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Lotfi Debbabi : La STB veut retrouver sa place naturelle parmi les meilleures banques de la place

Après avoir réussi son plan de restructuration, la STB Bank avance, au niveau de son programme de relance pour retrouver de nouveau sa position sur le podium à la place financière en réalisant les meilleures évolutions, fin 2019, notamment au niveau des dépôts, des crédits et de rentabilité. Le pilotage lucide et très rigoureux de la Direction Générale a largement contribué à cette réussite. Rencontré à Marrakech à l'occasion des " Transformers Awards " pour recevoir les Prix " Transformation " et " Solution & Parcours Client ", M. Lotfi DEBBABI, Directeur Général de la STB Bank, nous parlera des avancées de la banque et de ses perspectives. Interview.

Au cours des deux dernières années, la STB a réalisé une remarquable performance en termes de rentabilité avec l'octroi de 1 milliard de dinars supplémentaire de crédits nets. La STB ambitionne-t-elle de devenir structurellement la troisième, voire deuxième, banque du pays en termes de rentabilité ?

Lotfi Debbabi : Cette performance n'est pas fortuite. La STB a opté depuis quelques années pour une structuration optimale des efforts. Nous accordons une attention particulière au volet ressources humaines avec l'organisation de meetings et workshops au profit des employés des différents métiers. Nous avons commencé par le réseau qui regroupe, entre autres, les chargés de clientèle et les chefs d'agences. Un dialogue constructif a été établi afin d'évaluer les attentes des employés de la banque ainsi que celles de la direction générale.

Cela nous a permis de réaliser la meilleure performance du secteur en termes de croissance du PNB qui a augmenté de 27% en 2019 pour dépasser les 600 millions de dinars. Par ailleurs, grâce à une maîtrise des charges, nous enregistrons également la meilleure progression du Résultat avant Amortissements Impôts et Provisions (RAIP) avec une croissance de 114 millions de dinars, soit +43,7%.

Il va sans dire que nous sommes également en pleine restructuration vers une relance durable. En effet, plusieurs projets ont été concrétisées et d'autres sont en cours de réalisation portant essentiellement sur l'adaptation des métiers de la banque à la transformation digitale de l'institution. Le cap de la stratégie est dépassé et nous nous dirigeons vers la phase d'achèvement. Nous portons ainsi notre regard vers l'avenir et nous réfléchissons à de nouvelles stratégies.

Historiquement, la STB s'est toujours positionnée parmi les premières banques de la place, une position sur laquelle nous sommes en train de travailler pour la reprendre en tant que notre place naturelle.

 

Quels sont les principaux chantiers menés depuis 2016 ?

Lotfi Debbabi : D'abord, nous avons procédé au changement du système d'information avec la mise en place d'un module global et ouvert (Il s'agit en fait d'un développement BFI©) qui offre une gestion aisée et complète des comptes de la clientèle (dépôts et épargne) avec leurs arrêtés périodiques, des opérations du guichet et de l'arrière-guichet, ainsi que les opérations relatives aux moyens de paiements compensables (virements, prélèvements, chèques et effets). Grâce à ce système, la banque a pu digitaliser maintes démarches. Ainsi, il y a eu une amélioration du process puisque la STB a pu répondre aux besoins d'instantanéité et de rapidité d'offre des services et produits de sa clientèle en étant plus réactive.

D'autres actions de restructuration ont été mises en œuvre à l'instar du rajeunissement des effectifs. En effet, encourager les jeunes talents est devenu nécessaire puisqu'ils représentent, actuellement, environ 45% de l'effectif total de la banque. Toujours est-il que cette restructuration a eu un coût compte tenu de l'importance des plans de départ volontaire à la retraite lancés pour de larges franges d'employés et qui ont été financés par la STB.

Le troisième volet repose sur une stratégie commerciale basée sur l'expérience client. Il est nécessaire d'assurer une réactivité à moindre coût. A ce propos, un workshop traitant du Pain point, soit tous les points de désagrément et d'irritation dans le parcours du client, a été organisé par la banque. Grâce à la collecte d'une base de données, nous avons pu mettre en place une stratégie collaborative, ce qui nous a permis ensuite d'étudier le parcours client au niveau des différentes phases de la relation avec la banque.

Notre stratégie commerciale a été ainsi effective dans l'ensemble des régions de la Tunisie. Elle consiste en l'organisation de rencontres trimestrielles avec nos clients. Nous avons également travaillé sur l'expérience " collaborateur " puisqu'elle représente le fondement de l'épanouissement des employés de la banque et assure la pérennité de l'institution.

 

Quel est le poids des engagements de la banque envers les entreprises publiques dans le total des créances ?

Lotfi Debbabi : En comparaison avec les entreprises privées, le poids de nos engagements envers les entreprises publiques est considéré comme relativement maîtrisé sachant que notre engagement envers certaines d'entre elles a pour but de soutenir leur activité puis qu'elles font partie des clients historiques et stratégiques de la banque à l'instar de Tunis air, CTN, STIR, SNDP, CPG, El Fouledh, … Au total, l'engagement de la STB envers les entreprises publiques s'élève aux alentours de 900 millions de dinars.

 

Face à un secteur public qui cumule les difficultés depuis 2011, quelle est la stratégie mise en place par la STB ?

