Retardée à plusieurs reprises, la création d'une agence africaine de notation du crédit, initialement prévue pour le second semestre 2025, vient finalement d'être officialisée par l'Union africaine. Le lancement de l'African Credit Rating Agency est prévu le 7 octobre prochain à Maurice.
L'Union africaine (UA) a officiellement annoncé la date de lancement de sa propre agence continentale de notation de crédit. Baptisée African Credit Rating Agency (AfCRA), l'institution sera officiellement lancée le 7 octobre 2026 à Port-Louis, à Maurice, où elle aura également son siège.
L'AfCRA aura pour mission de fournir des évaluations de crédit souveraines et d'entreprises, fondées sur une analyse davantage adaptée aux réalités économiques, financières et institutionnelles africaines.
L'objectif est notamment de remédier à ce que les institutions africaines considèrent comme une perception parfois excessive du risque associé aux économies du continent et qui se traduit par une prime de risque plus élevée sur les marchés internationaux.
Réduire le coût du risque africain
La création de cette agence intervient dans un contexte de critiques croissantes à l'égard des méthodes des principales agences internationales de notation, accusées par plusieurs acteurs africains de ne pas suffisamment tenir compte des réalités économiques du continent.
Plusieurs responsables africains estiment que certaines évaluations ne prennent pas suffisamment en compte les spécificités des économies du continent, notamment leur potentiel de croissance, leurs réformes économiques et leurs progrès en matière de développement socio-économique et de gouvernance.
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En effet, seuls trois pays africains disposent actuellement d'une notation de qualité investissement (" investment grade "), malgré le potentiel de croissance du continent. Une étude du PNUD avait par ailleurs estimé que les particularités liées aux notations de crédit coûtaient à l'Afrique environ 75 milliards de dollars par an, entre surcoûts d'intérêts et financements auxquels les pays n'accèdent pas.
L'ambition de l'AfCRA est donc de produire des évaluations qualifiées de " contextualisées ", capables de mieux intégrer les fondamentaux propres aux économies africaines. Il ne s'agit toutefois pas, officiellement, d'attribuer de meilleures notes aux pays du continent, mais de fournir des évaluations jugées plus objectives et fondées sur leurs réalités économiques.
Une agence indépendante du pouvoir public
Le projet est piloté avec le concours du Mécanisme africain d'évaluation par les pairs (MAEP/APRM). Plusieurs études de faisabilité ont été menées afin d'évaluer la viabilité d'une telle institution et l'existence d'un marché pour ses services. Selon les responsables du projet, ces travaux ont conclu à l'existence d'une demande pour une agence de notation à l'échelle continentale.
L'AfCRA devrait fonctionner comme une institution indépendante, dirigée par le secteur privé, et ne devrait pas être détenue par les gouvernements africains. Cette structure vise notamment à préserver son indépendance analytique et à renforcer sa crédibilité auprès des investisseurs internationaux.
Outre les notations de crédit, le dispositif prévoit également un volet de recherche et de conseil auprès des gouvernements, ainsi qu'une plateforme d'échange d'informations entre les États, les institutions financières et les régulateurs. L'objectif est notamment d'aider les pays à mieux comprendre les facteurs qui influencent leurs évaluations et à améliorer leurs pratiques en matière de notation.
Maurice choisie comme siège
Le choix de Maurice pour accueillir le siège d'AfCRA intervient au terme d'un processus compétitif conduit par le MAEP.
Le pays a été retenu notamment pour la solidité de son cadre juridique et institutionnel, la robustesse de son secteur financier et ses standards de gouvernance et de transparence. Son statut de centre financier international constitue également un atout pour une agence appelée à renforcer les marchés de capitaux africains et la confiance des investisseurs.
Le véritable enjeu pour la nouvelle agence sera désormais de convaincre les marchés. Son impact sur le coût d'emprunt des États africains dépendra largement de la capacité de l'AfCRA à garantir son indépendance, la transparence de ses méthodes et la crédibilité de ses évaluations auprès des investisseurs internationaux.
Jihen Mkehli
Publié le 07/09/26 14:31




