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Farouk Zouhir, l'intrapreneur qui veut suivre les traces de son père

Acteur émergent de l’industrie de l’hygiène corporelle et des cosmétiques en Tunisie, la société Sensea Lab fondée en 2016 par Farouk Zouhir, fils de l’industriel Aziz Zouhir, élabore et commercialise des shampoings, des savons et des gels douches 100% tunisiens. L’entreprise s’est lancée un défi de taille : casser l’idée que les produits d’hygiène corporelle importés sont de meilleure qualité que ceux fabriqués localement. Un challenge familial qui a permis à ce fleuron de l’industrie du bien-être en Tunisie de réaliser des revenus de 2,5 millions de dinars en 2018 en prévision du double en 2019.

Titulaire d’un baccalauréat obtenu au lycée Français Gustave Flaubert situé à La Marsa, Farouk Zouhir, 34 ans, est licencié en Sciences économiques de l’école des Hautes Etudes de Commerce (HEC) de Lausanne. Il a ensuite intégré la Cass Business School, une école de commerce londonienne où il a obtenu un Master en Management et Entrepreneuriat. Alors actif dans le milieu des finances, Farouk Zouhir débute une carrière professionnelle au bureau de la BMCE Capital à Londres où il travaillera durant un an avant de rejoindre Sumitumo Mitsui Banking Corporation. En octobre 2010, il décide de revenir en Tunisie pour intégrer la société Sancella, filiale du Groupe SOTUPA que son grand-père a fondé en 1970.

« Ce qui m’a poussé à revenir en Tunisie, c’est la volonté de revivre en terre natale. Je commençais à avoir mes repères à Londres et j’avais la possibilité d’évoluer dans la finance mais le milieu du banking ne m’intéressait pas vraiment. Je ne voulais pas non plus entrer dans un certain confort qui rendrait mon retour en Tunisie plus difficile », explique Farouk Zouhir.

La famille Zouhir, pionnière dans l’industrie de l’hygiène corporelle en Tunisie

En 1970, le grand père de Farouk Zouhir, Feu Moncef Zouhir, alors pharmacien, observe que l’industrie de l’hygiène commence à se développer en Tunisie. Il décide de racheter la Société de Production d’Articles Hygiéniques (SPAH) appartenant à des irakiens puis fonde la Société Tunisienne de Pansements (SOTUPA).

« Mon grand-père a saisi cette opportunité en rachetant l’entreprise et ses équipements pour produire les premières couches rectangulaires, puis les cotons et les pansements. Il avait vu que la consommation de ces produits commençait à augmenter et que les prémices d’une industrie manufacturière voyaient le jour. Il a débuté par le coton et les pansements puis il y a eu les papiers hygiéniques et les couches culottes », a expliqué Farouk Zouhir précisant que son grand-père fût un précurseur lorsqu’en 1974, il décida d’acheter la première machine à produire des couches culottes jetables.

Dans le même temps, le père de Farouk, Aziz, décide de rentrer de France à la fin de ses études pour rejoindre le groupe fondé par son père. « Mon père a commencé à travailler à la SOTUPA au milieu des années 70 puis il a pensé que ce serait intéressant de produire des marques sous licence comme Peaudouce et Nana. Deux marques qui appartenaient alors au groupe international suédois, SCA Hygiene Products SE qui exploite les marques de produits Lotus, Okay, Demak-up et Tork, et les produits hygiéniques Nana et Tena dans le monde ».

En 1994, le groupe suédois propose de créer une joint-venture avec la SOTUPA pour créer en 1995 la société Sancella qui fabrique et commercialise une vaste gamme de produits d’hygiène à usage unique pour les pays du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest, sous ses marques phares Peaudouce, Nana et Lotus.

Naissance de la marque SENSEA en 2014

Après avoir élaboré des plans de développement pour l’expansion de la société familiale et après avoir fait ses preuves, Farouk Zouhir crée la marque Sensea puis la société Sensea Lab, filiale du groupe, qui sera en charge de la formulation et la fabrication de ses produits.

