Malgré l'existence de certaines bases favorables au développement de l'IA, la Tunisie accuse encore un retard dans la structuration d'un écosystème d'intelligence artificielle responsable, notamment en matière de gouvernance, de compétences et d'intégration de l'IA dans les politiques publiques.
Le Global Index on Responsible AI (GIRAI), ou Indice mondial de l'intelligence artificielle responsable, vient de publier sa deuxième édition, élaborée par le Global Center on AI Governance (GCAIG), un centre de recherche basé en Afrique du Sud.
Cet indice évalue le niveau d'avancement des pays en matière de développement et d'utilisation responsables de l'intelligence artificielle (IA). Contrairement aux classements qui mesurent la puissance technologique en IA à travers les investissements, le nombre de chercheurs ou le poids des entreprises spécialisées, le GIRAI s'intéresse davantage à la capacité des États à encadrer l'IA selon des principes liés à l'éthique, aux droits humains, à la transparence et à la gouvernance.
L'édition 2026 couvre 135 pays et territoires. Les données analysées portent sur la période allant du 1er novembre 2023 au 30 septembre 2025.
IA responsable : la Tunisie peine à structurer son cadre de gouvernance
Sur les 135 pays évalués, la Tunisie se classe à la 110e place mondiale dans le Global Index on Responsible AI 2026, et à la 23e position en Afrique. Avec un score global de 16,37 points sur 100, le pays affiche un niveau encore limité de maturité en matière d'intelligence artificielle responsable.
Dans le détail, la Tunisie réalise sa meilleure performance dans le pilier " Enabling Conditions " (Conditions favorables), avec un score de 49,22 points. Cette catégorie évalue l'existence des fondations nécessaires au développement d'une IA responsable, notamment les infrastructures, les capacités institutionnelles, l'environnement numérique et les ressources permettant d'accompagner l'adoption de l'intelligence artificielle. Ce résultat indique que le pays dispose de certains acquis, mais que ceux-ci restent insuffisants pour se traduire pleinement en pratiques responsables.
▐ Lire aussi : La Tunisie, 10ème exportateur africain de marchandises en 2025
Le pays obtient également un score de 23,52 points dans le volet " Trust and Safety " (Confiance et sécurité), soit un niveau encore faible en matière de garanties liées à la fiabilité des systèmes d'IA, à la protection des utilisateurs, à la gestion des risques et à la sécurité des données.
À l'inverse, la Tunisie affiche des résultats très faibles dans plusieurs dimensions. Elle obtient notamment un score nul dans le domaine " AI Policy, Ethics & Sustainability " (Politiques publiques, éthique et durabilité de l'IA), 9,61 points pour " Labour and Skills " (compétences et marché du travail), 13,46 points pour " AI in Public Service " (utilisation de l'IA dans les services publics), 19,22 points pour " Inclusion & Diversity " (inclusion et diversité) et 16,04 points pour " CSO Engagement " (implication de la société civile).
Le Nigeria décroche la meilleure performance
À l'échelle africaine, le Nigeria se distingue comme le pays le mieux classé en matière d'intelligence artificielle responsable. Il occupe la 38e place mondiale avec un score de 45,93 points, affichant un niveau supérieur à la moyenne africaine. Le pays est notamment salué pour les progrès réalisés dans la mise en place de conditions favorables au développement d'une IA responsable, ainsi que pour ses efforts en matière de gouvernance et de capacités institutionnelles.
L'Égypte arrive en deuxième position sur le continent, à la 48e place mondiale, suivie du Kenya (50e), du Ghana (56e) et du Bénin (59e). Le Maroc suit à la 63e place mondiale. Le Royaume affiche notamment une performance notable dans le volet " Trust and Safety " (Confiance et sécurité), avec un score de 52,23 points. Il est suivi par la Côte d'Ivoire (64e), le Rwanda (66e), l'Éthiopie (73e) et le Sénégal (74e), qui complètent le top 10 africain.
En Afrique du Nord, l'Égypte conserve la première place en matière d'IA responsable, devant le Maroc. La Libye, malgré plusieurs années marquées par l'instabilité politique et les conflits internes, se classe à la 78e position mondiale, devançant ainsi la Tunisie. Le pays affiche notamment un score de 31,99 points dans le volet " AI Policy ".
De son côté, l'Algérie (123e) accuse, à l'instar de la Tunisie, un retard dans plusieurs dimensions de l'intelligence artificielle responsable. Le pays obtient notamment un score nul dans le pilier " CSO Engagement " (engagement de la société civile).
L'Europe domine le classement mondial de l'IA responsable
À l'échelle mondiale, les meilleures performances en matière d'intelligence artificielle responsable sont largement dominées par les pays européens. La Norvège arrive en tête du classement avec un score de 75,26 points sur 100, s'imposant comme le pays le mieux positionné au niveau mondial grâce à un cadre institutionnel solide, des politiques publiques avancées et un environnement favorable à une utilisation éthique et sécurisée de l'IA.
Elle est suivie par l'Italie, l'Irlande, la France et les Pays-Bas, qui occupent les premières places du classement. Le top 10 mondial est d'ailleurs entièrement composé de pays européens, avec notamment l'Allemagne, le Royaume-Uni, la Slovénie, la Lettonie et l'Estonie.
La domination européenne s'explique notamment par l'avance de ces pays en matière de régulation, de protection des données, de gouvernance numérique et de mise en place de stratégies nationales dédiées à une intelligence artificielle responsable.
L'adoption de cadres réglementaires communs, comme l'AI Act de l'Union européenne, ainsi que les investissements dans les compétences numériques et la recherche contribuent également à renforcer leur position.
À l'inverse, les dernières places du classement sont occupées principalement par des pays confrontés à de fortes contraintes économiques, institutionnelles ou sécuritaires. Le Soudan du Sud arrive en dernière place avec un score de 4,04 points, suivi par l'Afghanistan (6,02 points) et le Tchad (6,51 points).
Jihen Mkehli
Publié le 14/07/26 08:48




