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Lamia Ben Mahmoud : L’avenir est bien chargé pour les sociétés d’assurances et de réassurances tunisiennes

Allier performance économique et efficacité est un des enjeux de la performance durable que recherchent, aujourd'hui, la plupart des entreprises. La compagnie de réassurance Tunis-Re a démontré au cours de ses dernières années sa capacité à relever ce défi malgré des conditions difficiles aussi bien sur le marché domestique qu'international. Et c'est Madame Lamia Ben Mahmoud, à la tête de la compagnie depuis 2009, qui nous en parlera davantage des réalisations du secteur mais aussi de Tunis-Re et ses perspectives d'avenir. Interview.

Fitch Rating vient de confirmer la Notation Solide de (AA-) de Tunis Re tout en améliorant ses perspectives de stables à positives. Comment vous avez réussi à réaliser cette performance dans un environnement aussi difficile ?

Lamia Ben Mahmoud : Effectivement en dépit d'une conjoncture économique et politique difficile, Tunis Re a toujours réussi, depuis le début de la révolution en 2011, à préserver sa notation de solidité technico financière.

Tunis Re, en sa qualité de réassureur, a un statut international et avait besoin pour bien externaliser son activité, d'être bien notée et c'est pour cette raison qu'on avait entamé le processus de notation depuis 2008 avec l'agence Internationale AM Best, sauf qu'on était toujours bloqué par la note souveraine. Ainsi, notre notation internationale est B+ (Bien) avec perspectives stables. Cette notation a été reconfirmée au mois de Juillet dernier.

Et dans un souci d'évaluer notre solidité intrinsèque, objectivement et sans influence du risque pays sur le plan international, nous avons élargie depuis l'exercice 2017 notre processus de notation auprès de l'agence internationale Fitch Ratings qui nous a attribué la première notation domestique l'année dernière et nous a apprécié à (AA-) fort avec perspectives stables.

La reconfirmation cette année par Fich de notre rating avec l'amélioration de nos perspectives de stables à positives, vient consacrer la solidité technico financière de la société et la performance de sa stratégie de gestion de risque.

Je saisis également cette occasion pour exprimer mes profondes considérations à tout le personnel de Tunis Re qui a contribué, à tous les niveaux, à la réussite de la société, et nous sommes confiants que cette notation ouvrirait de plus larges perspectives à la société.

 

L'année 2019 fut une fois encore particulièrement difficile pour l'économie tunisienne. Est-ce vraiment le cas aussi pour le secteur des assurances ?

Lamia Ben Mahmoud : Le secteur des assurances est certes impacté par les conditions économiques et politiques du pays, mais il demeure moins touché que d'autres secteurs d'activité. Il continue en fait à évoluer avec une croissance soutenue de l'ordre d'une moyenne annuelle d'environ 8% durant les cinq dernières années.

Et l'on peut dire que le marché des assurances se porte nettement mieux que l'économie dans sa globalité. Le chiffre d'affaires global s'est accru en 2018 de 7% pour s'établir à 2.228 millions de dinars, contre une évolution de 7,4% au terme du troisième trimestre de 2019.

Toutefois, le secteur des assurances en Tunisie reste en-dessous de son potentiel réel comme en témoigne le taux de pénétration des prestations assurantielles dans l'économie et qui ne dépasse pas les 2,4% contre une moyenne mondiale de l'ordre de 7%. 

 

Dans un environnement aux évolutions plus rapides et plus profondes, la profession de l'assurance et de la réassurance en Tunisie est-elle bien préparée pour affronter ces changements ?

Lamia Ben Mahmoud : Effectivement, pour les sociétés d'assurances et de réassurances Tunisiennes, l'avenir est bien chargé. Nous abordons la pression réglementaire en matière de conformité à la lutte anti-blanchiment, la protection des données personnelles, les nouvelles normes IFRS, la solvabilité basée sur les risques. A cela s'ajoute la révolution numérique. L'assurance doit composer avec ces nombreux changements et adapter son modèle d'affaires classique face à un environnement technologique et réglementaire en rapide évolution.

