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Tunisie : En quatre ans, le Revenu National Disponible Brut par habitant en dollars a chuté de 20%

La Banque Centrale de Tunisie (BCT) vient de publier son rapport annuel relatif à l'exercice 2018. Ledit rapport assez riche en informations et données économiques et financières, étalé sur 257 pages, traite de l'environnement économique international et national dans sa première partie, de l'activité de la banque centrale dans une seconde partie et termine avec les états financiers de la banque dans une dernière partie.

Le chapitre 2 de la première partie passe au peigne fin les indicateurs de l'environnement économique national. Nous reviendrons dans cet article sur la croissance et la dimension du PIB de la Tunisie, de l'évolution du Revenu National Disponible Brut (RNDB), de la structure des investissements et du mode de son financement, en particulier l'épargne nationale.

Le PIB aux prix courants de la Tunisie a franchi en 2018, pour la première fois la barre des 100 milliards de dinars pour s'établir à 105,5 milliards, enregistrant, aux prix constants de l'année précédente, une croissance de 2,5% (1,8% hors agriculture). La BCT prévoit une croissance de 2,7% pour l'année 2019 (3,3% hors agriculture).

En dinars courants (intégrant l'effet inflation), le PIB a évolué en 2018 de 9,6%. Toutefois, converti en dollars courants (sur la base du taux de change annuel moyen. Pour 2019 : moyenne 7 premiers mois), le PIB n'a augmenté que de 0,1%. Cette variation a été négative en dollars courants durant les trois précédentes années.

Le PIB de la Tunisie bloque pour la 2ème année consécutive en dessous de la barre des 40 milliards de dollars, plaçant la Tunisie au rang de 98ème PIB mondial sur un total de 210 pays selon les données de la Banque mondiale, derrière la Côte d'Ivoire (43 milliards de dollars), la Jordanie (42), le Paraguay, le Soudan et le Turkménistan avec 41 milliards de dollars chacun. La Tunisie devance la Bolivie (99ème) et le Cameroun (100ème). En 2014, le PIB de la Tunisie a été de 47,6 Mrd de dollars.

A titre comparatif et non exhaustif, la Suisse, pays très pauvre en matières premières et ne disposant pas d'énergies fossiles, se place en 2018 à la 20ème position mondiale avec un PIB de 706 milliards de dollars. L'Angola est 63ème avec un PIB de 106 milliards, le Kenya 68ème (88 milliards) et l'Ethiopie 69ème (84 milliards).

Revenu National Disponible Brut (RNDB)

Compte tenu des revenus nets reçus de l'étranger, le RNDB (le revenu global de la nation obtenu par la somme du PIB et des revenus nets reçus de l'extérieur) a progressé en 2018 de 9,3% (contre +7,5% en 2017). Le RNDB par habitant en dinars, s'est amélioré de 8,2% à 9.308 dinars. En revanche, rapporté en dollars, le RNDB par habitants s'érode pour la quatrième année de suite pour revenir à 3.516,6 dollars, contre 3.555,3 dollars en 2017 et 4.400 dollars en 2014. En quatre ans le RNDB par habitant libellé en dollars s'est ainsi contracté de 883 dollars (-20%).

Investissements : Evolution et structure

L'exiguïté du PIB de la Tunisie et sa faible croissance reflète en partie la diminution continue du taux d'investissement. Selon le rapport de la BCT, la formation brute du capital fixe (FBCF) a enregistré en 2018 une progression de 7,9% aux prix courants à 19,6 milliards de dinars (contre 4,4% en 2017), soit à un taux inférieur à la variation du PIB aux prix courants (9,6%).

En conséquence, le taux d'investissement a continué à baisser, revenant de 18,8% en 2017 à 18,5% du PIB en 2018.

Compte tenu de la variation de stock, l'investissement s'est accru de 15,6% contre 12,5% une année auparavant. Aux prix constants, la FBCF a connu une légère amélioration (2% contre 0,3% en 2017). L'évolution de la FBCF de 7,9% est conséquente à la progression des investissements dans tous les secteurs mais affaiblis par le recul des équipements collectifs.

