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Dégradation de la note souveraine de la Tunisie : Quel impact sur les IDE, les banques et les entreprises ?

L'IACE vient de publier une note sur l'impact de la dégradation par l'agence Moody's de la note souveraine de la Tunisie de B2 à B3. Au-delà de ses effets directs, cette dégradation aura des effets sur le secteur financier, les entreprises et les investisseurs ce qui nécessitera l'adoption de mesures préventives immédiates.

En effet, la BCT aura un rôle important pendant cette période pour préserver la solidité financière du système bancaire, s'assurer de la disponibilité des ressources nécessaires pour le financement de l'économie, sécuriser les opérations de commerce international afin d'éviter des perturbations potentielles, rassurer les détenteurs de comptes en devises afin d'éviter une éventuelle fuite des capitaux et surtout résister aux pressions politiques qui auraient pour conséquence de l'engloutir dans la trappe de financement direct du budget.

Impact sur les IDE

Si le pays d'accueil est négativement évalué, tel est le cas de la Tunisie (Baisse de la note souveraine avec perspectives négatives) les investisseurs étrangers sont exposés au risque de dépréciation de leurs actifs et ce, suite à celui de la monnaie locale.

L'investissement de portefeuille (25,3% de la capitalisation) est exclusivement stratégique (détenu par des investisseurs ayant des participations stratégiques dans leurs filiales ou partenaires commerciaux). La participation étrangère spéculative sur la BVMT ne représente malheureusement que 0,5% des capitaux investis. La fuite des investisseurs étrangers a été amorcée dès le début de la dégradation de la note souveraine. Et actuellement les décisions des investisseurs encore présents sur le marché ne peuvent pas influencer sensiblement les tendances.

Les investissements physiques peuvent être exposés au risque souverain lié aux investissements directs étrangers. Et ceci est expliqué par le fait qu'une dépréciation de monnaie locale sera enregistrée, accompagnée par un accroissement du taux d'inflation causant ainsi une dévalorisation des immobilisations lors de la consolidation de leurs états financiers.

Pour améliorer le taux d'investissement, attirer et rassurer les futurs investisseurs, la Tunisie devrait encourager l'immobilier professionnel (industriel ou services) public et privé à offrir en location aux investisseurs étrangers.

Impact sur le financement

La loi de finances 2021 prévoit 10,29 milliards de dinars sous forme d'émission d'obligations et de Sukuks. L'importance de ce montant conjuguée à une note B3 a eu pour effet d'augmenter le taux de sortie de la Tunisie sur les marchés financiers internationaux estimé à 11%.

L'analyse des récentes sorties des différents pays sur les marchés ainsi que l'appréciation des principaux investisseurs étrangers quant à la dette tunisienne concordent avec les simulations effectuées.

A défaut de la conclusion d'un accord avec le FMI, et l'obtention du renouvellement totale de la garantie américaine (qui nécessite du temps et des pourparlers politique à haut niveau au niveau de l'administration américaine) ou de garantie supplémentaire La Tunisie ne pourra dans les conditions actuelles mobiliser que la moitié de son besoin de financement extérieur et à une maturité courte.

Même dans le cas du renouvellement de la garantie américaine, le gap serait de 2600 millions de dinars. Il est à noter que l'obtention de ce renouvellement n'apaisera pas la pression sur les réserves de change lors du remboursement qui précédera impérativement l'émission de nouveaux titres sous garantie.

Impact sur les banques

Le secteur bancaire est parmi les secteurs les plus sensibles à la dégradation de la notation souveraine. En effet, pendant la crise de 2007, 64 % des banques situées dans les pays en situation de crise ont vu leur note se dégrader dans les six mois qui ont suivi la baisse de la note souveraine.

Par ailleurs, Une baisse des notations souveraines entraîne généralement une baisse des notations des banques nationales. En outre, la notation souveraine représente généralement la limite supérieure de la notation attribuée aux emprunteurs privés. Les répercussions peuvent donc être potentiellement importantes sur le coût ainsi que la disponibilité du financement pour les banques.

De ce fait, la dégradation de la notation souveraine va augmenter le risque pays des banques tunisiennes lors de leurs prochaines évaluations par les agences de notation. Cette future probable dégradation de la notation des banques tunisiennes pourra renchérir le coût de financement en cas de recours à des sources de financement étrangères bancaire ou autres (très limitées en Tunisie).

Les opérations de commerce international quel que soit leur mode le règlement, sont perturbées par la dégradation de la note souveraine et consécutivement celle des banques. Le recours à des banques tierces pour des confirmations et garanties à envisager engendre des couts supplémentaires qui sont au final supportés par les entreprises.

Les banques locales affiliées à des banques étrangères peuvent bénéficier de l'avantage que leur offre leurs affiliations aux dépens des banques détenues exclusivement ou majoritairement par des investisseurs tunisiens publics ou privés.

Impact sur les entreprises

L'impact sur des entreprises dans un pays classé B3 et aggravé par les répercussions de la crise sanitaire est essentiellement financier. Le manque de liquidité limite forcément la marge de manœuvre et aggrave leur situation si des mesures préventives ne seront pas prises. Le surenchérissement des couts de financement extérieur soit en termes de garantie ou de crédit documentaire sera aussi probablement observé.

Une attention particulière devra être accordée aux entreprises publiques importatrices de produits stratégiques dont usuellement le financement des opérations de commerce international est assuré essentiellement par des banques publiques. Les fournisseurs de ces entreprises peuvent juger leurs risques élevés et imposeront des nouvelles conditions, plus contraignantes, à cause du risque élevé des entreprises publiques et de leurs banques. La rupture de stock de produits stratégiques suite à des soucis d'approvisionnement, constitue un risque élevé et probable actuell.il est indiscutablement à éviter.

Entamer les réformes

Selon l'IACE, l'amélioration de la note souveraine devrait s'accompagner impérativement par l'amélioration du taux d'investissement. La création de valeur ajoutée suffisante étant la seule issue pour stabiliser et garantir la soutenabilité de la dette.

Entamer les réformes ne devrait pas être justifiées uniquement par l'amélioration de la notation de la Tunisie ou la conformité aux exigences du FMI mais plutôt pour donner de la marge budgétaire à l'Etat et booster ainsi l'investissement public en faveur de l'éducation et à la santé et libérer le potentiel de l'initiative privée.

Publié le 03/03/2021 11:58:49

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