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Mehdi Mahjoub : Les voitures en Tunisie sont parmi les plus taxées au monde

Même pour le secteur de l'automobile, l'année 2019 n'a pas été facile. Ce marché dégringole et les chiffres en témoignent. Et l'Etat, régulateur par excellence, est loin de faire faciliter les choses. Entre quotas, dépréciation du dinar, impôts indirects interminables et pleins d'autres contraintes, le secteur ne sait plus où donner de la tête. Plus encore, c'est Mehdi Mahjoub, DG d'Alpha Hyundai Motor et porte-parole de la Chambre syndicale des concessionnaires et constructeurs automobiles, qui en donne la certitude. Il nous parlera des problèmes auxquels fait face le secteur et du rôle du régulateur. Interview.

Pour ce qui est des chiffres, le marché global de l'automobile en Tunisie affiche une baisse de -7% l'année dernière. Pour le segment utilitaire, le marché a accusé une dégringolade de -19%. Néanmoins, derrière ces statistiques, se cache le nombre important de voitures populaires écoulées qui s'élève à 4.633 unités à fin novembre, alors que sur toute l'année 2018 le nombre n'était que de 2.500 sachant que les voitures populaires ne sont pas commercialisées par tous les concessionnaires.

La voiture populaire excessivement accessible

Ces chiffres ne concernent donc que 5 ou 6 concessionnaires seulement. Le coup porté aux concessionnaires qui n'offrent pas la voiture populaire est donc de loin plus important. " Il y a ceux qui compensent avec la vente des voitures populaires en volume mais en termes de marges ce n'est pas la même chose ", explique Mehdi Mahjoub.

Pour lui, le fosset entre la voiture populaire et le segment A s'est creusé après que les droits de consommations soient passés à 0% et la TVA de 13% à 7%. " En gros, la voiture populaire qui se vend à 30.000 dinars, coûte entre 45.000 et 47.000 dinars en version non populaire. Nous avons toujours dit que les voitures en Tunisie sont les plus taxées au monde. En tant que Chambre syndicale, on a demandé un élargissement du spectre des bénéficiaires de la voiture populaire pour toucher les personnes physiques dont l'impôt sur le revenu annuel s'élève à 10.000 dinars au lieu de 5.000 dinars prévus par le législateur ".

Toutefois, poursuit M. Mahjoub, la nouvelle condition qui stipule que les bénéficiaires de la voiture populaire doivent disposer d'un salaire mensuel net équivalent à 10 fois le SMIG, soit près de 4.000 dinars de salaire net, a causé une forte croissance de la demande sur la voiture populaire. Et c'est le segment A qui a été fragilisé. De fait, il ne se vend plus qu'aux professionnels qui n'ont pas le droit à la voiture populaire. Donc les particuliers s'orientent désormais de plus en plus vers la voiture populaire au détriment de celle de segment A.

Un législateur hors-normes

Ce qui est affligeant pour les concessionnaires automobiles, c'est que plus de 80% de la population a désormais accès à la voiture populaire. Le gros perdant n'est que l'Etat étant donné que le citoyen ne paye plus de droits de consommation et paye moins de TVA. " On veut bien faire baisser les prix des voitures à travers la réduction des droits de consommation que ce soit au profit de la voiture populaire ou non populaire. Mais, dans ce cas, la voiture populaire n'engendre plus aucun bénéfice pour l'État ", regrette M. Mahjoub.

Avec cette envolée de la demande pour la voiture populaire, l'accès au financement –le sempiternel problème des entreprises– s'est rétréci. Avec le TMM qui a excessivement augmenté, le leasing ne joue plus en la faveur des concessionnaires. Sachant qu'il ne s'agit pas d'un crédit re-finançable et dont le Taux Excessif Global (TEG) devra passer en janvier à 15,5%. " Des baisses alarmantes chez quelques marques ont été enregistrées l'année dernière, à qui on souhaite un rétablissement car ce sont nos confrères et surtout car ces concessionnaires doivent assurer un service après-vente à leurs clients. A cela s'ajoute l'augmentation, à partir de janvier 2019, de l'impôt sur les sociétés pour les concessionnaires automobiles passant de 25 à 35% ce qui a impacté négativement leur capacité à déployer de nouveaux investissements ", a déclaré Mehdi Mahjoub.

En effet, les importations des véhicules hors segment A, à fin août dernier, étaient de 39%. Ce taux ne dépassera pas 70% pour toute l'année 2019. Certes c'est bénéfique pour la balance commerciale, mais cela signifie moins de droits de consommation payés à l'État et moins d'impôts. " On a reçu quelques plaintes de la part du ministère des Finances concernant le manque de recettes provenant de notre activité. Toutefois, nous attendons la formation du gouvernement pour renégocier nos termes. Notre but est la pérennité des entreprises et du secteur ", ajoute le DG de Hyundai.

Il a également souligné qu'une étude avec EY de 360 degrés sur le secteur automobile tunisien est en cours d'élaboration. Cette étude sera prête d'ici fin janvier ou mi-février. Elle sera ensuite présentée aux autorités concernées. " Je tiens à préciser que ce cabinet est totalement indépendant et la décision sera ensuite prise par les autorités compétentes. La bonne nouvelle c'est l'appréciation du dinar tunisien ces derniers mois et c'est pour cela qu'on remarque une légère baisse des prix et la multiplication des offres promotionnelles ", a souligné M. Mahjoub.

