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Elyes Jeribi, le téméraire qui veut développer l’e-commerce en Tunisie

Directeur général de Jumia Tunisie et Algérie et Président de la Commission de labellisation des startups, Elyes Jeribi, 36 ans, a fait de l’économie numérique et de la jeunesse ses chevaux de bataille. Provocateur de changement, l’ingénieur au parcours éclectique ambitionne de développer davantage l’e-commerce en Tunisie et d’améliorer la vie des Africains au quotidien.

Originaire de La Chebba (gouvernorat de Mahdia) où il est né en 1982, Elyes Jeribi a grandi entre Gafsa, Metlaoui et Sfax puisque son père travaillait au sein de la Compagnie des Phosphates de Gafsa (CPG) ce qui a notablement marqué son enfance et sa vision d’avenir. Après l’obtention de son baccalauréat avec mention du lycée Pilote de Sfax, il obtient une bourse de l’Etat tunisien en 2001 pour étudier à l’Ecole préparatoire de Mathématiques appliquées au lycée Janson de Sailly à Paris.

Il intégrera de 2003 à 2006 l’Ecole polytechnique, surnommée en France l’« X », où il obtient un master en Economie et Sciences physiques avant de s’orienter vers l’Ecole des Mines de Paris où il décroche en 2007 un master en Sciences, Ingénierie industrielle et Management.  

Les débuts professionnels d’Elyes Jeribi

La première expérience professionnelle d’Elyes Jeribi débute en 2008 au sein du bureau de Tunis du prestigieux cabinet de conseil en stratégie McKinsey & Compagny en tant que consultant tunisien dans plusieurs domaines tels que la banque, l’industrie et l’assurance en menant des projets de bout en bout. « J’ai travaillé sur la restructuration du secteur bancaire libyen sous le gouvernement Kadhafi et au Maroc en créant le business plan du centre commercial, Morocco Mall. En Europe, j’ai travaillé pour le compte du Groupe Carrefour dans le domaine de la supply chain et de l’optimisation des achats ».

Grâce à sa maitrise de la langue nippone, Elyes Jeribi a effectué des stages au Japon au sein du constructeur automobile Toyota mais aussi aux Etats-Unis et en Algérie chez le fabricant de pneumatiques Michelin, grâce auxquels il arrive à construire un réseau conséquent de partenaires.

En 2010, Elyes Jeribi décide de travailler en tant que consultant McKinsey pour le compte du gouvernement tunisien pour ce qui relève de la stratégie offshoring. « Il s’agissait d’une mission de très haut niveau avec le Premier ministre de l’époque, Mohamed Ghannouchi, et l’ancien ministre du Développement et de la Coopération Internationale, Nouri Jouini. Le projet sur lequel nous travaillions était l’ancêtre du Programme Smart Tunisia et était alors perçu comme la solution miracle pour l’employabilité des jeunes. Dans le cadre de cette mission, j’ai créé une banque des diplômés du supérieur avec des chiffres recensant le taux de chômage, des chiffres alarmants », souligne Elyes Jeribi.

La révolution de 2011 fait bifurquer la trajectoire professionnelle d’Elyes Jeribi 

Lorsque la révolution éclate en 2011, toute la dynamique réformiste de McKinsey est freinée et le cabinet décide de stopper sa mission en Tunisie. Elyes Jeribi décide alors de travailler bénévolement pour le compte du premier gouvernement transitoire pour une période déterminée.

Par la suite, Yassine Brahim, alors ministre du Transport et de l’Equipement, lui propose de rejoindre son cabinet. Il démissionne de McKinsey en 2011 et rejoint le ministre avec qui il travaillera durant 4 ans avec à sa charge la gestion des régions intérieures. « Si j’ai réussi à intégrer l’Ecole Polytechnique et que j’ai eu l’opportunité de travailler chez McKinsey c’est grâce à la Tunisie. Il y a eu un véritable ascenseur social qui a fonctionné et je suis reconnaissant envers mon pays ».

De Linkao au Programme Smart Tunisia

Elyes Jeribi opère par la suite un tournant et fonde la startup technologique Linkao spécialisée dans la réalisation de sites web et d’applications mobiles. L’idée de Elyes Jeribi et de ses cofondateurs, Bayrem Bel Haj Amor et Hichem Njah, était de créer une plateforme qui met en relation freelancers, développeurs et clients.

« Ce business existait en anglais et nous l’avions dupliqué en français avec de nouvelles fonctionnalités. Au bout de 3 ans (de fin 2011 à fin 2014), nous nous sommes rendus compte que la plateforme anglophone était beaucoup plus utilisée que celle en français car le marché était scindé en deux. Bien que nous ayons réussi à réaliser un chiffre d’affaires de 1 million d’euros, nous nous sommes arrêtés car la startup n’était pas « scalable », a expliqué Elyes Jeribi à propos de son premier « échec » professionnel.

