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Chute du pétrole : Pourquoi les prix à la pompe ne baissent pas en Tunisie ?

Qui aurait cru un jour que les bourses creuseront leurs tombes. Ces temps frappés par la pandémie de Coronavirus ont entrainé les cours des actions et des matières premières au fond du gouffre. Néanmoins, ceci vient avec son lot de consolation. En effet, les Etats pourront profiter des baisses des cours de pétroles à travers le mécanisme du Hedging. Dans cet entretien, Mehdi Majoul, ancien conseiller du ministre de l'Industrie et des PME et précédemment Trader, explique à IlBoursa.com les opérations de couvertures que s'offrent à la Tunisie en ces temps frappés d'instabilité.  

Il va sans dire que nous sommes des importateurs d'énergie. " Notre production de l'année dernière ne couvrait que 43% de nos besoin ", déclare M. Majoul. Les importations de la Tunisie sont réparties entre gaz naturel en provenance d'Algérie et pétrole brut, transformé dans les raffineries de la STIR, ou ses dérivés. Il est à noter que suite à des travaux d'entretiens des raffineries en 2019, les importations étaient essentiellement du gasoil, de l'essence sans plomb et du kérosène pour avion.

" Ces produits sont subventionnés en avance par l'État. Une bouteille de gaz qui est vendue au particulier entre 6 et 8 dinars, coûte en fait 28 dinars à l'achat. Il y a 20 dinars de subvention sur chaque bouteille de gaz ", indique l'ancien Trader. Ce qui rend la facture encore plus salée pour l'Etat tunisien. Et il va de soi que ces subventions augmentent avec l'augmentation du prix du pétrole. Créant ainsi un poids supplémentaire pour le budget de l'État.

" Et pour éviter que cette charge ne devienne trop importante et n'alourdisse l'entendement il y a eu une opération de hedging pour l'année 2019 au moment où les prix du pétrole avaient baissé un petit peu par rapport à l'établissement du budget de l'État ", rappelle Mehdi Majoul. Cette opération s'est faite sous forme d'achat d'options et donc en échange de paiement d'une prime, la contrepartie payée à l'État tunisien, la différence entre le cours moyen du pétrole sur un trimestre et " un Strike " a pu représenter un gain.

Qu'en est-t-il du budget ?

" Là nous sommes dans une situation où un budget a été établi pour l'année 2020 avec un montant alloué à la subvention. Au vu de la baisse du prix du pétrole, ces subventions sont probablement surestimées par rapport à la chute du pétrole aux prix actuel. On fera forcément des économies sur cette subvention ", assène l'ancien Conseiller.

Une opportunité s'offre donc au budget de l'Etat. Mais le problème qui se pose avec cette chute vertigineuse des cours du Brent est qu'on ne peut pas acheter l'équivalent de nos besoins pour un souci de capacité de stockage.

Afin de réaliser ces économies, il faudrait, initialement bloquer le cours du pétrole sur ses niveaux actuels, sur toute l'année à venir. Et ce, à travers, entre-autres, la stratégie des options. " On peut acheter des options comme celles de l'année dernière. L'avantage d'acheter une option est de continuer à profiter de la baisse du cours du pétrole. L'inconvénient est qu'on doit payer une prime. On doit faire sortir de la devise aujourd'hui des caisses de l'État pour acheter cette option ", rappelle Majoul.

Et d'enchainer : Supposons que le prix du baril soit à 32 dollars et qu'on achète une option qui nous coûte 2 dollars. On aura acheté, in fine, si le prix remonte, le baril de pétrole à 34 dollars. D'un autre côté si le prix du pétrole baisse à 25 dollars, on achète à 25 plus les 2 dollars qu'on a dépensés dans la prime, donc on l'aura acheté à 27 dollars ".

Toutefois, on achète une couverture contre les mouvements soudains du marché. Et ces marchés sont actuellement en train de bouger de manière inhabituelle. De fait, cette protection coûte encore plus cher que d'habitude parce que la volatilité a augmenté. L'opération de hedging coûtera forcément plus cher que celle de l'année dernière.

