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Des entreprises autrichiennes explorent des pistes d’investissement en Tunisie

Souvent présentée comme une porte d'entrée vers l'Europe en raison de sa proximité géographique, la Tunisie dispose d'atouts qui dépassent largement cet avantage. Son tissu industriel, ses compétences, son expérience dans plusieurs secteurs et sa position au croisement des marchés européens et africains lui donnent d'autres cartes à jouer pour attirer les entreprises et les investissements étrangers. C'est aussi sur ce potentiel que l'Autriche semble vouloir s'appuyer.

 

 

À Tunis, mardi 29 septembre, l'eau, l'énergie et l'industrie se sont retrouvées au centre des échanges entre Tunisiens et Autrichiens. Derrière les discours sur le renforcement des relations économiques, les discussions ont rapidement porté sur des sujets qui se posent déjà très concrètement aux entreprises : produire et consommer autrement, sécuriser les ressources, développer de nouvelles solutions pour l'eau ou encore faire évoluer les chaînes industrielles.

Pour l'occasion, l'Autriche est arrivée avec une délégation de 23 entreprises et organisations. Réunies à Tunis dans le cadre du Business Forum tuniso-autrichien, organisé par Advantage Austria, elles accompagnaient la visite officielle de Wolfgang Hattmannsdorfer, ministre fédéral de l'Économie, de l'Énergie et du Tourisme, ainsi qu'une mission économique conduite par Jochen Danninger, secrétaire général de la Chambre économique fédérale d'Autriche.

 

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De l'énergie à l'eau, en passant par l'environnement, l'industrie, l'automobile et la mobilité, les secteurs représentés couvrent une partie des besoins auxquels les deux économies sont aujourd'hui confrontées. Toutes ces discussions renvoient finalement à une même question : quels projets peuvent être construits ensemble et comment les technologies et les savoir-faire autrichiens peuvent-ils répondre aux besoins du marché tunisien ?

La Tunisie ouvre la porte aux investisseurs autrichiens

Lors de la session inaugurale, le ministre tunisien de l'Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh, a insisté sur les perspectives de la coopération tuniso-autrichienne. Si les deux pays disposent déjà de plusieurs points d'appui, l'enjeu est désormais de lui donner davantage d'ampleur, notamment à travers l'investissement et les partenariats entre entreprises.

Selon les chiffres avancés par le ministre, 26 entreprises à participation autrichienne opèrent actuellement dans le pays, pour un investissement cumulé de 502 millions de dinars, soit près de 149 millions d'euros, et 24 469 emplois créés. Quatre d'entre elles ont par ailleurs décidé d'étendre leurs activités au cours du premier semestre 2026, avec près de 11 millions d'euros d'investissements supplémentaires.

Pour Samir Abdelhafidh, ces extensions constituent " un signal de confiance dans l'environnement des affaires en Tunisie ". Un signal que le gouvernement entend accompagner par l'amélioration de cet environnement et par une présence accrue des investisseurs autrichiens, notamment dans les activités à plus forte valeur ajoutée.

 

 

Le commerce bilatéral offre lui aussi un autre indicateur de cette progression. Les échanges entre les deux pays ont atteint 1,103 milliard de dinars en 2025, contre 607,5 millions en 2019, selon les chiffres présentés par le ministre. Sur les huit premiers mois de 2026, leur volume représente déjà 1,3 fois celui enregistré sur l'ensemble de 2019.

Mais c'est surtout dans les secteurs liés aux besoins futurs de la Tunisie que le ministre voit un terrain de coopération plus large. Le nouveau plan de développement 2026-2030 de la Tunisie accorde une place importante à l'énergie, à l'eau, à l'assainissement et à la modernisation des infrastructures, notamment les ports, les aéroports et les routes.

" Ce sont des secteurs porteurs d'importantes opportunités pour notre coopération bilatérale ", a-t-il souligné, en invitant les entreprises autrichiennes à prendre part à ces projets. Le message adressé aux opérateurs autrichiens était ainsi assez direct : " La Tunisie est prête à accueillir davantage d'investissements autrichiens. "

Autriche-Tunisie : des partenaires " fiables et de confiance "

Prenant la parole à son tour, Wolfgang Hattmannsdorfer, ministre fédéral de l'Économie, de l'Énergie et du Tourisme, a surtout insisté sur la nécessité, pour l'Autriche, de pouvoir compter sur des partenaires fiables dans un environnement international devenu plus incertain. " Nous devons identifier quels sont nos amis fiables et nos partenaires de confiance ", a-t-il lancé, en évoquant un monde marqué par un nouvel ordre " géopolitique " et " géoéconomique ".

Dans ce contexte, la Tunisie occupe, selon lui, une place particulière. Le ministre autrichien a souligné l'ouverture qu'il dit avoir ressentie tout au long de sa visite, estimant que les deux pays partagent des valeurs communes dans leur manière de faire des affaires. Une coopération qui, à ses yeux, ne peut toutefois fonctionner que dans une logique de " gagnant-gagnant ", où chacune des deux parties trouve son intérêt. " Ce n'est jamais une bonne affaire si une seule partie gagne ", a-t-il lancé devant les représentants des deux communautés d'affaires.