Téméraire, Elyes Jeribi décide de s’exporter en Arabie Saoudite en tant que consultant en son propre nom. Un passage de 3 mois qui lui a permis de se remettre à flot financièrement et de prendre du recul jusqu’à l’arrivée du Programme Smart Tunisia en juin 2015.

10 mille emplois créés en 2 ans

Le Président de Smart Tunisia, Raouf Mhenni, et le Président du Groupe Vermeg, Badreddine Ouali ont beaucoup boosté Elyes Jeribi pour qu’il intègre le Programme Smart Tunisia. Très vite, il rencontre Nôomane Fehri, alors ministre des Technologies, de la Communication et de l'Economie numérique, puis son successeur Anouar Mâarouf. « Ma mission avait débuté en 2015 et consistait en la création de 50 mille emplois dans l’économie numérique sur une période de 5 ans. Il s’agissait également de promouvoir la Tunisie en tant que destination technologique, d’attirer les principaux acteurs internationaux de la technologie et d’aider les Tunisiens à se développer ».

En 2017, Elyes Jeribi quitte le programme en ayant réussi à créer 10 mille emplois en 2 ans avec son équipe. « Nous avons travaillé avec de grosses boites en cherchant des contrats Win/Win. Nous avons montré que cela était faisable mais pour continuer il fallait un plus gros investissement de l’Etat. Pour des arguments de souveraineté de la Tunisie et de problématiques de digitalisation de l’Etat, nous avons stoppé l’expérience ».

Elyes Jeribi, CEO de Jumia Tunisie

En 2017, Elyes Jeribi quitte le ministère des Technologies de la Communication et de l’Economie numérique pour rejoindre le leader de l’e-commerce en Afrique, Jumia, en tant que country manager Tunisia. « En passant du Programme Smart Tunisia à Jumia, je restais dans l’écosystème digitale tunisien. Chez Jumia, le challenge consistait à développer l’e-commerce et Jumia en Tunisie. Au départ, nous étions 40 personnes aujourd’hui nous sommes 130. Pour les recrutements, nous ne sommes pas regardant sur les diplômes car ce qui compte chez Jumia c’est d’avoir la niaque, d’être tenace et d’avoir de l’ambition. D’ailleurs, mes meilleurs éléments sont ceux qui ont expérimenté l’échec et qui supportent les pressions car à Jumia on se rapproche des travaux de la grande distribution ».

Concernant l’état des lieux de l’e-commerce en Tunisie, M. Jeribi a fait savoir que malgré l’existence de l’infrastructure, de l’écosystème et des personnes connectées, le taux de pénétration reste faible (0,5%) alors qu’il pourrait être multiplié par 10. « Il y a de la place pour tout le monde, pour les commerçants comme pour les artisans », a-t-il assuré précisant que Jumia Tunisie a multiplié son chiffre d’affaires par cinq, soit la plus forte croissance de Jumia sur le continent.

Abordant la problématique du paiement électronique en Tunisie, elle est, selon lui, un faux problème puisque le « cash on delivery » ou paiement contre remboursement représente une solution. Pour lui, la réelle problématique réside dans la manière de gagner au mieux la confiance des clients. « Ma méthode est simple, c’est soit satisfait soit remboursé, et quand le client a tort, il a raison ».

Elyes Jeribi, Président de la Commission de labellisation des startups

Le 12 févier 2019, la présidence du gouvernement a annoncé la nomination des membres de la commission d’octroi du label Startup. Une commission présidée par Elyes Jeribi qui intervient dans le cadre de la mise en œuvre de la loi Startup Act.

« Je suis un membre comme les autres avec en plus la mission de coordonner les actions avec les autres membres. Aujourd’hui notre force réside dans les Ressources Humaines, premier ingrédient dans l’entrepreneuriat. La position géostratégique de la Tunisie est aussi un atout. Notre marché est petit mais cela permet de faire des tests. Les plus gros efforts à fournir concernent la convertibilité du dinar car nous avons des institutions et un état de droit qui se respectent ».

A propos des travaux de la commission, Elyes Jeribi a indiqué qu’il y aura des promotions par mois et que la première cohorte ou promotion zéro a été testée et lancée. A part l’octroi du label startup, il y a le projet de la mise en place d’un Fonds des fonds pour financer l’écosystème des startups et faire de la Tunisie, une vraie startup nation.

Khawla Hamed

Publié le 07/04/2019 20:08:31

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