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Aziz ZOUHIR : « Après avoir consolidé ses fonds propres, le groupe SANCELLA étudie une implantation industrielle en Afrique »

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Après plus de 50 ans au service de l'industrie tunisienne, il est bon de se poser pour voir ce qui a été accompli et le chemin qu'il reste à parcourir. Parfois, il suffit d'un chiffre pour prendre conscience du chemin parcouru. 35%, c'est la part de marché en Tunisie du Groupe SOTUPA-SANCELLA qui, en partenariat avec le conglomérat suédois Essity, fabrique et commercialise pour tous les pays du Maghreb et l'Afrique de l'Ouest, une large gamme de produits d'hygiène à usage unique.

Son Président Directeur Général, monsieur Aziz ZOUHIR, se livre à nous pour parler de l'activité de son groupe durant ces dernières années, les répercussions économiques de la crise sanitaire et les plans de développement futurs. Entretien.

Comment l'activité du Groupe a-t-elle évolué ces dernières années ? 

Malgré une conjoncture difficile depuis 2018, le Groupe a pu résister et dépasser sans grands dommages ce cap. Nous avons successivement vécu une forte dévaluation du dinar tunisien qui a négativement impacté les coûts de production, une situation compliquée et instable en Libye, l'un de nos principaux clients (fermeture des frontières, mouvements sociaux…), l'instauration en 2018 de droits de douanes sur nos produits en Algérie et, enfin, les répercussions de la crise sanitaire en Tunisie (confinement, fermeture de points de vente…) et dans le monde.

En Tunisie, le pouvoir d'achat s'est malheureusement détérioré et le COVID a fortement perturbé les réseaux de distribution. Malgré cela, en 2020 nous avons augmenté notre chiffre d'affaires à 195 millions de dinars, mais surtout amélioré notre résultat grâce à un suivi rigoureux des coûts de production et à celui de l'activité commerciale.

2021 aura été une année plus difficile compte tenu de la flambée des prix des matières premières, des coûts de transport et des perturbations sur le marché libyen dues à la fermeture provisoire des frontières terrestres et du blocage des L/C.

Néanmoins, nous avons pu maintenir le même niveau du chiffre d'affaires ainsi que nos parts de marché autour de 35% en Tunisie et à plus de 50% en Libye, au Gabon et au Sénégal pour nos gammes phares. Enfin, nous progressons au Maroc où nous sommes désormais N°2 en hygiène féminine avec notre marque vedette " Nana ", et leader en couches adultes avec la marque " Tena ", grâce à la mise en place de notre propre structure de distribution.

 

L'année 2020 a été une année charnière dans la vie du groupe avec la sortie du suédois Essity du capital de SANCELLA. Quelles sont les raisons de cette sortie ?

Tout d'abord, il convient de préciser qu'en 2016 Essity a changé de stratégie à l'international en abandonnant le système des joint-venture. Ils ont cédé leurs parts dans les JV en Afrique du Sud, au Moyen-Orient, en Turquie et en Inde, et ont racheté les parts de leurs partenaires en Colombie, Mexique et Chine. C'est donc une décision qui s'est déployée au niveau mondial.

Sancella est une joint-venture créée en 1995, à parts égales, entre SCA/Essity Suède et notre société mère la SOTUPA qui existe depuis 1970. Compte tenu des performances réalisées jusqu'alors, ils avaient souhaité, en 2016, racheter nos parts et nous ont fait une offre intéressante.

Après réflexion, nous avons décliné la proposition, souhaitant poursuivre notre développement historique dans l'industrie, avec l'arrivée de la 3ème génération compétente et motivée.

Ils nous ont alors proposé de nous vendre leurs parts, tout en continuant notre collaboration en étant leur partenaire exclusif en Afrique à travers les contrats de licence de marques et d'assistance technique, ce que nous avons accepté. L'opération a été bouclée récemment. Nous restons également leur sous-traitant pour leur gamme d'hygiène féminine en Italie et leurs besoins spécifiques en couches bébés sur leurs territoires.

 

En 2021, le groupe a procédé à une augmentation de capital de 30 millions de dinars. Pouvons-nous connaître l'identité du nouvel investisseur et l'objectif escompté de cette opération ?

Après le rachat des parts d'Essity et pour être en mesure de réaliser notre ambitieux programme d'investissement, nous nous devions de renforcer nos ressources financières. La première étape consiste à augmenter le capital de Sancella de 31 millions de dinars et ce, à travers la participation au capital des investisseurs privés qui croient en notre projet, à savoir les Libyens Tarek et Nouri Massaoud.

