôle est d'être un point d'entrée pratique, pas seulement symbolique. Pour les entreprises suisses qui envisagent la Tunisie, nous facilitons la mise en relation avec les bons interlocuteurs institutionnels, FIPA pour l'investissement, TIA, et nous partageons une connaissance fine du terrain qui évite bien des faux pas.

Pour les PME tunisiennes qui visent la Suisse, nous jouons un rôle de mise en réseau et de crédibilisation, en nous appuyant sur notre légitimité bilatérale et sur des partenaires privés et publics suisses.

 

Le modèle suisse de formation professionnelle (le système dual) est une référence mondiale. Existe-t-il des projets de transfert de compétences ou de coopération dans ce domaine pour soutenir l'employabilité des jeunes en Tunisie ?

Oui. La coopération suisse accompagne la Tunisie dans le transfert d'expertise et l'adaptation de principes issus du modèle suisse de formation professionnelle, reconnu à l'échelle internationale pour son efficacité en matière d'employabilité.

La thématique FP reste d'ailleurs l'un des axes centraux du programme de la coopération suisse en Tunisie 2025-28, notamment à travers le programme TAKWEEN, mis en œuvre par Swisscontact sous l'égide du Ministère de l'Emploi et de la Formation Professionnelle.

Plusieurs modèles de formation pour l'amélioration de l'employabilité de jeunes diplômés, de la formation professionnelle et de l'enseignement supérieur, inspirées du modèle suisse, ont été adaptés par Swisscontact au contexte tunisien.

Il s'agit notamment de renforcer l'apprentissage en entreprise, d'améliorer l'adéquation entre les compétences acquises et les besoins du marché du travail, ainsi que de promouvoir une gouvernance plus collaborative de la formation professionnelle, systématiquement en partenariat étroit avec le secteur privé, le fer de lance du système suisse.

 

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L'objectif n'est pas de reproduire un modèle de manière uniforme, mais de s'appuyer sur l'expérience suisse pour construire, avec les institutions tunisiennes et les acteurs économiques, un système de formation professionnelle répondant aux réalités et aux priorités du pays.

Cette approche contribue à renforcer l'employabilité des jeunes tout en répondant aux besoins croissants des entreprises en compétences qualifiées. Plus de 40 formations ciblées, cocertifiées par des branches professionnelles et des opérateurs publics de formation, sont actuellement disponibles dans les métiers du numérique, de l'électronique, de l'énergie, de l'agriculture ou du tourisme/artisanat.

Malgré les défis économiques globaux et locaux, quels sont les principaux arguments que vous avancez aujourd'hui pour convaincre un chef d'entreprise suisse de choisir la Tunisie ?

Au-delà des chiffres, coûts compétitifs, main-d'œuvre qualifiée, proximité géographique avec l'Europe, l'argument le plus solide reste la preuve par l'exemple : plus de 104 entreprises suisses sont déjà implantées, dans des secteurs aussi variés que la pharma, le transport maritime, le textile ou la mécanique, dont la majorité sont des leaders mondiaux dans leur domaine.

Ce n'est pas un pari, c'est une trajectoire éprouvée. La Tunisie offre aussi une stabilité relationnelle et une proximité culturelle qui comptent énormément dans la durée d'un investissement.

 

Quels sont, selon vos membres, les principaux leviers à activer pour améliorer encore davantage l'attractivité du site Tunisie auprès des investisseurs helvétiques (simplification administrative, logistique, etc.) ?

Nos membres reviennent régulièrement sur trois axes : la simplification des procédures administratives et douanières, la fluidité logistique (notamment portuaire), et la prévisibilité réglementaire sur la durée. Ce sont des chantiers de long terme, mais chaque avancée contribue à réduire ces frictions.

 

En tant que femme leader à la tête de la CCITS, quel message fort souhaiteriez-vous adresser à la communauté des affaires des deux pays en cette année de célébration ?

Si je peux me permettre, je dirais surtout de ne jamais chercher à ressembler aux hommes, mais à rester fidèle à sa propre identité, à son propre ADN. Nous avons en nous des forces uniques, une grande capacité d'écoute, une profonde empathie, une sensibilité et une intuition qui nous permettent d'avancer autrement.

Ce sont ces qualités, et non l'imitation d'un modèle qui ne nous correspond pas, qui font la solidité d'un parcours professionnel épanoui.

En tant que présidente, et aujourd'hui seule femme à la tête d'une chambre bilatérale de ce type, je reste consciente que ce milieu institutionnel demeure encore largement masculin. Mais je le vis comme une responsabilité et une invitation : montrer qu'une autre manière de diriger est possible, fidèle à ce que nous sommes plutôt qu'à ce qu'on attend de nous.

Mon souhait pour les 70 prochaines années de cette relation tuniso-suisse, c'est qu'elle continue à s'enrichir de cette diversité de perspectives — davantage de femmes à la tête dans des postes clés, chacune restant fidèle à son identité propre. C'est cette richesse plurielle et authentique qui fera la solidité du partenariat de demain.

Propos recueillis par Omar EL Oudi

 

Publié le 17/07/26 10:12

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