se connecter recherche

Elyes Ben Rayana : La reprise de la croissance est la solution vertueuse dans la conjoncture actuelle

ISIN : TN0001800457 - Ticker : BIAT
La bourse de Tunis ferme dans 0h48min

Elyes Ben Rayana, Responsable de la Banque de Financement et d'Investissement au sein de la BIAT, fait partie des plus discrets de nos banquiers qui poursuit dans le calme et la sérénité un parcours fait de belles fulgurances. Après un passage de quatre ans chez le géant Schlumberger, il s'est orienté vers le conseil en stratégie chez McKinsey. A son retour à Tunis, après une fructueuse expérience, il n'aura qu'un objectif : réussir la transformation de la BIAT. Souriant et discret, il ne manque pas de bravoure et d’ambition dans sa quête du savoir. Retour sur un parcours exceptionnel.

Après avoir terminé ses études secondaires en Tunisie, le lauréat national ira poursuivre ses études universitaires et affiner son talent en France où il réussit à intégrer la prestigieuse École Polytechnique et par la suite l'École Nationale Supérieure des Télécommunications TELECOM ParisTech.

En 2000, il s’envole à New York et entame un stage chez KPMG où il a conseillé des banques comme Merrill Lynch et la Banque Nationale du Canada. Neuf mois plus tard, il décide de rentrer en France pour intégrer Schlumberger, une multinationale de services et équipements pétroliers, chez laquelle il a contribué dans la mise en place de la nouvelle stratégie de la compagnie orientée vers les nouvelles technologies.

Après une année d'expatriation en Algérie, Elyes Ben Rayana intègre en 2004 le cabinet de conseil en stratégie McKinsey à Paris où il travaille sur des comptes bancaires européens et entre autres sur des stratégies de développement du secteur financier au Moyen Orient et en Afrique du Nord.

En 2008, il rejoint la BIAT où il s'est occupé de la mise en place du programme de transformation de la banque. Au fur et à mesure, il a pris en parallèle des responsabilités opérationnelles à commencer par la gestion des participations de la banque et les activités du Marché des capitaux. Il est aujourd’hui à la tête de Banque de Financement et d'Investissement qui regroupe les activités financement de la clientèle Grandes Entreprises, les activités Marché des capitaux, la gestion des filiales et la relation avec les investisseurs.

La conjoncture économique actuelle de la Tunisie n'est pas simple

La conjoncture économique n'est pas du tout simple aujourd'hui, affirme le banquier. Les déséquilibres des finances publiques et de la balance des paiements courants, qui sont en train de peser lourdement sur l'économie du pays, sont au cœur des problèmes. Aujourd'hui, dit-il, il y a des risques de transmission de ces problèmes vers le secteur privé comme par exemple à travers des délais de paiement de plus en plus longs et une capacité d’investissement public de plus en plus limitée.  

"Je pense qu'il existe, par ailleurs, des signes d'espoir avec une croissance qui reprend grâce notamment à la reprise du tourisme et de l'export. Mais au-delà du contexte, le plus important est de discuter des solutions de sortie de cette situation. Pour moi, la solution vertueuse réside dans la reprise d’une croissance vigoureuse. Nous devons retrouver des taux de croissance supérieurs à 5% pour cela il va falloir engager un grand programme économique en faveur de la croissance".

Pour ce faire, Elyes Ben Rayana estime qu'il existe plusieurs pistes à explorer. Parmi les préalables, il faudra engager un grand chantier de simplification des procédures administratives ce qui dynamisera l’économie et relancera les investissements intérieurs et extérieurs. Par ailleurs il prône une plus grande ouverture de la Tunisie sur l’international : "N’ayant pas de ressources naturelles importantes et étant un petit marché de 11 millions d’habitants, notre seul salut pour pouvoir se développer dans le monde d’aujourd’hui c’est de s’ouvrir et d’intégrer pleinement l’économie mondiale. Il faut croire en la capacité de notre économie et dans le capital humain de notre pays pour la réussite de cette ouverture. »

Et d'ajouter qu’un des principaux enjeux pour l’avenir c’est le développement de la composante services dans le PIB du pays, ce secteur devra porter de manière plus accentuée le développement de l’économie et contribuer plus fortement dans la croissance. Et d’appuyer ces propos en mentionnant qu’on se situe aux alentours de 60% de contribution dans le PIB alors que les pays développés se retrouvent à des niveaux supérieurs à 75%.

"Il faut ainsi qu'on sorte de ce modèle low-cost en proposant des services qui accompagnent les différents secteurs stratégiques de la Tunisie ; ceci passe par une valorisation du potentiel humain du pays en mettant beaucoup plus de contenu immatériel et d’intelligence dans les produits que nous produisons. D’ailleurs la richesse des pays développés est à 60% composée d’immatériel et d’intelligence alors qu’elle est plutôt composée de ressources naturelles pour les pays en voie de développement" .  

