Longtemps symbole de puissance industrielle et de savoir-faire technologique, l'automobile européenne traverse aujourd'hui l'une de ses plus graves crises structurelles.
Usines vieillissantes, capacités excédentaires et main-d'œuvre à adapter… l'industrie automobile européenne traverse une crise structurelle qui dépasse largement les perturbations liées à la pandémie de Covid-19.
Le secteur fait aujourd'hui face à une surcapacité de production historique, susceptible d'entraîner une nouvelle vague de fermetures d'usines dans les prochaines années. Selon une étude du cabinet de conseil Boston Consulting Group (BCG), les sites industriels européens ne fonctionnent actuellement qu'à 59% de leurs capacités en moyenne, alors qu'un taux d'environ 80% est généralement nécessaire pour garantir une rentabilité optimale.
Cette sous-utilisation représente une capacité excédentaire estimée à 5,4 millions de véhicules, soit l'équivalent de plus de 35 usines sur les quelque 90 sites de production implantés en Europe.
À cette fragilité s'ajoutent des coûts de production élevés, notamment en matière d'énergie et de main-d'œuvre, un cadre réglementaire de plus en plus exigeant ainsi que les lourds investissements nécessaires pour réussir la transition vers le véhicule électrique. Des facteurs qui pèsent sur la compétitivité de l'industrie automobile européenne face à une concurrence mondiale de plus en plus intense.
L'industrie allemande, symbole d'une crise qui gagne toute l'Europe
Véritable pilier du secteur automobile européen, l'Allemagne concentre aujourd'hui une grande partie des difficultés qui frappent la filière. " Quand les constructeurs allemands toussent, tout le secteur européen tremble ", résument plusieurs analystes, tant le poids de ces groupes dépasse leurs seules frontières. Les constructeurs allemands représentent à eux seuls environ 21% de la production automobile européenne, selon l'Association des constructeurs européens d'automobiles.
Attaqués sur leur propre marché, fragilisés à l'exportation et confrontés à une transition électrique plus rapide que prévu, les grands groupes allemands peinent à retrouver leur équilibre. Longtemps considérés comme les champions mondiaux de l'automobile premium et thermique, ils doivent désormais composer avec la montée en puissance des constructeurs chinois, notamment dans le véhicule électrique, où ils accusent un retard face à des acteurs plus agiles et compétitifs.
Le cas de Volkswagen Group illustre particulièrement cette rupture. Le premier constructeur européen fait face à une baisse de sa rentabilité, à une forte pression sur ses coûts et à une sous-utilisation de ses capacités industrielles. Le groupe envisage une profonde restructuration, avec une réduction de ses gammes de modèles et des ajustements de production pour répondre à la baisse de la demande et à l'intensification de la concurrence.
La situation est également difficile pour Mercedes-Benz Group et BMW. Les deux constructeurs premium sont particulièrement exposés au ralentissement du marché chinois, devenu un grand terrain de bataille face aux marques locales de véhicules électriques. En Chine, leurs ventes ont fortement reculé, sous l'effet d'une forte concurrence et d'un changement rapide des préférences des consommateurs.
L'effet domino menace l'ensemble de la filière européenne
La crise automobile ne se limite pas à l'Allemagne. En France comme en Italie, deux autres bastions historiques de l'industrie européenne, les constructeurs affrontent également une période difficile de entre baisse de la demande, pression sur les coûts et accélération de la transition vers l'électrique.
En France, les difficultés se concentrent notamment autour de Stellantis et de Renault Group. Les deux groupes sont confrontés à la dégradation de leurs marges, à une forte concurrence des constructeurs chinois et aux incertitudes liées au rythme d'adoption des véhicules électriques.
En 2025, les résultats financiers de plusieurs acteurs français de la filière, dont Stellantis, Renault et l'équipementier Forvia, ont été lourdement affectés par cette phase de transformation industrielle.
Chez Stellantis, qui regroupe notamment Peugeot, Citroën, Fiat et Jeep, la question de la surcapacité industrielle devient centrale. Le groupe prévoit une réorganisation de son appareil productif européen afin d'améliorer le taux d'utilisation de ses usines, certaines capacités devant être réduites ou reconverties.
L'Italie apparaît également comme l'un des pays les plus exposés. Le groupe Stellantis, seul grand constructeur automobile du pays, a vu sa production italienne chuter fortement. En 2025, elle a reculé de 20% sur un an, atteignant son plus bas niveau depuis plusieurs décennies. Les usines italiennes souffrent notamment du ralentissement de la demande européenne, des retards dans le lancement de nouveaux modèles et de la concurrence des véhicules électriques chinois.
C'est tout un écosystème industriel, équipementiers, sous-traitants et emplois locaux, qui est fragilisé. La transformation du secteur automobile européen impose désormais une profonde adaptation : produire moins de modèles thermiques, accélérer sur l'électrique et réduire des capacités industrielles devenues trop importantes face au niveau actuel de la demande.
Jihen Mkehli
Publié le 14/07/26 10:37




