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Banques cotées : Amen Invest décrypte le basculement vers le portefeuille-titres

Croissance partagée, charges tenues, valorisation dispersée : lecture des indicateurs du troisième trimestre 2026 du secteur bancaire coté à la BVMT. D'après la note sectorielle d'Amen Invest.

 

 

 

À fin septembre 2026, les douze banques cotées à la Bourse de Tunis affichent un produit net bancaire (PNB) cumulé de 5 747 MD, en hausse de 5,8 % sur un an. La progression est large : onze établissements sur douze avancent, la STB étant la seule en repli (−2,9 %).

Mais l'enseignement principal tient moins au niveau de la croissance qu'à sa provenance. Les revenus du portefeuille-titres gagnent 394 MD (+16 %), soit 126 % de la hausse totale du PNB.

Autrement dit, sans eux, le PNB du secteur aurait reculé. La marge d'intérêt, historiquement cœur du métier, cède 110 MD (−5,7 %). Le portefeuille pèse désormais 49,7 % du PNB sectoriel, contre 45,3 % un an plus tôt.

L'effet " switch " : quand le bilan se recompose

Cette bascule est la conséquence d'un arbitrage. Les dépôts progressent de 8,2 % (+8,5 milliards de dinars) quand les crédits n'augmentent que de 2,1 % (+1,8 milliards de dinars).

Faute de demande de crédit suffisante, les banques recyclent leur liquidité vers le portefeuille d'investissement. Le ratio crédits/dépôts du secteur recule ainsi de 81,5 % à 77 %.

La note souligne un effet comptable. La marge d'intérêt supporte une partie du coût des ressources qui finance en réalité le portefeuille, alors que ce dernier capte le rendement. La marge d'intérêt sous-estime donc l'intermédiation réelle.

 

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Trois profils se dessinent :

  • Les banques à dominante portefeuille: STB (74,7 % du PNB), BNA (71,5 %) et Amen Bank (59,8 %).
  • Les banques équilibrées, autour de 50 % : BIAT, Attijari bank, BH Bank.
  • Les banques d'intermédiation, restées adossées à la marge d'intérêt avec un portefeuille sous 35 % : BT, UIB, UBCI.

Attijari bank (+12,4 points) et la STB (+13,7 points) opèrent les bascules les plus nettes en un an.

Des charges maîtrisées

Les frais de gestion progressent de 5,1 %, moins vite que le PNB. L'effet ciseaux reste positif. Le coefficient d'exploitation homogène s'améliore de 27 points de base à 45,3 %, et neuf banques sur douze le réduisent. Le résultat brut d'exploitation (RBE) s'établit à 3 172,8 MD, en hausse de 6,2 %.

La BT demeure la plus efficiente du secteur (31 %). À l'inverse, la STB (+452 pb) et BH Bank (+314 pb) subissent une hausse marquée des frais de personnel (+13,6 % et +12,9 %).

Une liquidité abondante

Le secteur n'est pas contraint par ses ressources, mais les situations divergent. Attijari bank (53,1 %) et la BIAT (56,7 %) disposent d'une large réserve mobilisable dès que le crédit repartira.

La BNA (98,6 %), BH Bank (98,5 %) et WIFAK Bank (98,2 %) emploient la quasi-totalité de leurs dépôts, même si les deux premières ont réduit leur ratio de plus de 10 points grâce à une collecte dynamique. La BT et l'UIB font exception : leurs dépôts reculent légèrement et leur ratio dépasse 92 %.

Le contexte macroéconomique conforte ce régime avec un taux directeur maintenu à 7 % par la BCT le 8 octobre 2026 et une inflation de 5,6 % en septembre. Tant que le rendement du portefeuille reste supérieur au coût moyen des ressources, les revenus de portefeuille offrent une bonne visibilité.

Valorisation : la dispersion est la vraie information

Au 28 octobre 2026, le secteur se paie 11,8 fois les bénéfices 2025 (moyenne pondérée), 1,56 fois ses fonds propres, avec un rendement de 4 %.

Ces niveaux sont jugés raisonnables, mais les écarts entre valeurs sont considérables : la prime se concentre sur Attijari bank (4,04x) et la BIAT (3,13x), tandis que quatre établissements traitent sous 0,6x leurs fonds propres.

 

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La note croise efficacité (coefficient d'exploitation) et valorisation (P/BV) pour classer les banques en quatre quadrants : 

  • Les champions (efficaces, avec prime) : BIAT, Amen Bank, BT

Leur prime récompense une efficacité et une rentabilité supérieures. Amen Bank affiche la dynamique la plus nette du secteur (PNB +15,6 %, RBE +22,2 %, coefficient d'exploitation −345 pb) pour un PER de 11,9x, en ligne avec la moyenne.

  • Les surévaluées (chères, peu efficaces) : Attijari bank

Le marché paie ici le ROE 2025 le plus élevé du secteur (25,8 % contre 18,1 % pour la BIAT) et un rendement de 5,6 %, davantage que l'efficacité opérationnelle.

  • Les " value opportunities " (efficaces et décotées) : BNA

Coefficient d'exploitation de 36,2 %, P/BV de 0,50x, PER de 4,0x et rendement de 6,4 % : le marché lui applique une décote de deux tiers par rapport au secteur. Deux réserves expliquent cette défiance : la qualité du portefeuille de crédits (créances classées à 21,6 % au 30 juin 2026) et le poids des revenus de portefeuille (71,5 % du PNB).

  • Les valeurs " en transition " : STB, BH Bank, ATB, UIB, UBCI, WIFAK Bank

Il faut y distinguer niveau et trajectoire. Pour la STB, BH Bank et l'ATB, la décote reflète d'abord le coût du risque, qui absorbait 37 % à 42 % du PNB au premier semestre 2026.

Pour l'UIB, l'UBCI et Wifak Bank, les coefficients d'exploitation baissent de 150 à 350 pb environ en un an. L'UIB, à moins de 5 points du seuil sectoriel, est la candidate la plus proche d'une migration vers le quadrant des opportunités.

Opinion

Amen Invest juge le secteur capable de s'adapter. Il maintient sa croissance malgré un crédit quasi stable, protège ses marges opérationnelles et dégage un RBE en hausse de 6,2 %.

Ses préférences vont aux profils alliant efficacité, diversification des revenus et valorisation attractive : BNA, BT, Amen Bank et BIAT.

 

Télécharger la Note de Amen Invest

 

Omar EL Oudi

 

Publié le 02/11/26 15:07

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