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Accord franco-allemand : Quels risques pour les industries automobiles tunisienne et marocaine ?

La France et l'Allemagne veulent préserver leur industrie automobile face à la concurrence internationale, notamment chinoise. Leur compromis, qui assouplit les exigences climatiques pour 2035 tout en renforçant la préférence européenne, pourrait aussi avoir des répercussions sur les chaînes de production au Maroc et en Tunisie, deux pays étroitement liés au secteur automobile européen.

 

 

La France et l'Allemagne ont trouvé un terrain d'entente sur l'avenir de l'industrie automobile européenne. Dans leur proposition commune, annoncée le 16 octobre, les deux pays préconisent de maintenir à 90 % la réduction des émissions de CO₂ des voitures neuves à l'horizon 2035, sans imposer les mesures compensatoires prévues dans la proposition initiale de la Commission européenne.

Cette approche laisserait davantage de marge aux constructeurs pour poursuivre la commercialisation de certains véhicules thermiques et hybrides après cette échéance.

Le compromis répond aux divergences entre Paris et Berlin sur la stratégie à adopter. La France défend une transition vers l'électrique accompagnée d'un renforcement de la production européenne, tandis que l'Allemagne réclame davantage de flexibilité pour ses constructeurs.

Le " Made in Europe " au cœur du compromis

Les deux pays cherchent ainsi à concilier les objectifs climatiques de l'Union européenne avec la compétitivité de leur industrie, confrontée à une forte concurrence internationale.

En contrepartie, Berlin a accepté de soutenir une définition plus restrictive du principe du " Made in Europe ", qui vise à favoriser les véhicules et les composants produits en Europe dans les dispositifs de soutien public et certains marchés.

Le compromis prévoit notamment de réserver cette préférence aux pays de l'Union européenne et à certains partenaires européens répondant à des conditions précises. Le Royaume-Uni pourrait ainsi être inclus, sous réserve de réciprocité et d'alignement sur certaines exigences européennes.

 

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Ces dispositions ne signifient pas que les véhicules fabriqués hors d'Europe seront automatiquement exclus du marché européen. L'enjeu est plutôt de déterminer quels véhicules et composants pourront bénéficier des aides et des avantages liés à cette préférence.

Le compromis franco-allemand doit encore être défendu auprès des institutions européennes avant toute mise en œuvre.

Le Maroc, particulièrement exposé aux nouvelles règles

Pour le Maroc, l'automobile constitue son premier secteur exportateur. Selon les données de l'Office des changes rapportées par la presse marocaine, les exportations du secteur ont atteint 159,2 milliards de dirhams en 2025.

Le pays a développé une importante base industrielle autour de Renault et de Stellantis, ainsi qu'un réseau de fournisseurs de composants.

Cette intégration aux chaînes de production européennes pourrait devenir un point de vulnérabilité si les nouvelles règles privilégient les véhicules et les composants fabriqués sur le territoire européen.

Une partie de la production marocaine est destinée à l'exportation, notamment vers l'Europe, tandis que les équipementiers locaux fournissent également des pièces aux constructeurs et à leurs usines.

Si les composants fabriqués au Maroc ne sont pas reconnus dans le calcul de la valeur européenne exigée, certains véhicules pourraient ne pas remplir les critères nécessaires pour bénéficier des dispositifs de soutien.

Les constructeurs pourraient alors revoir une partie de leurs approvisionnements, avec des conséquences possibles sur les commandes adressées aux fournisseurs marocains et sur la localisation de futurs investissements.

 

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Le Maroc ne bénéficie toutefois d'aucune inclusion automatique dans le périmètre envisagé par le compromis. Les critères définitifs et le traitement réservé aux partenaires commerciaux de l'Union européenne seront déterminants pour mesurer les conséquences sur l'industrie automobile marocaine.

Tunisie : quel risque pour les fabricants de composants automobiles ?

La Tunisie est elle aussi concernée, même si son exposition prend une forme différente. Son industrie automobile repose largement sur la fabrication de composants et l'équipement des véhicules.

Selon la Tunisian Automotive Association (TAA), le secteur comptait plus de 280 entreprises en 2025, employait plus de 120 000 personnes et générait environ 3,9 milliards d'euros d'exportations.

L'Allemagne représente 37 % des exportations du secteur, devant la France (21 %), la Roumanie (12 %) et l'Italie (11 %), selon la même source. Cette orientation vers les marchés européens souligne la dépendance des fabricants tunisiens aux chaînes d'approvisionnement des constructeurs et équipementiers du continent.

Si les nouvelles règles privilégient les composants produits dans l'Union européenne, les fournisseurs tunisiens pourraient perdre une partie de leur avantage concurrentiel pour les véhicules bénéficiant d'aides publiques ou d'autres dispositifs de soutien.

Les constructeurs pourraient être incités à privilégier certains approvisionnements européens, selon les critères finalement retenus.

L'ampleur de cet effet reste toutefois incertaine. Elle dépendra du périmètre géographique de la préférence européenne, des conditions appliquées aux pays partenaires et des règles de calcul de la valeur créée en Europe.

À ce stade, rien ne permet d'affirmer que les exportations tunisiennes seront directement pénalisées ou que des emplois sont menacés.

Jihen Mkehli

 

Publié le 16/10/26 13:02

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