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Actifs virtuels : L'Afrique à la traîne, la Tunisie hors radar du rapport du GAFI

Selon le dernier rapport du GAFI, la majorité des juridictions africaines évaluées restent partiellement conformes ou non conformes aux standards internationaux en matière d'actifs virtuels. La Tunisie, pour sa part, ne figure pas parmi les pays évalués individuellement dans ce rapport, qui ne lui attribue donc aucune notation.

 

 

La régulation des actifs virtuels progresse à travers le monde, mais l'Afrique accuse encore des retards. Dans son septième rapport consacré à la mise en œuvre de la recommandation 15, le Groupe d'action financière (GAFI) relève d'importantes lacunes dans l'encadrement des cryptoactifs et des prestataires de services d'actifs virtuels (PSAV). 

Le retard est particulièrement marqué en Afrique de l'Ouest et en Afrique centrale, alors que quelques pays, comme les Seychelles et l'Afrique du Sud, affichent des cadres réglementaires plus avancés.

Des progrès à l'échelle mondiale

Publié en juillet 2026, le rapport du GAFI évalue la mise en œuvre de la recommandation 15 dans 149 juridictions, à partir notamment des évaluations mutuelles et des rapports de suivi disponibles jusqu'en avril 2026.

Parmi les 149 juridictions examinées, une seule est pleinement conforme aux exigences du GAFI, tandis que 51 sont largement conformes, 64 partiellement conformes et 33 non conformes. Autrement dit, 65% des juridictions restent dans les deux catégories les moins favorables, même si le GAFI relève une amélioration par rapport à 2025, lorsque cette proportion atteignait 70%.

Sur le plan réglementaire, 89% des 144 juridictions ayant répondu à l'enquête ont défini une approche concernant les actifs virtuels. Parmi elles, 66% autorisent les activités liées aux actifs virtuels, contre 23% qui les interdisent et 11% qui n'ont pas encore arrêté de position.

 

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La mise en œuvre de la " Travel Rule " progresse également. Cette règle impose aux prestataires de transmettre certaines informations sur les transactions afin de renforcer la traçabilité des transferts. 83% des juridictions interrogées ont désormais adopté une législation permettant sa mise en œuvre, contre 73% en 2025.

Cependant, le GAFI estime que les failles réglementaires restent importantes, notamment face aux risques liés aux plateformes offshore, aux transactions entre particuliers, aux portefeuilles non hébergés et aux stablecoins.

L'Afrique, un paysage très fragmenté

En Afrique, le niveau de conformité varie fortement selon les sous-régions, avec une concentration des pays dans les catégories " partiellement conformes " et " non conformes ".

En Afrique de l'Ouest, sur les 15 juridictions évaluées, une seule est largement conforme, quatre sont partiellement conformes et dix sont non conformes. Aucune n'est pleinement conforme.

L'Afrique centrale affiche un bilan encore plus sévère. Sur les six juridictions couvertes par le GABAC, cinq sont classées non conformes et une seule partiellement conforme. Aucun pays n'atteint les niveaux " largement conforme " ou " pleinement conforme ".

Le tableau est légèrement meilleur en Afrique orientale et australe, couverte par l'ESAAMLG. Sur 15 juridictions, deux sont largement conformes, huit partiellement conformes et cinq non conformes.

Dans l'espace du MENAFATF, qui couvre notamment l'Afrique du Nord mais aussi plusieurs pays du Moyen-Orient, huit juridictions apparaissent dans les résultats du rapport : deux sont largement conformes, quatre partiellement conformes et deux non conformes.

Les Seychelles et l'Afrique du Sud parmi les mieux positionnées

Le rapport permet également de comparer plusieurs pays africains cités individuellement. Les Seychelles figurent parmi les mieux positionnées, avec une notation " largement conforme " (LC) sur la recommandation 15, à la suite d'une évaluation réalisée en 2026. Le pays dispose notamment d'un régime de licence pour les prestataires d'actifs virtuels.

L'Afrique du Sud affiche également une notation LC, issue de son évaluation de 2024. Le pays dispose d'un cadre de licence et d'un dispositif de supervision des acteurs du secteur.

 

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L'Égypte est elle aussi classée LC, à la suite de son évaluation de 2024. Son approche est toutefois différente : le pays interdit les actifs virtuels et les activités des prestataires de services d'actifs virtuels. Cette situation montre un point important du rapport : l'interdiction constitue une option réglementaire admise par les standards du GAFI, mais elle doit être effectivement appliquée pour limiter les risques.

À l'autre extrémité, le Kenya est classé non conforme (NC), avec un cadre de licence et d'enregistrement des PSAV encore en cours de mise en place au moment de l'évaluation retenue par le rapport.

Le Nigeria, le Maroc et l'Éthiopie sont pour leur part classés partiellement conformes (PC). Le Nigeria autorise les activités liées aux actifs virtuels et dispose d'un cadre de licence. Le Maroc et l'Éthiopie ont, eux, opté pour une interdiction des actifs virtuels.

La Tunisie hors du tableau individuel

La Tunisie ne figure pas parmi les pays évalués individuellement dans le tableau détaillé du rapport 2026. Mais son absence ne signifie pas que le pays n'a jamais fait l'objet d'une évaluation au regard de la recommandation 15.

La dernière notation individuelle disponible pour la Tunisie dans le cadre du MENAFATF est " largement conforme " (LC). Mais cette évaluation remonte au suivi de 2020, dans un contexte où le GAFI venait de renforcer la recommandation 15 afin d'intégrer explicitement les exigences applicables aux actifs virtuels et aux prestataires de services d'actifs virtuels.

Le suivi de la Tunisie précisait d'ailleurs que le pays devait demander une nouvelle notation afin d'évaluer sa conformité aux nouvelles exigences.

Le rapport publié en 2026 ne fournit donc pas de nouvelle évaluation individuelle de la Tunisie sur les actifs virtuels. Le pays relève bien du MENAFATF, mais les données présentées pour cette instance régionale sont agrégées et ne permettent pas d'attribuer à la Tunisie l'une des notes régionales.

Les Bahamas, seul pays pleinement conforme

À l'échelle mondiale, les Bahamas sont la seule juridiction classée pleinement conforme (C) à la recommandation 15 parmi les évaluations recensées par le GAFI.

Le rapport ne constitue toutefois pas un classement mondial allant du premier au dernier pays. Il répartit les juridictions selon quatre niveaux de conformité : pleinement conforme, largement conforme, partiellement conforme et non conforme.

Parmi les juridictions les mieux notées figurent notamment l'Autriche, l'Italie, les Seychelles et Singapour, toutes classées largement conformes à la suite d'évaluations récentes.

Alors que les actifs virtuels continuent de se développer et que de nouveaux risques apparaissent, une large partie des juridictions reste confrontée au défi de mettre en place un cadre suffisamment robuste pour identifier, enregistrer, surveiller et contrôler les acteurs de ce marché.

Jihen Mkehli

 

Publié le 09/09/26 12:59

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