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Sofiène Haj Taieb, le Tunisien qui gère 12 milliards d'euros

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La bourse de Tunis ferme dans 2h9min

Relativement inconnu du grand public tunisien, Sofiène HAJ TAIEB, Fondateur et Président Directeur Général de La Française Investment Solutions (LFIS), fait partie des compétences tunisiennes qui ont le plus percé dans le domaine de la finance à l’échelle internationale. Avant de créer LFIS, Sofiène a travaillé 16 ans à la Société Générale Corporate & Investment Banking où son dernier poste était Responsable Adjoint mondial de l’activité Global Markets. Il a développé de nouvelles activités financières qui ont permis à la Société Générale de se positionner numéro un mondial sur le marché des dérivés actions et des produits structurés. Retour sur le parcours d’une personnalité qui fait incontestablement la fierté de la Tunisie.

Sofiène Haj Taeib et son associé Arnaud Sarfati

 

En 1989, le baccalauréat en poche, Sofiène, issu de l’école publique tunisienne s’oriente vers les Classes préparatoires au Lycée Saint Louis à Paris. Il intègre ensuite l’Ecole Polytechnique puis l’Ecole Nationale de la Statistique et de l’Administration Economique (ENSAE).

« Je suis un amoureux des mathématiques. Rien ne me prédisposait au départ à travailler dans la Finance, j’ai commencé à découvrir ce domaine par le biais des statistiques, un outil que je trouve fascinant. L’univers des statistiques est pluridisciplinaire, il concerne la médecine, les finances, les médias …tous les domaines utilisent cet outil. Cela fait partie de nos vies au quotidien ».

C’est de cette manière qu’il a découvert les mathématiques financières, auparavant il se targuait de ne faire que des mathématiques théoriques et il cherchait là où il pouvait appliquer ses connaissances dans un domaine pratique.

Sofiène, un as de l’ingénierie financière

Après son passage par l’ENSAE, Sofiène Haj Taieb intègre en 1996 la Société Générale (SG).  

Travaillant dans le pôle des dérivés actions, il montera le département de l’ingénierie financière, c’est à dire le pôle en charge de la conception des nouveaux produits financiers, un domaine qui, avant lui, était totalement vierge. 

En parallèle, lui et sa première équipe de 20 personnes, fondent en 1998 une société de gestion appelée Lyxor Asset Management,filiale du Groupe Société Générale et qui gère actuellement 100 milliards €Une étape qui marquera les prémices de la création de la LFIS (La Française Investment Solutions), 15 ans plus tard.

Seize ans de carrière à la Société Générale (SG)

La sortie de Sofiène de la SG après 16 ans de carrière n’était pas un échec.« J’exerçais un métier stressant et je me disais toujours que j’allais arrêter à un moment ou à un autre. A l’origine, je me considère comme un développeur et un faiseur, soit j’ai développé dans mon activité, soit j’ai fait en sorte d’aller dans d’autres activités pour les développer ». En tout, il a développé une dizaine de pôles d’activité en 16 ans. « Je ne veux pas faire la même chose trop longtemps car je m’ennuie. Entre nous, c’est presque l’ennui qui me pousse à développer ».

Quand Sofiène a quitté la SG, il a été approché par une multitude de banques mais il ne trouvait pas l’intérêt de recommencer une carrière bancaire. Six mois plus tard, il s’associe avec le Crédit Mutuel Nord Europe pour créer la société de gestion LFIS dont, il et son cofondateur, sont actionnaires à 49%. « Nous nous sommes rendus compte qu’il y avait un potentiel dans la gestion alternative et quantitative et qu’il y avait une place à prendre. C’était un peu osé d’aller voir un mutualiste, mais on a fini par le convaincre d’aller dans cette direction ».

Sofiène à la tête d’une société de gestion qui gère plus de 12 milliards d’euros

A la tête de la société de gestion LFIS (La Française Investment Solution), Sofiène Haj Taieb ne fait pas de la gestion traditionnelle mais plutôt de la gestion alternative. Lui et ses équipes, sont des gérants quantitatifs avec des modèles mathématiques sophistiqués. Ce n’est plus l’approche analytique des marchés financiers mais une autre approche avec une autre philosophie. Ils font ainsi des statistiques et des mathématiques financières.

« Nous sommes les « Ayatollah » de la diversification et de la gestion quantitative. Nous gérons 12,6 milliards d’euros, à fin juin dernier, et nous tablons sur une croissance de 16% en 2018. L’année dernière (2017), nous avons réalisé un bénéfice net de l’ordre de 20 millions d’euros ». 