La marque est née d’un constat : celui d’un vide sur le marché tunisien. « J’ai remarqué que le marché des soins pour le corps (gel douche, savon) et les cheveux (shampoing, masque etc) n’était pas très développé en Tunisie. Il n’y avait aucune marque locale avec un positionnement fort et un rapport qualité/prix satisfaisant. Il n’y avait que des marques locales offrant des produits basiques ou des marques qui correspondent à la catégorie premium avec des prix beaucoup plus élevés. J’ai pensé à développer des produits dont la qualité se rapprocherait des produits importés et qui soient en même temps accessibles à la classe moyenne ».

Farouk Zouhir décide d’abord de faire fabriquer ses shampoings et gels douche en Angleterre où il a recueilli des informations chez les fabricants et acquis des connaissances sur la formulation des produits, pour ensuite les fabriquer en Tunisie et pénétrer le marché maghrébin. « Aujourd’hui Sensea élabore ses propres formules  et propose plusieurs variantes de shampoing, d’après shampoing, de gel douche de savon et une gamme de coton et de lingettes ».

La particularité des produits de la marque réside dans leur composition : il s’agit de la seule marque fabriquée localement qui propose une gamme premium (en complément de sa gamme basique) sans sulfate ni paraben et dont le prix est inférieur à 10 dinars.

La distribution des produits Sensea s’opère via les réseaux de distribution du Groupe SOTUPA. « Nous travaillons avec les grossistes mais nous avons également mis en place un système de vente directe, c’est à dire que nos camions visitent les épiciers, les supérettes et les grandes surfaces tous les jours. Nos représentants vendent toute notre gamme de couches culottes et de serviettes hygiéniques et proposent également la gamme Sensea en complément. Sans cette synergie, cela aurait été plus compliqué », a dévoilé Farouk Zouhir qui décidera en 2018 d’aller plus loin en intégrant une gamme premium au portefeuille de la marque Sensea, composée de masques, de lotions et de shampooings techniques à base d’huile de figue de barbarie. 

Les Ressources Humaines et les femmes, points forts de Sensea

Les valeurs d’excellence, de respect et d’impact positif sont les références du Groupe SOTUPA. Des convictions qui ont porté l’ensemble des projets industriels vers la réussite depuis une cinquantaine d’années. Comme l’a indiqué Farouk Zouhir, « à Sensea, comme dans le reste du Groupe nous prenons les décisions collectivement. Nous impliquons nos collaborateurs en leur donnant les moyens pour atteindre les résultats que nous nous sommes fixés.

C’est pour ces raisons que chez nous le turn-over est faible et que nous avons des cadres qui travaillent avec nous depuis 35 ans et plus. Ces personnes se sentent appartenir à la maison, c’est comme cela que l’on fidélise et que l’on prend soin de nos compétences au sein du groupe ». Une culture d’entreprise et un sentiment d’appartenance au Groupe qui expliquent que durant la révolution de 2011, il n’y eu que 45 minutes d’arrêt de travail.

L’entreprise favorise par ailleurs la discrimination positive en faveur des femmes. « A Sensea, il y a plus de femmes que d’hommes, c’est important de faire de la discrimination positive en leur faveur, cela fait partie de nos valeurs et du rôle sociale que nous jouons », explique Farouk Zouhir. La marque emploie aujourd’hui 100 employés dans son usine de Bouhjar, dans la zone de Monastir, ou elle bénéficie de synergies avec la société mère, la SOTUPA, qui elle fabrique les produits à base de coton.

Les projets d’avenir de Sensea

L’idée est d’étendre le portefeuille de produits de Sensea car le domaine de la cosmétique est encore à ses balbutiements en Tunisie et dans la région. « Notre vision est de créer des produits qui peuvent rivaliser avec les leaders mondiaux sur le terrain de la qualité, tout en restant accessible au plus grand nombre », assure Farouk Zouhir. Un investissement qui coûtera à Sensea Lab entre 1 et 2 millions de dinars.

Les marchés que la marque cherche à consolider sont la Tunisie, le Maroc, l’Afrique de l’ouest et le Moyen Orient. « Nous essayons également de nous orienter vers le marché du bio qui est cependant plus coûteux pour le consommateur. Il y a également la gamme homme que l’on voudrait développer davantage », envisage Farouk Zouhir.

Khawla Hamed

Publié le 17/03/19 20:27

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