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Mehdi Masmoudi décortique la problématique du BFR des entreprises tunisiennes

ISIN : TN0001800457 - Ticker : BIAT
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La BIAT a organisé en début du mois de décembre une rencontre-débat sur l’optimisation et le financement du besoin en fonds de roulement (BFR) des entreprises tunisiennes, et durant lequel un état des lieux du contexte tunisien a été présenté. Pour donner plus d’illustrations profondes sur cette thématique d’actualité, M. Mehdi Masmoudi, Responsable du Pôle Conseil Financier à la BIAT, revient sur les résultats de l’étude réalisée par les experts de la BIAT relative à cette importante problématique pour les entreprises tunisiennes.

La problématique du BFR est un sujet d’actualité qui concerne les entreprises de toute taille. C’est un investissement qui s’impose à l’entreprise du fait de son activité et de sa concurrence. En effet, l’entreprise n’a pas d’autres choix pour exister et se développer que de détenir un stock et de consentir un crédit à ses clients.

« A titre d’exemple, une entreprise qui exerce dans le commerce des pièces de rechange est dans l’obligation d’avoir des pièces disponibles pour servir ses clients. De même, dans certains secteurs concurrentiels, il est habituel d’accorder un crédit de 60 ou 90 jours à ses clients… Ce besoin représente en quelque sorte le cash bloqué dans les stocks et les créances clients minoré des dettes fournisseurs. Il nécessite parfois la mobilisation de ressources financières importantes. Car plus une entreprise se développe plus son BFR augmente en volume. Et il est toujours important de prévoir et d’anticiper l’impact d’une hausse du CA sur le BFR, pour préserver les équilibres financiers de l’entreprise », explique M. Masmoudi.

Le BFR est donc une donnée clé du business plan au démarrage comme à l’extension des activités, qu’il faut bien dimensionner et maîtriser au même titre que les investissements en machines et constructions. L’absence de planification ou une mauvaise estimation de son coût est l’une des principales causes de crises de trésorerie des entreprises.

Ce sujet a aussi une portée économique importante, explique le Responsable e la BIAT, puisque beaucoup d’entreprises, en raison parfois de l’impossibilité de financer ou de maîtriser le BFR, préfèrent renoncer à de nouveaux contrats ou marchés, donc à leur développement commercial, afin de garantir leurs équilibres financiers. « D’où l’importance de se pencher sérieusement sur l’optimisation et les meilleures pratiques de financement du BFR. Car une meilleure gestion et maîtrise du BFR permet une amélioration de la rentabilité et une transformation plus rapide des marges et du résultat en Cash ». 

Analyser de plus près l’évolution du BFR

Selon M. Masmoudi, traiter un sujet si important est à la fois facile et difficile. Facile car parfois il suffit de piloter l’activité, d’élaborer des prévisions de trésorerie et d’anticiper les besoins pour mieux gérer et financer son BFR. Il est aussi difficile vu le contexte économique dans lequel nous opérons, qui ne facilite pas le recouvrement des créances et l’écoulement des stocks. 

« Dans les différentes missions de conseil que nous avons menées et que nous menons, que celles-ci concernent une acquisition, une valorisation, ou une restructuration voire l’élaboration d’un plan de développement, la problématique du BFR est récurrente et omniprésente », dit-il. Ce constat a incité la BIAT à mener une étude sur un échantillon de près de 420 entreprises développant un chiffre d’affaires de plus de 5 millions de dinars, pour analyser de plus près l’évolution du BFR et de sa politique de financement sur les 3 derniers exercices.

L’étude a montré que le BFR a enregistré une hausse continue pour atteindre une moyenne de 4 mois du CA, contre une moyenne de moins de 45 jours en Europe. Cette hausse est tirée essentiellement par le poste client.

L’absence d’une législation sur les délais de paiement impacte le BFR des entreprises

Ces niveaux élevés de BFR peuvent trouver leur origine dans la situation économique actuelle qui a provoqué un allongement des délais clients et un retard dans l’écoulement des stocks. Ces deux postes de ressources à court terme prennent beaucoup plus de temps, dans un contexte difficile, à se retrouver dans les caisses de l’Entreprise.

