Les entreprises n'ont jamais disposé d'autant d'outils pour gagner en efficacité, mais elles n'ont jamais eu autant de raisons de se méfier de leur environnement numérique. Une faille peut suffire à exposer tout un système informatique, tandis que l'intelligence artificielle ouvre de nouvelles possibilités pour automatiser le travail et renforcer les défenses. Entre ces deux réalités, les échanges de l'Orange Business Forum ont donné la parole à ceux qui travaillent déjà sur ces transformations.
L'intelligence artificielle (IA) promet de faire gagner du temps, d'automatiser des tâches et de transformer les méthodes de travail. Mais elle oblige aussi les entreprises à repenser leur manière de protéger leurs données et leurs systèmes informatiques. À mesure que les usages se développent, innover ne suffit plus : encore faut-il pouvoir le faire sans fragiliser son activité.
C'est cette équation qui a traversé la première édition de l'Orange Business Forum, organisée par Orange Tunisie le 4 novembre. Près de 400 dirigeants, décideurs et professionnels du numérique ont pris part à cette rencontre pour confronter leurs expériences et réfléchir aux défis que soulève cette transformation.
Comment intégrer l'IA dans les activités sans exposer les données de l'entreprise ? Comment faire face à des menaces cyber qui évoluent au même rythme que les technologies ? Et comment tirer parti de ces nouveaux outils sans perdre de vue la sécurité des systèmes ? Autant de questions qui ont nourri les échanges.
Faire de la confiance un pilier de la transformation digitale
Pour Stéphane Varret, directeur général d'Orange Tunisie, la question n'est plus de savoir si les entreprises doivent prendre le virage du numérique, mais comment le faire sans s'exposer à de nouveaux risques. En ouvrant le Forum, il a notamment insisté sur le décalage entre les possibilités offertes par les nouvelles technologies et les précautions qu'impose leur utilisation.
L'intelligence artificielle ouvre de nouvelles perspectives, tandis que les données constituent un actif dont les entreprises n'exploitent pas encore pleinement la valeur. Mais cette évolution s'accompagne de menaces cyber plus nombreuses et plus sophistiquées. " Le défi est désormais clair : tirer pleinement parti du numérique tout en maîtrisant les risques qu'il comporte ", a résumé Stéphane Varret.
C'est sur ce terrain qu'Orange Tunisie entend se positionner. Le groupe ne veut pas seulement fournir des outils, mais accompagner les entreprises dans leur utilisation, de la connectivité à l'intelligence artificielle, en passant par le cloud et la cybersécurité.
Pour soutenir cette démarche, Stéphane Varret a mis en avant la complémentarité entre les équipes d'Orange Tunisie, Orange Business, Orange Cyberdefense et Sofrecom Tunisie, ainsi que l'expérience internationale du groupe, présent dans 86 pays.
Le dirigeant a également fait le lien avec le plan stratégique 2026-2030 d'Orange, baptisé " Trust the Future ". Un choix de nom qui traduit, selon lui, une conviction : la confiance ne peut pas se limiter à un engagement affiché. Elle doit se vérifier dans les faits, à travers des systèmes mieux protégés, des décisions mieux éclairées et des technologies qui apportent des réponses aux besoins des entreprises.
Cybersécurité : à l'ère de l'IA, les attaques changent de rythme
La menace informatique n'a pas attendu l'intelligence artificielle pour évoluer. Mais elle gagne aujourd'hui en vitesse et en ampleur, obligeant les entreprises à revoir leurs méthodes de protection. C'est le constat dressé par Frédéric Zink, directeur général d'Orange Cyberdefense France, lors de sa keynote consacrée aux nouveaux risques et aux nouvelles défenses à l'ère de l'IA.
Pour illustrer cette accélération, il a évoqué le temps dont dispose désormais un pirate pour progresser dans le système informatique d'une entreprise après y avoir pénétré. " Il y a trois ans, on était entre 12 heures. On est à 24 secondes aujourd'hui ", a-t-il affirmé.
Il faisait référence à la capacité d'un attaquant à passer d'un ordinateur compromis à d'autres équipements, jusqu'à atteindre des serveurs contenant des données sensibles.
Avec un délai aussi court, les procédures classiques, fondées sur des alertes et des interventions humaines successives, risquent d'arriver trop tard. L'intelligence artificielle vient accentuer cette menace en permettant notamment d'automatiser certaines étapes d'une attaque, de repérer des failles et d'enchaîner des opérations à une vitesse difficile à suivre pour les équipes de sécurité.
