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Yahia Bayahi, patron de TPR : Retour sur une métamorphose réussie

ISIN : TN0007270010 - Ticker : TPR
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On peut se satisfaire de voir quelques groupes familiaux tunisiens franchir avec succès l'épreuve de la succession et de la transmission des affaires du fondateur aux descendants. Parmi ces « happy few », figure le Groupe Bayahi, dont l’un des dirigeants actuels, Yahia Bayahi, à la tête de la société Tunisie Profilés Aluminium (TPR), a fait preuve de ses énormes capacités à s'adapter et évoluer.

En nous recevant dans son bureau à Sidi Rezig (Banlieue Sud de Tunis) accompagné de son fils Karim, le premier responsable de TPR nous a gratifié d'une interview magistrale sur l'histoire de la société. Simple et loin du « star-système », Yahia Bayahi nous en a parlé avec tendresse et nostalgie.

Créée à une époque où le secteur de l'Aluminium était embryonnaire et qu'on ne pouvait en aucun cas justifier une implantation industrielle pour un marché de quelques dizaines de tonnes, le self-made-man, feu Haj Youssef Bayahi, l'avait fait et fondait en 1978 la société TPR après le rachat de la Société Tunisienne de l’Aluminium (SOTAL), une des premières entreprises manufacturières de Tunisie.

"Haj Youssef avait compris très rapidement que l'industrie était porteuse. En 1954, quand il avait intégré la SOTAL, il commençait à toucher à l'industrie et particulièrement à cette matière qui est l'aluminium. Il est ainsi rentré de plein pied dans ce secteur et il a bien réussi", reconnaît-il.

Fort de cela, il a continué dans sa lancée bien que l'aluminium soit considéré à l'époque comme un produit de luxe. Malgré un marché qui n'était pas assez mature, Haj Youssef a pris le risque et fondé TPR. "En deux ans, on a épuisé le capital de la société qui a bien failli fermer définitivement ses portes".

TPR doit beaucoup à l'Algérie

Face à des difficultés, principalement liées à l'étroitesse du marché tunisien à l'époque, et pour ne  pas fermer leur commerce, Haj Youssef et  son fils Yahia, à peine arrivé dans la société, sont dans l'obligation de prendre l'une des décisions les plus salutaires dans l'histoire de TPR : s'orienter vers l'export. Au bout de  quelques mois, ils ont pu conclure un contrat en Algérie.

"C'est ce qui a permis à TPR de résister et de ne pas arrêter son activité. Je le dis et je le redis, TPR doit beaucoup à l'Algérie", reconnaît-il.

La démocratisation de l'aluminium

La société TPR a joué la démocratisation de l'aluminium en Tunisie. Mais ce qui est spectaculaire est le développement du secteur au niveau de la création de sociétés de transformation de l'aluminium. "Des ingénieurs, des architectes, des promoteurs et des grandes entreprises ont adhéré à nos principes. Ensemble, nous avons pu réaliser de beaux ouvrages et les bâtiments de Tunis en témoignent", assure l'aîné des trois descendants masculins de feu Haj Youssef.

Parallèlement, la partie export n'a cessé de se développer. Après l'Algérie et le Maroc, l'aluminium de TPR s'est vu traverser la méditerranée."Aujourd'hui, 60% de nos exportations sont destinées à l'Europe qui est très exigeante en qualité, en service et en compétitivité commerciale".

TPR et le Marché parallèle

Aujourd'hui, comme en témoigne les résultats, la société se porte beaucoup mieux que les années passées. On observe ainsi une croissance des revenus à deux chiffres en dépit d'un marché parallèle qui progresse.

"Pendant longtemps, TPR est restée "seule" mais elle ne s'est jamais comportée en monopole parce qu'un monopole ne donne jamais des crédits à 180 jours. Nous avons développé une démarche qualitative très intéressante et c'est ce qui nous vaut aujourd'hui, sans aucune prétention, une belle notoriété", nous confie M. Bayahi.

Malheureusement, a-t-il néanmoins souligné, les derniers évènements ont permis de réaliser des constructions anarchiques sans aucun contrôle, et avec une détérioration du pouvoir d'achat qui a fait que les gens soient obligés d'acheter le prix et non pas la qualité. "La concurrence déloyale est dans tous les secteurs et l'aluminium n'en fait pas exception. A cet effet, on a été effectivement touché par la contrefaçon aussi bien locale qu'étrangère", a-t-il affirmé.

Bayahi a tenu à préciser que son entreprise n'a jamais mis en cause les accords de la Tunisie avec la communauté européenne puisqu'elle n'a aucune concurrence avec des produits de qualité et qui répondent aux normes et aux standards internationaux. "Nous avons par contre demandé de protéger le marché des produits contrefaits ne répondant pas aux normes et particulièrement en provenance de Turquie et de Chine. Ces produits, vont faire sortir des défauts majeurs qu'on sera obligé de remplacer dans les quelques mois qui suivront leur installation".

Les gens sont aujourd'hui beaucoup plus conscients de tout cela et exigent désormais la qualité TPR. "Nous recevons souvent des demandes de la part des particuliers pour vérifier si le produit qui a été installé chez eux est un produit TPR ou pas. Il nous est arrivé de tomber sur des cas, où le produit porte l’adhésif et le jet d’encre TPR, sans pour autant être du TPR.

En Algérie, le potentiel existe

Evoquant la situation de la filiale algérienne du Groupe TPR, M. Bayahi s'est montré optimiste quant à son potentiel. "On a atteint l'équilibre en 2017 et on compte commencer à dégager des bénéfices cette année. Nous sommes convaincus qu'il y a un gros potentiel d'autant plus que des mesures de réduction des importations ont été mises en place", a-t-il estimé.

Côté investissement, le patron de TPR a fait savoir que son Groupe a anticipé la mise en place de la deuxième presse pour élargir la gamme de produits. Quant à la fonderie, élément crucial de l'activité de l'entreprise, elle est en cours de finalisation pour une entrée en production avant juin 2018.

Création d'un partenariat en Côte d'Ivoire

Le continent africain recèle d'énorme potentiel. M. Bayahi en est pleinement convaincu. Et pour en profiter, il prépare une belle participation en Côte d'Ivoire.

"On a pris la décision d'ores et déjà de créer un partenariat avec des locaux pour avoir une présence physique et commencer une commercialisation et une représentation régionale qui justifiera une présence industrielle dans peu de temps", a-t-il annoncé.

Pour lui, l'Afrique est au cœur de la stratégie de croissance de TPR et du développement de ses exportations.

Un bénéfice de 14 millions de dinars en 2017 ?

A notre question sur les réalisations prévues pour 2017, M. Bayahi pense que son entreprise fera certainement mieux que l'année précédente. "Nous devons faire mieux quand bien même nous n'avons pas répercuté et rattrapé les hausses des matières premières avec la chute du dinar".

TPR aurait ainsi dégagé l'année dernière un bénéfice net de l'ordre de 14 millions de dinars, nous a confié le premier responsable de la société.

Propos recueillis par Omar El Oudi et Ismail Ben Sassi

Publié le 07/03/18 15:35

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