Loin de l'image figée d'un simple centre d'assemblage hérité des années 1960, l'industrie automobile tunisienne a changé de trajectoire. En une décennie à peine, elle a opéré une transformation silencieuse mais profonde, portée par l'ambition de quitter le rôle de sous-traitant à faible valeur ajoutée pour s'imposer progressivement comme un acteur de l'ingénierie et de la technologie.
Aujourd'hui, le secteur pèse plus de 120.000 emplois directs et s'ouvre de plus en plus à des métiers à forte intensité technologique, notamment dans le software engineering, en pleine expansion. Derrière les lignes de production, une autre réalité s'installe, celle d'une industrie qui ne se contente plus d'assembler, mais qui conçoit, développe et s'inscrit dans la chaîne de valeur mondiale de la voiture de demain.
La 4ᵉ édition de l'Industry Innovation Day s'est tenue ce jeudi 4 juin 2026 à Tunis, autour d'un thème qui résume à lui seul les ambitions du secteur : " L'écosystème tunisien au service de l'industrie automobile de demain ".
Organisé par la Chambre tuniso-allemande de l'Industrie et du Commerce (AHK Tunisie), en partenariat avec la Tunisian Automotive Association (TAA) et la coopération allemande GIZ Tunisie, l'événement s'impose comme un rendez-vous désormais structurant pour les acteurs de la filière automobile en Tunisie.
Il s'agit d'une plateforme d'échange et de réflexion qui vise à rapprocher industriels, experts internationaux, institutions et entreprises afin d'anticiper les transformations profondes que connaît le secteur à l'échelle mondiale.
Les discussions ont notamment porté sur la durabilité et les innovations technologiques qui transforment en profondeur l'industrie automobile, l'émergence de nouveaux marchés et de modèles de mobilité en dehors des filières traditionnelles, ainsi que sur la nécessité d'adapter les compétences et les talents aux nouvelles exigences industrielles.
De l'assemblage à une filière à forte valeur ajoutée
" En Tunisie, l'industrie automobile ne se résume plus à l'assemblage hérité des années 60. " C'est sur ce constat que Mariem Elloumi, présidente de la Tunisian Automotive Association (TAA), s'est exprimée dans une déclaration accordée à Ilboursa.com.
Pour elle, le véritable tournant a eu lieu il y a dix ans, lors de la création de l'association en 2016 : " On fête 10 ans d'accélération. On a réussi à fédérer des champions locaux et des investisseurs étrangers pour construire un écosystème qui compte désormais dans le pays. "
Elle a précisé que le secteur est passé d'environ 80 000 emplois directs en 2018 à près de 120 000 en 2026. Parallèlement, le segment du software engineering, en pleine explosion, représente désormais 12% de l'activité automobile nationale.
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Mariem Elloumi souligne un changement de paradigme fondamental : " Les investisseurs ne viennent plus uniquement en Tunisie pour le facteur coût, ils viennent également pour les compétences tunisiennes ". Une expertise indispensable, alors que le logiciel représentera, selon elle, " près de 30% de la voiture de demain ", ces véhicules deviennent de véritables " smartphones sur roues ".
" Notre travail, c'est de mettre en place l'écosystème [...] pour accompagner au mieux les entreprises, afin qu'elles soient toujours au top des standards automobiles dans le pays ", conclut la présidente.
Une filière qui gagne en force grâce aux talents et à l'innovation
Dans son allocution d'ouverture, l'ambassadrice d'Allemagne en Tunisie, Elisabeth Wolbers, a mis en avant la profondeur du partenariat économique entre les deux pays. " Nous avons aujourd'hui plus de 300 entreprises allemandes investies ici en Tunisie. Elles ont, au fil du temps, créé plus de 100 000 emplois et elles continuent d'investir ", a-t-elle indiqué.
Pour elle, cette présence s'explique par des fondamentaux solides qui ne cessent de se renforcer. " Les raisons demeurent, et deviennent peut-être encore plus importantes. Nous avons une grande proximité, et surtout un talent tunisien fabuleux ", a-t-elle ajouté, insistant sur la place centrale du capital humain dans l'attractivité de la Tunisie.
" Ce qui m'a vraiment impressionnée, c'est la capacité à s'adapter à un monde changeant, la capacité à innover, à regarder vers l'avenir et à transformer les défis en opportunités ", a également déclaré l'ambassadrice d'Allemagne en Tunisie.
Elle souligne également une évolution qu'elle juge significative de l'écosystème industriel tunisien, en particulier dans le secteur automobile. Selon elle, la Tunisie ne se limite plus à des chaînes de production classiques, mais s'impose progressivement comme un espace capable d'intégrer les mutations technologiques, notamment celles liées à la digitalisation et à la montée en puissance des nouvelles mobilités.
L'enjeu du passage à une économie du savoir
Pour sa part, le directeur de la AHK Tunisie, Jörn Bousselmi, a souligné que l'Industry Innovation Day s'inscrit dans la continuité des efforts engagés pour accompagner la transformation de l'industrie automobile en Tunisie, un secteur qu'il qualifie de pilier de la production manufacturière du pays.
Il a également insisté sur le potentiel de la Tunisie à s'imposer davantage dans la chaîne de valeur mondiale, notamment grâce à la qualité de ses ingénieurs et de son système de formation. Une partie importante de ces compétences, a-t-il rappelé, évolue également au sein de la diaspora, notamment en Allemagne, créant un réseau de connexion entre l'industrie locale et les talents installés à l'étranger.
" … L'objectif, c'est de passer de la vente de la main-d'œuvre, de la minute-main, aux heures du cerveau ", a-t-il déclaré, estimant que la Tunisie doit renforcer son positionnement sur les activités à forte valeur ajoutée.
Selon lui, cet écosystème doit permettre d'aller au-delà des activités à faible valeur ajoutée. L'ambition est de faire évoluer la Tunisie vers une économie fondée sur la connaissance et l'innovation, en renforçant les activités de recherche et développement localement.
" Tunisia, here we are ", a-t-il conclu, en référence à la volonté de positionner la Tunisie comme un acteur pleinement intégré aux dynamiques industrielles mondiales.
Jihen Mkehli
Publié le 05/06/26 09:19