Wolfgang Hattmannsdorfer a surtout insisté sur les secteurs dans lesquels il voit des possibilités pour les entreprises autrichiennes. L'énergie arrive en première ligne, avec les renouvelables et notamment le solaire, l'éolien et l'hydroélectricité. Il a rappelé que 91 % de l'électricité produite en Autriche provient de sources renouvelables, mettant en avant l'expertise des entreprises autrichiennes dans ce domaine.

L'eau potable, la gestion des déchets et la modernisation de l'industrie figurent également parmi les secteurs cités par le ministre. " Nous voyons une énorme opportunité dans le domaine de l'eau, de l'eau potable, de la gestion des déchets ", a-t-il déclaré, en soulignant le potentiel que ces marchés représentent à la fois pour les entreprises tunisiennes et autrichiennes.

Le ministre a également rappelé le rôle d'OMV, présent en Tunisie depuis plusieurs décennies et présenté comme le premier investisseur étranger autrichien dans le pays. Il a appelé à identifier de nouvelles possibilités d'exportation de biens et de services, ainsi que de nouveaux projets d'investissement direct étranger.

Pour Wolfgang Hattmannsdorfer, les discussions menées tout au long de la journée ont déjà permis de faire émerger " un potentiel important " pour les entreprises des deux pays. Reste désormais à transformer ces possibilités en contrats, investissements et partenariats.

Des entreprises autrichiennes en quête de nouveaux projets

À la tête de la mission économique autrichienne, Jochen Danninger, secrétaire général de la Chambre économique fédérale d'Autriche, a lui aussi insisté sur l'intérêt des entreprises de la délégation pour le marché tunisien et sur leur volonté d'y développer de nouveaux projets. " Les entreprises autrichiennes sont prêtes à s'engager, elles sont prêtes à investir et elles sont prêtes à construire des partenariats à long terme ", a-t-il déclaré.

La présence à Tunis de 23 entreprises autrichiennes n'était donc pas seulement destinée à présenter des produits ou des technologies. La délégation est venue avec l'objectif d'identifier des projets et de trouver des partenaires locaux dans plusieurs secteurs : énergie, énergies renouvelables, infrastructures, technologies industrielles et solutions environnementales.

Jochen Danninger a notamment cité OMV, qui opère en Tunisie depuis les années 1970, comme l'un des exemples de la présence autrichienne déjà établie dans le pays. Mais pour le secrétaire général de la Chambre économique fédérale, le potentiel reste largement ouvert et peut désormais s'étendre à de nouveaux domaines.

" Notre objectif n'est pas seulement de promouvoir les produits et les technologies autrichiens, mais de développer des partenariats durables, d'identifier des projets concrets et de créer une valeur mutuelle pour les deux parties ", a-t-il souligné.

Il a précisé que Advantage Austria doit jouer un rôle d'intermédiaire entre les deux communautés d'affaires, en facilitant les contacts et en accompagnant les entreprises dans la transformation des opportunités identifiées en projets de coopération. Une mission qui, selon Jochen Danninger, doit permettre de faire émerger de nouveaux investissements, de nouveaux projets et des partenariats inscrits dans la durée.

La prochaine étape : concrétiser les échanges

Pour Aslan Ben Rejeb, président de la CONECT, la question est désormais de savoir ce que les rencontres de Tunis pourront produire au-delà du forum. Quelques mois après le déplacement d'une délégation d'entreprises tunisiennes en Autriche, la présence à Tunis de leurs homologues autrichiens traduit, selon lui, une volonté commune de mieux se connaître et de travailler ensemble. " Comment faire en sorte que cette volonté produise des résultats ? ", a-t-il lancé.

Les échanges commerciaux constituent également une base sur laquelle les deux parties peuvent s'appuyer. Ils ont atteint environ 333 millions d'euros en 2025, dont 245 millions d'euros d'exportations tunisiennes vers l'Autriche et 88 millions d'euros dans l'autre sens. Pour Aslan Ben Rejeb, ces chiffres montrent que la relation commerciale existe déjà, mais posent surtout une autre question : " Jusqu'où pouvons-nous aller ensemble ? "

La réponse ne se limiterait pas, selon lui, à vendre et à acheter davantage. Il s'agit aussi d'investir, de produire et d'innover ensemble, voire de développer des projets destinés à d'autres marchés. La Tunisie peut mettre en avant son tissu industriel, ses compétences humaines et sa proximité avec l'Europe et l'Afrique, tandis que les entreprises autrichiennes disposent d'un savoir-faire reconnu dans l'industrie, les équipements, les technologies environnementales et l'énergie.

Mais c'est surtout sur la suite à donner aux rencontres que le président de la CONECT a insisté. " Une mission économique ne s'arrête pas au retour de la délégation ", a-t-il rappelé. Une rencontre doit pouvoir déboucher sur un échange technique, puis une visite d'entreprise, avant éventuellement de conduire à un contrat, un investissement ou un projet commun.

Les rencontres B2B organisées à Tunis prennent ainsi tout leur sens. " La réussite de ce forum se mesurera dans quelques semaines, dans quelques mois, au partenariat engagé et aux projets qui auront commencé à prendre forme ", a-t-il souligné. Les 333 millions d'euros d'échanges enregistrés en 2025 ne seraient alors plus seulement un niveau de commerce, mais le point de départ d'une coopération économique appelée à s'élargir.

Jihen MKEHLI

 

Publié le 30/09/26 10:22

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