Les menaces plus anciennes, comme les attaques par déni de service (DDoS), n'ont pas pour autant disparu.
Deux failles de sécurité découvertes récemment dans PHP, un langage informatique utilisé pour faire fonctionner de nombreux sites web et applications, illustrent cette nouvelle réalité. Annoncées le 21 octobre, elles pouvaient permettre à des pirates de prendre le contrôle à distance de serveurs informatiques, sans même avoir besoin d'un mot de passe.
La menace était suffisamment sérieuse pour pousser Orange à suspendre temporairement l'accès à certains sites et applications concernés, le temps de sécuriser les systèmes.
Pour Frédéric Zink, cet épisode montre que les entreprises disposent parfois de très peu de temps pour réagir. Elles ne peuvent plus attendre le prochain contrôle de sécurité ou intervenir une fois l'attaque déclenchée. Elles doivent repérer les failles dès leur apparition et agir avant qu'elles ne soient exploitées.
L'IA, de nouvelle menace à outil de défense
Mais l'intelligence artificielle peut aussi servir à renforcer la protection des entreprises. Encore faut-il savoir l'intégrer dans des dispositifs maîtrisés. " On n'est pas capable de faire face au volume, on n'est pas capable de faire face à la temporalité ", a reconnu Frédéric Zink. Pour lui, les équipes de cybersécurité doivent pouvoir exploiter les données disponibles, croiser les informations et accélérer leur prise de décision.
C'est dans cette logique qu'Orange Cyberdefense entend combiner ses propres données sur les menaces, les informations issues des réseaux et celles recueillies auprès de ses clients. L'entreprise mise également sur plusieurs modèles d'intelligence artificielle, choisis selon les besoins et les contraintes de chaque opération, plutôt que sur une solution unique.
Parmi les applications évoquées figure le " pentest agentique ". Ces tests consistent à se mettre dans la position d'un pirate pour repérer les failles d'un site ou d'un système informatique avant qu'elles ne soient exploitées. Jusqu'ici réalisés principalement par des experts, ils pourraient être effectués plus fréquemment grâce à l'IA, qui permet d'automatiser une partie des vérifications.
Une évolution qui répond à la multiplication des vulnérabilités et à la difficulté de contrôler les systèmes à un rythme suffisamment soutenu.
Cette automatisation ne signifie pas pour autant que l'IA peut agir sans supervision. Les tests doivent rester strictement limités au périmètre autorisé par le client. Les experts conservent donc un rôle essentiel pour encadrer les opérations et intervenir lorsque les systèmes atteignent leurs limites.
L'IA peut également accélérer le travail des équipes lorsqu'une entreprise subit une attaque ou découvre une fuite de données. Il faut alors reconstituer les faits, identifier les systèmes touchés et déterminer les mesures à prendre. Des modèles déployés dans un environnement sécurisé peuvent faciliter ces investigations, sans exposer les informations sensibles à des outils grand public.
Enfin, Frédéric Zink insiste sur l'importance du partage d'informations entre les organisations. Une menace détectée chez un client peut permettre d'en prévenir d'autres chez des entreprises confrontées aux mêmes risques. " Si on est seul face à cette menace, on va moins vite ", a-t-il résumé. La cybersécurité repose ainsi de plus en plus sur la capacité des acteurs à mettre en commun leurs connaissances et à anticiper collectivement les attaques.
L'IA transforme aussi les méthodes de travail
L'intelligence artificielle ne se limite pas à la détection des cyberattaques ou à la protection des données. Elle commence aussi à modifier des tâches très concrètes au sein des entreprises. C'est notamment le cas du développement informatique, où Orange a présenté AI4IT, une solution qui utilise l'IA pour accompagner les équipes tout au long de la création d'un logiciel.
Concrètement, l'outil peut intervenir dès la conception, puis lors des phases de test et de déploiement. Des étapes qui demandent habituellement du temps et mobilisent plusieurs compétences. En automatisant une partie de ces opérations, AI4IT vise à faciliter le travail des développeurs et à accélérer la mise à disposition des logiciels.
Le Forum a également permis de découvrir d'autres solutions à travers trois espaces de démonstration. Dynamie SOC était consacré à la cybersécurité et à la surveillance des systèmes informatiques. Live Intelligence présentait les usages de l'IA, tandis que Mon IA Pro mettait en avant les outils destinés aux professionnels.
Ces présentations ont donné un aperçu des différentes façons dont Orange entend accompagner les entreprises, aussi bien dans la protection de leurs activités que dans l'utilisation quotidienne de l'IA.
Jihen Mkehli
Publié le 04/11/26 11:05




