La dégradation des finances publiques françaises inquiète de plus en plus les agences de notation. Fitch Ratings a abaissé la perspective de la note souveraine de la France de " stable " à " négative ", tout en maintenant sa notation à A+.

La situation budgétaire française continue de se détériorer. L'agence de notation Fitch a abaissé, le 30 octobre 2026, la perspective de la note souveraine du pays de " stable " à " négative ", tout en maintenant sa notation à A+.
Cette révision intervient en dehors du calendrier habituel de l'agence. Fitch estime que la situation s'est dégradée depuis sa précédente évaluation, en août dernier. La croissance est moins vigoureuse, les charges d'emprunt augmentent et le déficit budgétaire s'élargit. Pris ensemble, ces facteurs compliquent davantage la stabilisation de la dette française.
L'agence a toutefois conservé la note A+, qui place la France dans la catégorie des émetteurs de qualité moyenne supérieure. Elle souligne que la taille et la diversification de l'économie française, la solidité de ses institutions, son appartenance à la zone euro ainsi que la résilience de son secteur bancaire continuent de soutenir sa qualité de crédit.
Un déficit qui complique la stabilisation de la dette
Les projections de Fitch mettent en évidence l'ampleur de l'effort budgétaire encore nécessaire. L'agence prévoit un déficit public de 5,4 % du produit intérieur brut en 2026. Pour l'année suivante, elle table sur un déficit de 5,5 %, au-dessus de l'objectif de 5 % fixé par le gouvernement français.
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La dette publique devrait, de son côté, poursuivre sa progression. Fitch anticipe un ratio d'endettement d'environ 124 % du PIB en 2028, contre 115,7 % en 2025. L'ajustement budgétaire cumulé nécessaire pour stabiliser la dette est désormais estimé à 3,5 % du PIB, contre 3 % lors de l'évaluation d'août.
Les marges de manœuvre du gouvernement sont déjà limitées. Le projet de budget pour 2027 prévoit des restrictions de dépenses et des recettes fiscales supplémentaires afin de ramener le déficit à 5 % du PIB. Mais son adoption demeure incertaine, faute de majorité parlementaire.
La fragmentation politique complique le redressement
Fitch met directement en cause les difficultés politiques et sociales qui entourent la mise en œuvre des réformes. La fragmentation persistante du paysage politique et les tensions sociales compliquent, selon l'agence, l'adoption de mesures d'assainissement budgétaire sur la durée.
Les débats qui précèdent l'élection présidentielle prévue dans environ six mois n'ont pas davantage renforcé la confiance de Fitch dans la capacité du pays à réduire durablement son déficit.
Les rendements des obligations françaises ont progressé plus fortement que ceux de plusieurs autres économies avancées. Le rendement de l'emprunt français à dix ans a atteint 4,97 % le 30 octobre, après avoir dépassé 5 % la semaine précédente, un niveau inédit depuis 2002.
L'écart entre les taux français et allemands à dix ans, qui sert de référence pour mesurer la prime de risque exigée sur la dette française, a également augmenté. Il a atteint environ 178 points de base au cours du mois, contre 85 points de base au début de septembre, avant de revenir autour de 165 points vendredi.
La décision de Fitch intervient quelques jours après celle de Moody's, qui avait maintenu la note de la France à Aa3, assortie d'une perspective négative. Les deux agences expriment ainsi des inquiétudes sur la trajectoire budgétaire française, même si leurs appréciations de la qualité de crédit du pays restent différentes.
Pour Fitch, la prochaine évaluation de la note souveraine française devra intervenir au plus tard à la fin du mois de février 2027. D'ici là, l'évolution des finances publiques, la capacité du gouvernement à faire adopter son budget et les conditions de financement de la dette seront déterminantes pour apprécier la trajectoire du pays.
Jihen Mkehli
Publié le 04/11/26 07:06




