Avec 3,5 millions de dinars de perte en 2025, la Société régionale de transport du gouvernorat de Nabeul voit ses capitaux propres s'enfoncer à -110 millions de dinars. Les charges financières et les arriérés dus à l'État et à la CNSS pèsent lourd.
Après un exercice 2024 clos sur un bénéfice de 3,5 millions de dinars, la Société régionale de transport du gouvernorat de Nabeul (SRTGN) retombe en territoire négatif.
Ses états financiers 2025, publiés après leur approbation en assemblée générale ordinaire, affichent une perte nette de 3,5 millions de dinars.
Une exploitation redressée, mais absorbée par la dette
Sur le papier, l'activité courante progresse. Les produits d'exploitation atteignent 71,1 millions de dinars (+0,9 MDT) et le résultat d'exploitation grimpe à 7 millions, contre 4,3 millions un an plus tôt.
Les charges d'exploitation reculent de 65,9 à 64,1 millions de dinars, grâce à des dépenses de personnel en baisse de 1,2% à 40,1 millions de dinars, et à des achats consommés moins coûteux (16 millions).
➡️ Lire aussi : Le dirham marocain rejoint le dollar et l'euro parmi les devises de financement de la BAD
Mais cet effort est avalé par les charges financières nettes, qui s'élèvent à 10,6 millions de dinars. Elles sont certes en recul par rapport à 2024 (11,7 millions), mais elles dépassent largement l'excédent d'exploitation.
En 2024, la société avait aussi bénéficié de près de 11 millions de dinars de gains ordinaires divers, qui ne se sont pas répétés en 2025. Cela explique le basculement du bénéfice à la perte.
La subvention fait le travail, les usagers moins
Le contraste est net entre ce que paient les voyageurs et ce que verse l'État. Les recettes de transport de voyageurs reculent de près de 3 %, à 29,7 millions de dinars. La baisse touche tous les segments.
En effet, les billets passent de 17,9 à 17,7 millions de dinars, les abonnements de 4,1 à 4 millions et les locations de bus de 3,6 à 3 millions. Seules les locations exonérées de TVA progressent à 5 millions de dinars.
À l'inverse, la subvention d'exploitation gagne 1,6 million, à 40 millions de dinars. Elle représente désormais plus de 56 % des produits d'exploitation. Sans elle, l'équilibre serait hors de portée.
Un renouvellement de flotte financé à crédit
La société a investi près de 11,5 millions de dinars en 2025, dont 9,4 millions d'achats d'autobus. Les flux de trésorerie liés à l'investissement atteignent -13,4 millions, nettement au-dessus des 9,7 millions générés par l'exploitation.
Le solde a creusé la trésorerie nette, négative de 3,6 millions en fin d'année (contre -1,5 million fin 2024). Les concours bancaires et dettes financières courantes s'élèvent à 13,3 millions de dinars.
Des capitaux propres négatifs à -110 millions
C'est le point le plus alarmant du bilan. Les capitaux propres s'établissent à -110,48 millions de dinars pour un capital social de seulement 3 millions. Le commissaire aux comptes rappelle qu'ils sont tombés sous la moitié du capital.
➡️ Lire aussi : Introduction en Bourse en Algérie, reprise en Tunisie et contrat de liquidité : ASSAD voit grand
Le passif courant atteint 145,1 millions de dinars, dont 114,8 millions de " autres passifs courants ". Ces derniers sont essentiellement des dettes fiscales et sociales :
- environ 76,8 millionsdus à l'État, dont 30,4 millions de pénalités de retard ;
- environ 30,2 millions dus aux caisses sociales, dont 13,7 millions de pénalités et 15,9 millions à la CNSS.
De son côté, la SRTGN attend elle-même beaucoup de l'État. Ses créances clients brutes dépassent 31 millions de dinars, dont 26,7 millions sont provisionnées. Le ministère de l'Intérieur représente à lui seul plus de 23 millions d'impayés douteux, devant la Défense (1,4 million) et la Justice (1 million).
Deux affaires portées devant la justice
Le rapport des commissaires aux comptes évoque deux faits susceptibles de constituer des infractions pénales. Le premier est une suspicion de détournement de deniers publics par un agent de la société, mise au jour par le service d'audit interne.
Le second est le vol de pièces détachées, des injecteurs neufs. La SRTGN a déposé plainte dans les deux cas et le commissaire aux comptes en a informé le procureur de la République, comme l'exige la loi.
Omar EL Oudi
Publié le 02/11/26 13:33