Une autre couverture contre ces mouvements brusques est possible. C'est d'acheter des contrats à termes. " Ceci consiste à se mettre d'accord avec le fournisseur pour qu'il mette à notre disposition du pétrole ou ses dérivés à une date future avec un prix négocié dès aujourd'hui. Cela nous protègera contre une remontée du prix du pétrole ", a-t-il indiqué. Mais si le prix du pétrole continue à baisser, la Tunisie n'en profitera pas.

Mettre en place une stratégie

En finance de marché, il est possible, mais toujours difficile, de définir une stratégie optimale. Puisqu'une stratégie optimale est tributaire des conditions dont lesquelles se trouvent le pays. Là où le bât blesse, nos réserves de devises, par ces temps périlleux, risquent de baisser de manière significative. Et mieux vaut garder ses réserves de devises au cas où on a d'autres besoins plus importants.

" La quantité qu'on a besoin de couvrir est incertaine. On ne connait pas notre consommation future. Avec la baisse de la croissance mondiale et probablement tunisienne, puisqu'on fait partie du monde, il est probable que la consommation énergétique va baisser par rapport à l'année dernière, suite à la baisse d'activité qu'entrainera probablement la pandémie ", exprime Mehdi Majoul.

L'idée est claire : on ne peut se prémunir parfaitement. Chaque stratégie va conseiller une couverture plutôt qu'une autre, selon sa vision future du marché et sa compréhension des besoins du pays. Parler de couverture parfaite relève d'une fantaisie.

Les prix à la pompe intouchés !

Une sempiternelle question, le rêve de tous les propriétaires de véhicules, la baisse des prix à la pompe. " Cette question doit être posée au gouvernement. Cela dépendra forcément du montant qu'il reste de la subvention. Si le prix du pétrole fait en sorte que la subvention devienne nulle voir même excédentaire, on aura probablement une baisse des prix à la pompe ", assène M. Majoul. Mais, il ne faut pas oublier que pour que cette subvention disparaisse, faudrait une énorme baisse sur les prix du gaz et du pétrole.

En effet, il y a une autre variable dans l'équation. Le prix du gaz naturel qu'on achète à l'Algérie n'est pas forcément indexé sur le prix du marché du pétrole. Il est indexé sur une formule qui tient compte d'une moyenne du prix du pétrole pendant les six à neuf mois passés. Le coût pour la Tunisie pour le gaz naturel algérien ne baissera pas aussi vite que les cours du pétrole. Donc, la subvention allouée aux hydrocarbures ne baissera pas aussi rapidement que la baisse du prix du pétrole qu'on a vu. Attendons-voir !

Azyz MEDDEB

Publié le 18/03/2020 19:36:45

8 COMMENTAIRES SUR CET ARTICLE
El jefe


19/03/20 09:37
parce qu'ily a d'autres pompes humaines .
goldenboy2020


19/03/20 09:52
parce que le stock est acheté avant la crise aux prix d'avant crise.
on espère toutefois que l'état profite de cette chute par le hedging.

Message complété le 19/03/2020 09:54:57 par son auteur.

et ce n'est pas pour faire baisser les prix de vente aux pompes mais pour compenser les pertes immenses causées par cette crise. stop à l’égoïsme!

Farhoud


19/03/20 11:02
L'état fait ses achats via un trader ?
SANDLI


19/03/20 11:32
A mon avis, cette analyse est totalement à côté de la plaque. effectivement, quand on travaille un budget avec un cout de baril de 65$ et que le cours actuel est seulement de 30$ aux quels on peut ajouter les 2$ de garantie. on est gagnant de 33$. ( sans parler des cours baissants qui peuvent atteindre les 20$. donc logiquement, tant que nous gagnons au moins 100% du prix du baril (de 30$ à 65$) nous devons toujours acheter quit à limiter notre stock de devises. et vu que les importations en énergie représentent 58% de nos besoins, imaginez l'économie des achats et surtout des subventions.

Par contre, j'aimerais que notre gouvernement ait le courage de dire que les prix du pétrole à la pompe ne baisse pas parce que nous avons un très grand trou budgétaire et que le maintient de ces prix nous aideraient à combler ce déficit( en minimisant nos emprunts).
sinon les explications citées dans l'article sont , à mon avis, injustifiées et surtout infondées.

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