Nous sommes également en négociations avec des institutions financières pour réaliser d'autres opérations susceptibles d'augmenter nos fonds propres à travers de l'Equity et des titres participatifs.

Ces actions vont nous permettre de renforcer la capacité de production en hygiène bébé, féminine et adulte sur nos sites industriels, afin d'attaquer de nouveaux marchés en croissance.

 

Le groupe s'est lancé depuis quelques années dans la fabrication des gammes de soin-beauté. Quelles sont les réalisations de cette nouvelle activité et est-ce que la marque Sensea a pu s'imposer sur un marché très concurrentiel ?

Le lancement de la gamme soin-beauté Sensea rentre dans le cadre de notre politique d'élargissement de notre gamme de produits. L'ancienne usine de Bouadjar a été reconvertie pour la production d'une vaste gamme de shampoing, gel-douche, savon liquide, lingettes, gel hydro-alcoolique…

C'est une gamme dont la formulation se veut la plus naturelle possible, tout en étant proposée à des prix abordables. La marque a rapidement connu un succès grâce un mix attractif et un excellent rapport qualité-prix.

Nous avons dans le pipe toute une série de nouveaux produits qui vont apporter de réelles innovations sur le marché tunisien, tout en étant positionnées à des prix accessibles au plus grand nombre de clients.

Enfin, la gamme Sensea est exportée vers la Libye, le Maroc, l'Afrique subsaharienne et les Emirats Arabes Unis, et nous travaillons à étendre sa présence à d'autres marchés de l'Afrique et du Moyen-Orient.

 

Les deux dernières années ont été marquées par la hausse des prix des matières premières (cellulose et super absorbant) ainsi que la flambée des coûts de la logistique. Ces facteurs ont-ils affectés vos marges ou bien ont-ils été répercutés sur le prix de vente final ?

 En 2021 et suite à la crise COVID, nous avons été malheureusement confrontés à une augmentation sans précédent du prix des matières premières essentielles dans notre secteur. La pâte de bois et le super absorbant (principaux composants des produits absorbants) ont vu leur prix doublé en l'espace de quelques mois.

Les autres matières (non-tissé, polypropylène…) ont subi des hausses de 30 à 50%. Si on y rajoute la flambée des coûts de l'énergie et du transport, on constate malheureusement une hausse globale de coûts de production de plus de 40% sur 12 mois.

Ceci est dû à la flambée des cours du brut, du bois, des semi-conducteurs, des produits chimiques et du transport international. La situation est devenue dangereuse pour l'entreprise, et nous avons été contraints et forcés d'augmenter les prix du minimum possible, tout en poursuivant une politique rigoureuse de suivi des charges. Nous n'avons pas d'autres choix, si nous voulons continuer de recruter, de motiver et de développer notre business.

C'est une situation mondiale et la plupart des multinationales du secteur ont annoncé des augmentations des prix de 10 à 15%. L'inflation a malheureusement repris dans le monde, et ce n'est pas de gaité de cœur que nous réagissons ainsi. Malgré l'augmentation des volumes nous n'avons pas pu maintenir nos équilibres.

 

Avez-vous des plans de développement en dehors de la Tunisie ?

Notre plan de développement prévoit, dans une première étape le renforcement de nos capacités de production sur nos sites de Ksibet El Mediouni et de Bouadjar, où nous bénéficions de conditions idéales avec des compétences affirmées depuis plus de 40 ans.

La demande, particulièrement à l'export, est solide et la qualité de nos produits est appréciée à l'international. Le marché de l'Union européenne est énorme, et grâce à sa proximité et à notre savoir-faire, nous comptons nous y développer. En parallèle, nous étudions un élargissement de nos gammes, avec d'autres produits de grande consommation, compte tenu de notre maîtrise des circuits de distribution.

Dans une deuxième étape, nous prévoyons une intégration verticale plus importante avec la production de certaines matières premières pour mieux contrôler nos coûts. Nous disposons de réserves foncières pour mener à bien ces projets qui intéressent les investisseurs.

Enfin, et compte tenu du développement des marchés africains, nous envisageons de nous y rapprocher avec une implantation industrielle locale. Le lieu et les gammes à produire sont en cours d'étude. Ces projets représentent une nouvelle étape importante de développement pour notre groupe.

Propos recueillis par Omar El Oudi

Publié le 26/01/22 13:36

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