A force de manipuler des chiffres en milliards tous les jours, Sofiène perd parfois le sens des choses. Ça c’est le mauvais côté. Le bon côté, c’est que c’est constamment euphorique et excitant. « On est dans l’instantanéité, c’est un flux continu de projets qu’on ne compte même plus tellement il y en a. Ça fait 23 ans que je fais ça. Bien que notre société soit bénéficiaire, nous sommes, mon associé Arnaud Sarfati et moi, constamment dans la remise en cause et presque dans l’insatisfaction. C’est un défaut humain mais ça nous fait avancer, car nous avons pris l’habitude de nous poser la question de savoir quelle sera la prochaine étape, pas nécessairement pour des raisons pécuniaires mais pour demeurer dans le développement car sans développement, nous n’existons plus ».

LFIS envisage de s’orienter vers l’international. En 2017, ses clients étaient à 90% non français, il y a entre autre des clients asiatiques, canadiens ou australiens. La compagnie essaie de se différencier par rapport à l’offre actuelle des Hedge funds et d’être sur un business de niche à forte valeur ajoutée.

Elle se classe d’ailleurs dans le top 100 des Hedge Funds dans le monde, et pourtant la France n’est pas le pays des Hedge funds comme c’est le cas aux Etats-Unis. « Nous sommes en train d’ouvrir le marché américain. C’est compliqué et technique car il y a des cases à cocher au niveau réglementaire. Cela nous ouvrira un univers d’investissement beaucoup plus important. ».

L’attachement à la Tunisie et à la diaspora tunisienne 

Sofiène dit avoir aidé plusieurs personnes de la diaspora tunisienne à se faire connaitre. « Pour moi, c’est très important de recevoir des Tunisiens et de les assoir à la bonne table. Cela ne veut pas dire que je vais embaucher tout le monde mais je les oriente au mieux pour qu’ils aient la possibilité de passer le bon entretien avec la bonne personne et maximiser ainsi leur chance de réussite. Leur permettre cet accès est le minimum que je puisse faire pour eux ». 

Sofiène s’attache à la Tunisie parce que c’est son pays mais surtout parce qu’il est convaincu qu’il faut lui renvoyer l’ascenseur.« J’ai l’idée de créer à terme un fonds de business angels qui accompagnera les jeunes entrepreneurs. C’est une façon pour moi de mieux connaitre le tissu industriel tunisien et d’aider les jeunes talents en les accompagnant dans leur développement ». 

En Tunisie, c’est tout le système qui doit changer

Sofiène Haj Taieb se désole que depuis 2011, l’Etat s’est endetté pour 50 milliards de dinars supplémentaire, et sans exagérer, les a cramés en redistribution de salaires.« Pendant 5 ans, les gens ne se sont pas rendus compte des difficultés du pays parce qu’il y avait cet argent qui est injecté dans notre économie. Aujourd’hui, l’Etat est faible et il n’a plus d’argent, il n’a pas non plus investi par manque de moyens ou de volontés. Aujourd’hui il faut faire. Les mesurettes ne servent plus rien, c’est terminé …mais il y a certainement des spécialistes qui sont mieux placés pour parler de tout ça… ».

D’après lui, il faut booster l’investissement, se concentrer sur l’équité fiscale, traiter le problème de l’économie parallèle, le dinar et la digitalisation du système financier. « Il faut être pragmatique mais en même temps appliquer la loi. On doit être intransigeant avec ceux qui ne respectent pas cette loi. Pragmatique en ne continuant pas à ressasser le passé et avancer avec des mesures simples sur la fiscalité allégée et amnistiée, l’intégration de l’économie parallèle ou la question du change…. Et intransigeant sur l’application de ces mesures ».

Le Directeur Général de LFIS estime par ailleurs que le gouverneur de la BCT ne peut rien faire tout seul, car c’est tout le système qui doit s’adapter ou changer. « Aujourd’hui, chacun optimise de son coté, il y a tellement de vents contraires que l’impact d’une personne ne peut qu’être négligeable alors que le système a besoin d’une cohérence globale. Il faut mettre en place tout un programme cohérent avec un groupe qui a les mains libres pour gouverner et qui a l’intime volonté de changer les choses »

 

Propos recueillis par Ismail Ben Sassi 

Publié le 10/10/18 19:08

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