Donc, compte tenu de la complexité de ces chantiers, les assureurs, et les régulateurs doivent plus que jamais conjuguer leurs efforts afin de garantir des perspectives de croissance, de stabilité et de protection pour tous.

 

Comment sera votre atterrissage pour 2019 en termes de bénéfices, surtout que Tunis Re a dégagé un chiffre d'affaires de 158 millions de dinars en progression de 11,2% parallèlement à une forte baisse des charges de sinistres ?

Lamia Ben Mahmoud : A ce jour, l'année 2019 se comporte beaucoup mieux que l'année 2018 qui a été une année exceptionnelle en matière de sinistralité notamment en catastrophes naturelles (les inondations de septembre et d'octobre) et en marine et aviation (l'abordage du Navire CTN, Ulysses). Cette année, on enregistre un retour à une sinistralité courante et c'est ce qui explique la baisse de la charge de sinistre.

Toutefois, notre activité à l'international demeure fortement impactée par la variation de l'effet de change qui se traduit clairement sur notre portefeuille à l'étranger. Et à ce moment de l'année et dans une activité aléatoire comme la nôtre, il est encore difficile de se prononcer sur le résultat définitif de l'exercice.

 

L'activité Retakaful a généré en 2019 un chiffre d'affaires de 17,6 millions de dinars contre 14,3 millions en 2018, enregistrant une évolution de 23%. Est-ce que le management de Tunis Re compte renforcer ce segment d'activité ?

Lamia Ben Mahmoud : L'assurance Takaful présente un potentiel de développement incontournable et l'on a enregistré ces dernières années une forte expansion dans le monde entier de l'assurance islamique et d'autant plus au Moyen-Orient et en Malaisie, avec un taux de croissance qui a dépassé le marché de l'assurance conventionnelle dans la région. Et c'est justement cette opportunité qui nous a mené à concentrer plus d'efforts à ce segment aussi bien sur notre marché domestique que dans les pays du GCC.

En effet, notre politique de développement sur le moyen terme reste axée sur la diversification et la croissance sur de nouveaux marchés à l'international notamment en produit Takaful.

 

Tunis Re est la meilleure compagnie d'assurance en Tunisie en termes de résultat d'assurance, c'est-à-dire solde d'assurance après charges d'acquisition mais avant produits financiers (4,7 millions de dinars en 2018). La compagnie est structurellement bénéficiaire sans tenir compte des produits financiers. Comment expliquez-vous cette performance ?

Lamia Ben Mahmoud : Tunis Re a démontré au cours de ses dernières années, sa capacité à faire du progrès malgré les conditions difficiles aussi bien sur le marché domestique qu'international et ce, grâce à notre connaissance approfondie des risques et à notre expertise en matière de gestion des risques.

Nous sommes en mesure d'opérer dans un environnement extrêmement difficile grâce à notre bon positionnement concurrentiel, à notre bonne solidité financière, à notre ratio de frais de gestion relativement maîtrisé et le coût du capital faible. Et nous envisageons de continuer à élargir durablement notre position en créant de la valeur pour nos clients et pour nos actionnaires.

Aujourd'hui, Tunis Re déploie ses compétences avec des solutions et des services qui assistent nos clients tout au long de la chaîne de valeur. En outre, nous accompagnerons nos clients en offrant une sécurité fiable et des capacités face à des risques nouveaux et changeants.    

 

Les produits financiers ont enregistré en 2019 une nette évolution de 12% par rapport à 2018. Est-ce la hausse des taux d'intérêt qui a bénéficié aux sociétés d'assurances ?

Lamia Ben Mahmoud : Il faut tout d'abord préciser que l'activité financière de Tunis Re vise aussi bien une diversification et une rentabilité du portefeuille qu'une liquidité pour honorer les différents engagements.

Dans ce cadre, le comité de pilotage financier émanant du Conseil d'Administration, qui se réunit périodiquement, veille à la bonne adéquation entre l'amélioration des rendements et la sécurité.

Maintenant, et par rapport à l'évolution constaté en 2019, elle est dû en partie à la hausse des taux d'intérêt qui a profité certes à tous les acteurs du marché.

Propos recueillis par Omar El Oudi 

Publié le 17/02/2020 14:40:27

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