bourse tunis

IFRS, la boucle finale de l’intégration du secteur financier tunisien dans l’économie mondiale

L'application en Tunisie des normes internationales d'information financière, plus connues au sein de la profession comptable et financière sous leur nom anglais de "International Financial Reporting Standards, IFRS", est un parcours fastidieux et long pour les banques puisqu'il ne s'agit pas d'un simple ajustement des procédures comptables mais plutôt d'une mise en cause de toute l'organisation bancaire.

Pour sensibiliser à l'importance des normes comptables IFRS et pour discuter de l'approche qui sera adoptée en Tunisie pour leur mise en œuvre décidée pour 2021, la BERD (Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement) a coorganisé le 16 avril 2019 avec l'Association Professionnelle Tunisienne des Banques et des Etablissements Financiers (APTBEF) une matinée d'information sur le thème "Transition du secteur financier vers les IFRS".

Ouvert par Mohamed Ridha Chalghoum, ministre des Finances, et clôturé par Marouane El Abassi, Gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie (BCT), l'évènement a constitué une opportunité pour présenter une étude comparative entre les normes IFRS et les principes comptables généralement admis en Tunisie, réalisée par le cabinet d'audit PwC (PricewaterhouseCoopers) en 2018 et financée par la BERD.

La transition vers les IFRS, un parcours fastidieux et long

Dans son allocution d'ouverture, le Président de l'APTBEF, Ahmed El Karm, a rappelé que l'application des normes comptables IFRS représente en général un gage de modernité, d'application des normes prudentielles et un moyen de comparer les performances entre les différentes institutions financières peu importe le pays auquel elles appartiennent.

"L'application des normes IFRS constituera la boucle totale et finale de l'intégration dans l'économie mondiale", affirme M. El Karm qui ajoutera que les normes IFRS "donneront aux partenaires des banques et institution financières de la place le maximum d'informations justes et valables".

Toutefois, poursuit M. El Karm, les banques sont conscientes que l'application des normes IFRS est un parcours fastidieux et long. "Il ne s'agit pas d'un simple ajustement des procédures comptables mais plutôt d'une mise en cause de toute l'organisation bancaire. On passera d'un système statique à un système prédictif ce qui nécessite un changement des systèmes d'informations, des manières d'évaluation des risques et de l'organisation".

Cette "œuvre difficile" va avoir des répercussions sur le besoin en fonds propres des banques. Un problème qui s'examine au niveau du montant de provisionnement pour couvrir les pertes futures et au niveau du ratio de capital. "Le passage aux normes IFRS est un changement stratégique très fort et certaines banques, vu le coût engagé par les IFRS et le changement de la structure organisationnelle, ont été amenées à modifier leur business model", affirme M. El Karm.

Les divergences entre les IFRS et les Normes Comptables Tunisiennes

Le cabinet d'audit PWC a présenté, en marge de l'évènement, son étude réalisée pour le compte de la BERD portant sur les principales divergences entre les Normes Comptables Tunisiennes (NCT) et les IFRS impactant le secteur financier en Tunisie.

L'étude qui couvre les banques, les sociétés de leasing et les institutions de Microfinance, a identifié les divergences avec les normes IFRS et estimé l'impact potentiel de ces divergences sur les états financiers des institutions susmentionnées.

En effet, l'étude a présenté les divergences conceptuelles entre un modèle de "Pertes de Crédit encourues" et un modèle de "Pertes de crédit attendues", ainsi que la synthèse de l'impact des normes IFRS sur le portefeuille-titres des établissements financiers.

Par ailleurs, l'étude a présenté les règles de classification et de mesure des instruments financiers sous IFRS, notamment de dette et de capitaux propres, ainsi que les principales divergences touchant les autres postes des états financiers des établissements.

Une orientation stratégique importante pour l'économie en général

« L'adoption des normes IFRS, à partir de 2021, constitue une orientation stratégique importante pour l'économie en général et le secteur financier en particulier. Ces normes constituent, en fait, un langage comptable commun permettant une lecture uniforme de l'information financière favorisant la comparabilité des performances et la circulation des capitaux ». Tel est le message de Marouane EL Abassi à la clôture de l'évènement.

Selon lui, le projet d'adoption du référentiel comptable et prudentiel international par le secteur bancaire tunisien a été érigé en tant que projet stratégique dans le cadre du Plan Stratégique de la BCT 2019-2021.

Cette transition du secteur financier tunisien vers les normes IFRS a pour objectif de moderniser les cadres légal, réglementaire et opérationnel régissant l'exercice de l'activité bancaire en Tunisie « avec comme toile de fonds la consécration des principes de bonne gouvernance, d'équité concurrentielle et de transparence dans la régulation du marché bancaire », a-t-il précisé.

Ainsi, la BCT poursuit une ligne de conduite claire afin d'assurer l'acceptabilité de ces réformes et de les adapter aux capacités des banques de nature à éviter tout fait pouvant altérer le financement de l'économie. « La convergence aux directives bancaires européennes constitue un choix à la fois stratégique et inéluctable et une ligne directrice qui a animé tout le processus de réformes engagé depuis 2012 », estime M. El Abassi.

En conséquence, la convergence vers les standards internationaux sur le plan prudentiel et comptable permettra « l'entrée du secteur bancaire dans un nouveau palier de réforme dont l'optique de consolidation des capacités des banques en matière de mobilisation des ressources extérieures et la facilitation d'implémentation régionale et internationale », conclut le Gouverneur de la BCT.

Omar El Oudi

Publié le 18/04/2019 14:49:53

SOYEZ LE PREMIER A REAGIR A CET ARTICLE
Pour poster un commentaire, merci de vous identifier.