Lotfi Debbabi : D'abord, il est à noter, dans ce cadre, que le secteur touristique est, spécifiquement, pesant. Actuellement, il représente 20% des engagements de la banque. Bien que plusieurs entreprises publiques connaissent une situation financière particulière, nous essayons de revoir les perspectives de leur restructuration en s'alignant aux plans adoptés par l'État, dans ce contexte, et les principaux bailleurs de fonds et les investisseurs. Pour le reste, la principale préoccupation réside dans la forme de collaboration des entreprises publiques avec les banques privées. Il faut établir un bon partenariat dans le sens où un vrai partenaire est celui qui arrive à établir les anticipations adéquates ainsi qu'à apporter des solutions à son entreprise cliente.

Je suis convaincu, à ce titre, que la STB est un réel partenaire dans le sens où l'accompagnement représente, pour nous, une valeur essentielle. Nous établissons aussi des analyses et nous effectuons une gestion quotidienne au profit de nos clients Corporate. Aussi, grâce à la mise en place des API et de l'openbanking, nous proposons, une meilleure gestion de la trésorerie et nous étudions les fluctuations des chiffres d'affaires. La gestion des risques et la distribution sont les activités clés de la chaîne de valeur de la banque. En définitive, et grâce au développement digital nous œuvrons à mettre l'intelligence artificielle au profit de l'intelligence collective.

 

La force de croissance de la STB va-t-elle impliquer des exigences supplémentaires au niveau des fonds propres ?

Lotfi Debbabi : Malgré le poids des créances classées provenant de notre engagement sur le secteur touristique, nos ratios réglementaires sont en amélioration continue. Le ratio de liquidité à court terme (LCR) est de 145% en décembre 2019 contre 96% en décembre 2018. Notre ratio Tier 1 s'établit à près de 9% et celui de solvabilité à 11%, notre ROE a atteint 17% contre 12% en 2018, notre ROA est de 1.7 % contre 0.8 % en 2018, quant au coefficient d'exploitation il a baissé pour se situer à 38.% contre 46.4% en 2018.

 

Le retour de la distribution de dividendes est prévu pour quelle année ?

Lotfi Debbabi : En termes de résultat net, la STB devrait réaliser des bénéfices de l'ordre de 160 millions de dinars au titre de l'exercice 2019, contre 80 millions en 2018. Je pense que l'année prochaine enregistrera le retour de distribution de dividendes par la banque.

 

Quelle vision et quelles ambitions pour la STB ?

Lotfi Debbabi : Sans vision, on avance dans l'obscurité. Nous allons consolider, de ce fait, notre avancée dans le monde numérique qui est en évolution impressionnante. Nous avons inclus dans nos services des produits financiers tels que les cartes rechargeables comme les cartes prépayées  " C-Cash " ou la " C-Pay " pour les entreprises et leurs employés. Ainsi, les employés de celles-ci notamment ceux qui sont engagés pour une courte durée peuvent ne pas ouvrir un compte courant afin d'éviter de se voir imposer des frais bancaires.

Nous travaillons sur la rentabilité par opération. Le plus important reste le business model que les banques mettent en œuvre. Les établissements bancaires doivent mettre de côté les modèles révolus et se doivent d'innover.

Je suis pour la diversification des produits financiers en Tunisie. Prenons l'exemple de la finance islamique qui a démarré timidement dans notre pays. Ce marché pèse plus de 2.000 milliards de dollars dans le monde. Londres s'impose depuis des années comme première place occidentale pour la finance islamique et voit ce marché fructueux s'intensifier pour atteindre 4,5 milliards de dollars.

 

Pour quelles raisons la Tunisie n'attire pas les pionniers de l'innovation bancaire comme la finance islamique ou le Crowdfunding ?

Lotfi Debbabi : Faute de rendements conséquents et ce, pour des raisons objectifs multiples, nous ne sommes pas assez attractifs et notre système bancaire reste relativement conventionnel. Il faut encourager les jeunes talents en travaillant sur l'innovation. A titre indicatif, la STB décerne des prix pour la meilleure innovation chaque trimestre. Il faut qu'il y ait un échange de culture d'innovation.  

 

La STB vient d'être récompensée à Marrakech par les prix " Transformation " et " Solution & Parcours Client " pour sa solution DigiCarte. Quelle a été votre impression ?

Lotfi Debbabi : Cette récompense n'est que le résultat d'une stratégie qui s'appuie sur la transformation et la digitalisation. Nous avons compris que les clients exigent plus de rapidité et d'instantanéité et ce, à la faveur du respect des étapes de transition digitale et l'intégration de la dimension humaine.

Une transformation qui a nécessité l'implication de tous les employés pour s'adapter aux nouveaux modèles et l'engagement de la direction générale en tant que leader qui fixe le cap, la DSI en tant qu'accélérateur de la transformation numérique, les directions métiers par leur retour d'expérience et la DRH pour le soutien du changement à partir de sa proximité.

Propos recueillis par Ismail Ben Sassi

Publié le 12/02/2020 14:20:40

1 COMMENTAIRE SUR CET ARTICLE
SofieneAs


14/02/20 08:36
J'approuve...

La STB est une des banques étatiques qui ont contribué à l'essor économique du pays!

Par pur patriotisme, je ne fait affaire qu'avec la STB... quoiqu'il en soit je prévilégie les banques étatiques sur les privées et étrangeres... au moins les benefices reviennent à l'état et au peuple"
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