L'Algérie et la Libye se présentent comme des alternatives stratégiques pour sécuriser les flux d'hydrocarbures en cette période de guerre, mais leurs limites structurelles freinent leur capacité à compenser pleinement les volumes perdus.
Depuis le blocage quasi complet du détroit d'Ormuz, les acteurs du marché énergétique cherchent activement de nouvelles sources d'approvisionnement pour atténuer les perturbations et sécuriser les flux d'hydrocarbures.
Face à cette crise, l'Algérie et la Libye apparaissent comme des alternatives territoriales et logistiques importantes pour les importateurs. Ces deux pays, exportateurs traditionnels de brut vers l'Europe et d'autres marchés, offrent des routes d'exportation hors du corridor d'Ormuz, réduisant ainsi le risque d'interruption des livraisons à court terme.
Depuis le début du conflit, ils ont été au centre des discussions entre exportateurs internationaux, qui cherchent à sécuriser des approvisionnements fiables et à limiter l'impact des tensions géopolitiques.
La position géographique méditerranéenne de la Libye constitue un avantage naturel où ses terminaux pétroliers permettent des distances de navigation plus courtes et moins exposées aux tensions dans le Golfe, ce qui attire l'attention des négociants, surtout dans un contexte de hausse des primes d'assurance maritime.
Du côté de l'Algérie, en tant que membre de l'OPEP et premier exportateur gazier d'Afrique, le pays offre une production importante et une situation géographique moins vulnérable aux perturbations du détroit d'Ormuz.
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Contrairement au Qatar, qui exporte du gaz naturel liquéfié (GNL) par méthaniers, l'Algérie s'appuie principalement sur des gazoducs continentaux, notamment le Transmed vers l'Italie et le Medgaz vers l'Espagne, offrant ainsi une solution stable et fiable pour les importateurs cherchant à limiter l'impact de la crise énergétique actuelle.
Des alternatives régionales freinées par des limites structurelles
Malgré leur position stratégique, l'Algérie et la Libye présentent des limites structurelles qui les empêchent d'être des substituts complets aux volumes de gaz et de pétrole traditionnellement fournis par les géants du Golfe, notamment le Qatar.
Les experts s'accordent à dire que remplacer le Qatar, premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL) et responsable d'environ 20 % des exportations mondiales, n'est pas réaliste à court terme, faute de capacités de production et de transport suffisantes, sans investissements massifs et rapides dans les infrastructures énergétiques.
Sur le plan gazier, l'Algérie reste un acteur important mais limité par rapport au Qatar. Elle produit en moyenne 100 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an, dont une grande partie est destinée à l'exportation via gazoducs et GNL. En 2023, elle était le 7ème exportateur mondial, avec environ 52 milliards de mètres cubes exportés.
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À titre de comparaison, le Qatar a exporté environ 128 milliards de mètres cubes la même année, restant l'un des principaux fournisseurs mondiaux. Ce différentiel de capacité explique pourquoi, même avec son potentiel et son rôle stratégique pour approvisionner l'Europe (Italie, Allemagne), l'Algérie ne peut compenser seule l'impact de la réduction de l'offre qatarie à court terme.
Du côté de la Libye, le pays dispose également d'un potentiel énergétique considérable, avec les plus importantes réserves de pétrole d'Afrique (48 à 49 milliards de barils), le plaçant parmi les dix premiers pays au monde en réserves prouvées. Toutefois, ce potentiel reste volatil et dépendant de la stabilité politique et de l'accès aux installations d'extraction, ce qui limite son rôle comme alternative immédiate.
En dépit de leur potentiel énergétique indéniable, l'Algérie et la Libye ne peuvent à elles seules compenser les volumes perdus en provenance du Golfe. Les limites structurelles, qu'il s'agisse de capacité de production, de stabilité politique ou d'infrastructures, freinent la montée en puissance immédiate de ces alternatives.
Jihen Mkehli
Publié le 23/03/26 10:56