Le problème du secteur bancaire tunisien réside dans la qualité d'actif

On entend souvent dire que le système bancaire tunisien ne contribue pas suffisamment au financement de l'économie du pays. Elyes Ben Rayana relativise un peu cette affirmation. Quand on regarde les chiffres, dit-il, la contribution du système bancaire par rapport au PIB est comparable à celle des pays développés.

"Par ailleurs et en cette période de crise, les banques ont continué à financer l’économie tunisienne et à soutenir tous les secteurs économiques sans exclusion. Pour citer l’exemple de la BIAT, le financement total a augmenté de près de 90% entre 2011 et 2017. Ceci n’a pas été le cas en Europe, puisqu’en période de crise, les banques ont drastiquement limité leurs concours à l’économie ". 

"Néanmoins, il faut réaliser que la taille de notre secteur bancaire reflète la taille de notre économie ; et que par rapport à cela il faudra diversifier les sources de financement de notre économie pour pouvoir accompagner son développement ".

En revanche, Elyes Ben Rayana met le doigt sur une problématique majeure : la qualité de l'actif, qui représente le plus grand problème du système bancaire tunisien. Donc, dit-il, c'est beaucoup plus dans la gestion des risques que dans sa capacité à financer que le système bancaire a failli. Et c'est pourquoi la plupart des banques ont pris des mesures ces dernières années pour améliorer la gestion des risques.

"En 2008 quand je suis arrivé à la BIAT, le taux des Créances Douteuses et Litigieuses (CDL) du secteur était supérieur à 20%, ce qui représente un taux très élevé. Beaucoup a été fait depuis mais il reste encore un long chemin à parcourir dans l'assainissement de l'actif bancaire notamment celui relatif au secteur touristique. Toutefois, il faut avouer que s'il n'y avait pas le secteur bancaire pour financer le développement du tourisme on n'aurait pas eu 7 millions de touristes en Tunisie".

Un autre problème qui pénalise le secteur bancaire actuellement, selon Elyes Ben Rayana, c'est que, d'une part, on est en train de s'orienter vers une plus forte rigueur prudentielle, et d'autre part, nous sommes dans un contexte de crise économique où il faut trouver des solutions pour continuer à financer l'économie. Et c'est l'équation difficile aujourd'hui au niveau du secteur bancaire.

Par ailleurs, le Responsable de la BIAT estime que le secteur bancaire ne peut pas continuer à jouer tout seul son rôle dans le financement de l’économie et qu’il est temps de se pencher sérieusement sur le développement des marchés de capitaux et le marché boursier.

Au final, Elyes Ben Rayana a évoqué le problème du déficit de liquidité du système bancaire qui est devenu bel et bien structurel. "Parmi les enjeux du secteur sur le court terme, c'est de trouver des solutions non conventionnelles à la situation de la liquidité bancaire tout en respectant les objectifs de maîtrise de l'inflation".

La réussite de la BIAT est le résultat d'un travail de plusieurs années

Un des éléments clés de la BIAT c'est son capital humain qui a pu développer la banque depuis sa création. Depuis 2008, la BIAT a décidé de travailler sur le long terme et mis en place des stratégies et un plan de transformation accompagné de plusieurs projets stratégiques.

"Nous sommes une banque universelle qui offre des solutions globales aux clients. Parmi nos enjeux, c'est d'être capable d'amener une panoplie de services et d'offres bancaires globales et de développer d’autres services à l’instar des assurances dont le taux de pénétration est très faible et qui peut évoluer en synergie avec la banque".

Par ailleurs, M. Ben Rayana estime qu'il faut lancer des projets créateurs de valeur dont l'augmentation d'une manière importante de la part de la contribution des Tunisiens Résidents à l'Etranger (TRE) dans l'épargne nationale ; une part qui reste relativement faible (4% du PIB) par rapport à d'autres pays de la région.

Le digital fait aussi partie des projets stratégiques de la BIAT. Aujourd'hui, explique M. Ben Rayana, on ne peut pas parler de la digitalisation d'une banque sans avoir vraiment des assises au niveau de son système d'information et de son organisation ainsi qu'au niveau de ses équipes pour pouvoir intégrer la composante digitale.

"Dans quelques années, il va y avoir une digitalisation dans tout ce qui est transactionnel. Mais le plus important reste de savoir par quoi faut-il commencer et d'anticiper la trajectoire d’évolution des besoins clients pour pouvoir identifier les priorités".

Dans ce sens, précise le responsable, le Mobile va être sans doute un canal très fort dans la gestion de la relation entre la banque et ses clients. "Néanmoins, tout dépendra aussi de la capacité du marché à s’adapter et à apprendre à se transformer. Ce n'est pas uniquement une histoire de technologie", a-t-il conclu.

 

Propos recueillis par Omar El Oudi et Ismail Ben Sassi

Publié le 20/09/18 11:43

SOYEZ LE PREMIER A REAGIR A CET ARTICLE
Pour poster un commentaire, merci de vous identifier.