Le FMI table désormais sur une croissance mondiale revue à la baisse à 3,1 % en 2026, et souligne que la Russie est l'un des principaux bénéficiaires économiques de la crise, portée par la hausse des prix de l'énergie.
Le Fonds monétaire international (FMI) revoit à la baisse ses perspectives de croissance mondiale pour 2026. L'institution table désormais sur une progression de 3,1 %, contre 3,3 % anticipés lors de ses précédentes projections, publiées en janvier.
Cette révision représente une perte de 0,2 point de croissance, soit près de 350 milliards de dollars d'activité économique mondiale en moins. Selon Pierre-Olivier Gourinchas, chef économiste du FMI, ces nouvelles perspectives traduisent une économie mondiale désormais " passée au tamis de la guerre ".
L'institution exprime par ailleurs son inquiétude face à une possible prolongation du conflit. Dans un scénario plus défavorable, si les hostilités devaient se poursuivre au-delà de la fin de l'année, la croissance mondiale pourrait chuter jusqu'à 2 %, un niveau jugé insuffisant pour absorber les millions de nouveaux entrants sur le marché du travail, notamment dans les économies émergentes.
Avant l'éclatement des tensions, les perspectives étaient pourtant plus optimistes. Pierre-Olivier Gourinchas, évoquait une possible révision à la hausse de ses prévisions, porté par une dynamique économique post-Covid et la relative stabilisation du choc lié à la guerre en Ukraine. Mais le nouveau contexte géopolitique a brutalement inversé cette trajectoire, en ramenant les incertitudes au cœur des projections économiques mondiales.
Le détroit d'Ormuz, nouveau facteur d'inflation mondiale
Par ailleurs, le chef économiste du Fonds monétaire international souligne que le détroit d'Ormuz s'impose désormais comme un nouveau verrou de l'inflation mondiale. Dans ce contexte, le FMI prévoit une hausse des prix de l'énergie de 19 % sur l'année, et de 21 % pour le seul pétrole.
Ce qui va augmenter l'inflation mondiale, après le reflux observé à partir des crises de 2022. Initialement attendue à 3,8 % en janvier, elle devrait finalement atteindre 4,4 % en moyenne mondiale en 2026.
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D'après les experts du FMI, dans un scénario plus défavorable, marqué par une prolongation du conflit, le baril pourrait évoluer autour de 110 dollars sur l'ensemble de l'année, ce qui porterait l'inflation mondiale jusqu'à 6 %.
" C'est un choc d'offre, et il est mondial ", insiste Pierre-Olivier Gourinchas, pour souligner l'ampleur systémique de la perturbation. Dans ce contexte, l'institution appelle les gouvernements à la prudence face aux politiques de subventions généralisées et aux prix administrés, jugés " coûteux et mal ciblés ".
Les " gagnants " et les perdants de la crise
L'un des enseignements les plus marquants des projections du Fonds monétaire international réside dans la résilience du " Sud global ". Contrairement aux crises précédentes, les grandes économies émergentes ne sombrent pas dans un ralentissement généralisé, certaines parvenant même à tirer parti du nouveau contexte géopolitique et énergétique.
La Russie apparaît comme le principal bénéficiaire comptable de ce choc. Le FMI a relevé sa prévision de croissance à 1,1 %, portée par la hausse des prix du pétrole et du gaz, qui compense largement les perturbations des échanges internationaux.
Pour Moscou, ce contexte se traduit par des recettes énergétiques renforcées, ce qui offre, d'après le FMI, un soutien important à une économie déjà structurée autour de ses exportations d'hydrocarbures.
L'Inde et le Brésil enregistrent également une révision à la hausse de leurs perspectives, respectivement à 6,5 % et 1,9 %. Leur moindre exposition directe aux tensions géopolitiques, combinée à la vigueur de leur demande intérieure, leur permet de maintenir une croissance relativement solide.
À l'inverse, les économies du Moyen-Orient figurent parmi les plus durement touchées. Le Qatar subit une contraction brutale de son activité, avec un recul de 8,6 % de son PIB, pénalisé notamment par l'arrêt partiel de certaines capacités de liquéfaction de gaz naturel. L'Iran entre en récession profonde avec une baisse estimée à 6,1 %, tandis que l'Arabie saoudite voit sa croissance amputée de 1,4 point, pour s'établir à 3,1 %.
Jihen Mkehli
Publié le 15/04/26 14:18