La part dans la FBCF globale s'est consolidée pour les industries non manufacturières (18,7% contre 15,2%), particulièrement l'énergie, le bâtiment et la génie civil, ainsi que pour l'agriculture et pêche (7,8% contre 6,9%). Par contre, la part des investissements des équipements collectifs a baissé de 3,2 points de pourcentage pour revenir de 16,5% en 2017 à 13,3% en 2018, et celle des services de 1,3 point pour s'établir à 48,5%, reflétant la baisse dans la branche du commerce et divers services ainsi que celle des hôtels, cafés et restaurants. Quant à la contribution des industries manufacturières au total des investissements, elle est demeurée quasi-stable au niveau de 11,7%.

Financement des investissements

L'épargne nationale a enregistré une hausse de 10,7% en 2018 à 9,7 milliards de dinars contre +1,5% une année auparavant, portant le taux d'épargne à 9% du RNDB (8,9% en 2017) contre un taux d'investissement de 18,5% du PIB. Ainsi, le gap de financement entre l'investissement et l'épargne s'est élargi pour atteindre 9,4% du PIB et 11,1% compte tenu de la variation des stocks.

Selon le rapport de la BCT, l'évolution de l'épargne, en 2018, reflète l'amélioration de la croissance économique contre une certaine baisse de l'apport net du secteur extérieur. En effet, l'excédent de la balance des revenus de facteurs et des transferts courants, qui présente environ 22% de l'épargne nationale, a baissé de 4,7%, en relation avec la hausse des dépenses (coût du facteur capital) aussi bien des transferts des revenus des investissements étrangers que des intérêts de la dette et ce, en dépit de la progression (revenus du facteur travail) des transferts des tunisiens à l'étranger de 10,1% pour s'élever à environ 5 milliards de dinars. Par ailleurs, on estime que la hausse des taux d'intérêts a également contribué à l'amélioration de l'épargne privée.

Concernant l'épargne de l'Etat, la consolidation des finances publiques en 2018 s'est traduite par l'amélioration de l'excédent des ressources propres et dons de l'Etat par rapport aux dépenses courantes et aux intérêts de la dette. Cet excédent s'est élevé à 1,464 milliard de dinars, contre environ 200 millions en 2017, correspondant à un taux de couverture des dépenses d'équipement passant de 3,5% à 24,6% d'une année à l'autre.

Par ailleurs, le taux de financement intérieur de la FBCF a connu une légère amélioration (49,4% contre 48,1% en 2017), alors que celui de l'investissement, y compris la variation des stocks, a reculé de 46,9% à 44,9%, d'une année à l'autre. Ainsi, les besoins de financement de l'économie ont été couverts par le recours à l'endettement extérieur outre l'amélioration de la balance des investissements étrangers.

Pour l'année 2019, le rapport de la BCT prévoit une progression de la FBCF de 9,5%, notamment dans les secteurs de l'électricité et du gaz, du transport et dans les industries manufacturières. Cependant, le taux d'investissement et le taux d'épargne, ainsi que le taux de financement intérieur de l'investissement resteront à des niveaux faibles et proches de ceux de 2018.

Par Moez Hadidane

Publié le 05/08/2019 12:11:24

2 COMMENTAIRES SUR CET ARTICLE
ValueInvestor


07/08/19 10:09
Article un peu difficile d'accès, mais très intéressant. Ce que j'en retiens est que 2018 est une année de stabilisation: la situation s'est moins dégradée que les années précédentes. Le PIB en dollars constant a augmenté en 2018 alors qu'il avait baissé en 2017. Le taux d'épargne à augmenté.
L'année 2019 devrait s'inscrire dans cette tendance d'après moi. Le PIB va progresser un peu plus grâce au tourisme et au phosphate. Le déficit sera un peu mieux maîtrisé. Seul point noir, l'investissement, car les élections créent l'incertitude.
MHD


07/08/19 14:01
VlaueInvestor, Oui en effet, la situation se stabilise un peu. Que vous voulez dire par Article un peu difficile d’accès?
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