Annoncé en 2025, le projet, dirigé par la société suisse Synhelion, prévoit un investissement d'environ 1 milliard de dollars pour développer une usine de carburants de synthèse d'une capacité de 100.000 tonnes par an dans la province de Tan-Tan.
La société suisse Synhelion a signé, le 8 septembre 2026, un protocole d'accord avec le gouvernement marocain pour développer une usine commerciale de carburants de synthèse à grande échelle.
L'installation, prévue dans la province de Tan-Tan, dans la région de Guelmim-Oued Noun, devrait atteindre une capacité de production de 100.000 tonnes de carburants renouvelables par an.
Le projet, dont l'investissement avait été annoncé à environ 1 milliard de dollars par Synhelion en février 2025, entre désormais dans une phase plus concrète. La société suisse a réservé un terrain pour l'implantation de l'usine et a créé une filiale locale, Synhelion Morocco.
Le protocole d'accord a été signé avec les ministères marocains de l'Industrie et du Commerce, de la Transition énergétique et du Développement durable, de l'Investissement, ainsi qu'avec l'Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE).
Une capacité de 100.000 tonnes par an
L'installation projetée dans la région de Guelmim-Oued Noun devrait produire jusqu'à 100.000 tonnes de carburants renouvelables par an. Synhelion prévoit notamment de produire du carburant d'aviation de synthèse, du diesel et de l'essence, destinés aux secteurs du transport.
La technologie développée par l'entreprise suisse repose sur le procédé Sun-to-Liquid, qui utilise l'énergie solaire pour produire des carburants de synthèse. L'entreprise explique que ses carburants sont conçus comme des solutions " drop-in ", pouvant être utilisés dans les moteurs et les infrastructures existants sans modification majeure.
Pour justifier son choix du Maroc, Synhelion souligne les fortes ressources renouvelables de la région, mais aussi les conditions réunies pour développer localement une chaîne de valeur autour des carburants renouvelables.
Un an après, le projet se précise
L'annonce de l'accord marque surtout une évolution dans le degré de maturité du projet. En février 2025, Synhelion avait annoncé son intention d'investir environ 1 milliard de dollars au Maroc pour développer une unité capable de produire près de 100.000 tonnes de carburants synthétiques par an. Le financement devait alors combiner notamment des prêts bancaires et des fonds propres, avec la possibilité d'un soutien public.
Depuis, le projet a passé par plusieurs étapes. Synhelion a créé sa structure locale et obtenu le statut Casablanca Finance City, tandis qu'un terrain a été réservé à Tan-Tan. Le protocole d'accord signé avec les autorités marocaines constitue donc un passage de l'étude du marché à la préparation concrète du projet.
Le milliard de dollars ne constitue toutefois pas, à ce stade, un montant d'investissement définitivement arrêté par le nouvel accord. Il correspond à l'estimation communiquée par Synhelion lors de la présentation initiale du projet en 2025. Les prochaines étapes devront notamment préciser le financement, le calendrier de construction et les caractéristiques finales de l'usine.
Un enjeu de compétitivité
Pour Synhelion, l'intérêt du Maroc repose autant sur ses ressources énergétiques que sur son ambition industrielle. Le pays cherche depuis plusieurs années à développer une filière autour de l'hydrogène vert et de ses dérivés, notamment l'ammoniac, le méthanol et les carburants synthétiques.
Synhelion cherche précisément à développer cette technologie à une échelle industrielle. Son installation DAWN, en Allemagne, fonctionne depuis 2024 et constitue une première étape avant le passage à des unités commerciales de plus grande capacité.
Outre l'enjeu environnemental, la question économique sera déterminante. En 2025, le cofondateur et CEO de Synhelion, Gianluca Ambrosetti, indiquait que l'entreprise visait à terme un coût de production d'environ 1 dollar par litre, afin de rendre ses carburants compétitifs, notamment dans l'aviation.
L'enjeu est donc de passer d'une technologie encore coûteuse à une production industrielle capable de rivaliser avec les carburants conventionnels. Le Maroc offre, sur ce plan, un avantage potentiel grâce à l'abondance de ses ressources solaires et à la disponibilité de terrains permettant d'envisager des installations de grande taille.
Synhelion estime que ses carburants peuvent réduire jusqu'à 100 % les émissions nettes de CO₂ par rapport aux carburants fossiles, selon le procédé et les intrants utilisés.
Jihen Mkehli
Publié le 09/09/26 09:00