« Mais je pense que le facteur le plus important qui impacte le BFR des entreprises tunisiennes est l’absence d’une législation sur les délais de paiement. Alors qu’en France, la loi impose aux entreprises de payer leurs fournisseurs au maximum dans les 60 jours à compter de la date de facturation ».

Une telle législation en Tunisie permettra aux entreprises d’améliorer sensiblement leur trésorerie et de ne plus devoir financer les stocks et parfois les investissements de leurs clients. « Ces deux facteurs, sont bien entendu des éléments exogènes, sur lesquels il est difficile d’agir », a-t-il expliqué.

Le « Bon BFR » est le véritable besoin

De nombreux leviers d’amélioration du BFR existent. Plusieurs entreprises ont déjà actionné ces leviers et ont réalisé des gains en cash équivalents à 7% du chiffres d’affaires. A titre d’illustration, une entreprise qui développe un chiffre d’affaires de 10 millions de dinars, en réduisant son BFR de 15 jours dégage près de 420 mille dinars de trésorerie dans ses caisses. « En effet, nos différentes missions et notre contact quotidien avec les entreprises nous ont démontré qu’il existe un "bon" et un "mauvais" BFR. Le « Bon BFR » est le véritable besoin, nécessaire pour l’activité qui est imposé par l’activité et la concurrence ».

Alors que le « mauvais BFR » est la partie du BFR qui trouve sa source dans une gestion peu optimisée de l’entreprise, 45% des entreprises de l’échantillon présentent des BFR non maîtrisés dépassant les 120 jours du chiffre d’affaires tandis que près d’un quart de l’échantillon présente un BFR supérieur à 50% du CA. « Les projets d’amélioration permettraient à ces entreprises d’identifier le "mauvais" BFR et les causes de sous performance pour les convertir durablement en des gisements de cash ».

Par ailleurs, l’étude constate que les crédits court terme sont de plus en plus utilisés dans le financement du BFR et leur part est passée de 55% à plus que 60% du BFR en 2017 dans l’échantillon. Le reliquat, soit près de 40% est financé par le fonds de roulement.

« Il s’agit bien entendu d’une moyenne et il y a toujours de bons et de moins bons élèves, puisque 1 entreprise sur 3 a un fonds de roulement négatif et finance donc 100% de ces besoins par des crédits à court terme. Ce sont des entreprises très dépendantes financièrement et qui doivent recourir à leurs banques pour investir un dinar supplémentaire dans son BFR et ainsi réaliser un chiffre d’affaires additionnel », fait savoir M. Masmoudi.

L’étude relève aussi qu’une entreprise sur trois finance plus de 60% de son BFR par des ressources stables (les crédits à court terme ne financent que 40% du besoin). « Ce sont des entreprises avec d’excellentes assises financières et qui pourraient aisément s’endetter à court terme pour financer une évolution de l’activité et donc du BFR », estime M. Masmoudi qui ajoutera que « notre conseil est qu’on peut toujours avoir au minimum un scénario haut, un scénario bas et un scénario médian pour estimer les besoins de trésorerie ».

Selon lui, une trésorerie prévisionnelle suivie régulièrement permet d’anticiper les besoins de financement supplémentaires induits par l’activité, d’améliorer la communication avec les partenaires financiers et d’évaluer la performance (comparer le réalisé par rapport au prévisionnel) et mettre en place des mesures correctives … « car si on ne mesure pas on ne peut rien améliorer », a-t-il affirmé.

La problématique du BFR n’est pas uniquement l’affaire du Directeur Financier

Pour conclure, M. Masmoudi a tenu à indiquer que l’optimisation du BFR est la source de financement la moins chère pour l’entreprise, d’où l’intérêt de lancer un programme d’amélioration du BFR axé sur trois axes à savoir, la diffusion de la culture Cash au niveau de toutes les fonctions de l’entreprise, l’optimisation des processus internes liés à la gestion du bas de bilan, et la mise en place d’outils de pilotage efficients avec des indicateurs pertinents permettant de diagnostiquer et d’agir sur tous les éléments du BFR.

« De tels projets et pratiques impliquent la mise en place d’un programme associant la Direction Générale et l’ensemble des opérationnels. La problématique du BFR n’est pas uniquement l’affaire du Directeur Financier », conclut le Responsable du pôle Conseil Financier à la BIAT.

©ilBoursa.com

Publié le 08/01/2019 11:20:24

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