Hyundai, l'art de grimper les échelons

La marque Hyundai a gagné 3 places l'année dernière dans le classement des véhicules les plus vendus, tous segments confondus, passant de la 9éme à la 6éme place. " Nous sommes parmi les rares concessionnaires qui ont évolué dans le vert en 2019. Il y a donc eu une progression en termes de volume ", a martelé Mehdi Mahjoub. Il a également annoncé qu'une multitude de nouveaux modèles et un élargissement du réseau de ventes seront au programme de 2020. " Cette année vous allez voir naitre 10 nouvelles agences Hyundai à Gabes, Kairouan, Monastir, Sfax 2… ", a-t-il souligné. Pour lui, la couverture du réseau et la proximité sont parmi les facteurs clés de succès. " Vous pouvez avoir la meilleure gamme de voiture, mais sans réseau, sans services après-vente et sans partenaires sérieux, cela n'aboutit à rien ", estime M. Mahjoub.

De plus, il y a certains paramètres de réussite selon les marques. En termes de garanties, Hyundai est le premier constructeur Coréen avec une garantie de 5ans. " Il faut également avoir une bonne équipe performante. Une gamme bien positionnée est aussi primordiale, ramener les modèles attractifs selon le marché. Je vous invite à aller voir la gamme Hyundai qui couvre l'ensemble de la gamme allant de la petite citadine à la grosse berline ", a soutenu le premier responsable d'Alpha Hyundai Motor.

Mais c'est la lenteur à former son réseau de distribution qui porte le plus souvent préjudice. " Je conçois que le réseau est notre partenaire. Nous voulons jouer le rôle d'importateurs, car sans réseau rien ne peut être réalisé ".

Le plus important à faire pour le gouvernement

En Tunisie, la voiture est encore perçue comme étant un luxe, et surtout pour le gouvernement " Tant que la voiture est perçue comme étant un luxe alors que le luxe ne représente que 2 à 3% du marché tunisien, on n'aboutira à rien ", regrette Mehdi Mahjoub. Il va sans dire que la voiture est un moyen de mobilité et de liberté dans un pays où le transport public bas de l'aile. Alors que dans les pays développés, les citoyens ont tendance à préférer les transports en communs car il y a plus de facilité. " Il faut donc adopter de nouvelles mesures au moins pour les cylindrées inférieures à 1.6L ou les voitures moins de 9 chevaux en réduisant les droits de consommation. Un abattement de 50% est demandé pour en faciliter l'accès ", a ajouté Mahjoub.

Indéniablement, le problème des concessionnaires est le prix, qui représente une barrière à l'achat. " Il faut aussi mettre en place un taux spécifique pour les crédits leasing et en le rendant re-finançable pour faciliter l'accès au financement pour l'acquisition des voitures ", a signalé M. Mahjoub.

Pour ce qui est des réformes, la liste est longue. Avec l'équivalent de 12.300 voitures dans le secteur parallèle, le gouvernement devra faire de son mieux pour enlever l'épée de Damoclès qui planait au-dessus de la tête du secteur automobile. " On n'est pas pour l'élimination du marché parallèle, on est plutôt contre la non-imposition de cette activité, et on est contre la vente du droit du FCR car il s'agit d'une concurrence déloyale. 30% du marché nous échappe, et ce n'est pas négligeable ", estime le Dg de Hyundai qui ajoutera que ceci a atteint, à un certain moment, 40% du marché en volume.

Qu'en dire de la voiture écolo ?

Se mettre au vert est décidément tendance et important pour l'aspect écologique. " Nous, en tant que concessionnaires, on répond aux attentes des clients. On n'est pas ainsi en train d'imposer nos propres modèles ", fait savoir Mehdi Mahjoub. En Tunisie, les réglementations font lois. Et les lois ne se sont point penchées sur les voitures électriques.

Quant aux modèles hybrides, deux concessionnaires, Porsche et Toyota, s'y spécialisent. Il y aura 2 ou 3 de plus l'année prochaine, selon ses dires. " Le Tunisien n'est pas vraiment conscient de l'état actuel de l'environnement. Il faut mettre en place des compagnes de sensibilisation.
Si le Tunisien doit choisir entre une voiture hybride à 50.000 dinars et la même voiture en non hybride à 30.000 dinars, il va surement choisir la voiture non hybride vu qu'elle coûte moins cher ",
explique le DG de Hyundai.

Pour conclure, Mehdi Mahjoub a fait un appel aux experts tunisiens en automobile pour élaborer un " Argus " représentant une cote des véhicules d'occasion à destination des particuliers et des professionnels. " C'est un appel aux experts tunisiens. Nous avons besoin de la valeur réelle des voitures d'occasion, il faut créer une base reconnue et confirmée par des experts totalement indépendants ", a conclu Mehdi Mahjoub.

Par Azyz MEDDEB

Publié le 22/01/2020 11:10:52

2 COMMENTAIRES SUR CET ARTICLE
Rationnel


25/01/20 15:48
On doit supprimer les taxes sur les voitures électriques. Le déficit de la balance énergétique est de 7,756 milliards de dinars, soit 40% du déficit total. Les subventions d'hydrocarbures sont de de 2,1 milliards de dinars. Chaque voiture électrique peut faire gagner une somme importante a l’état, et aidera a réduire les déficits budgétaire et commercial et l’appréciation du dinar.
Il y a 2 millions de voitures en circulation donc chaque voiture jouit d'une subvention de 1000 dinars en moyenne et alourdit le déficit commercial de 3,5 milles dinars. Le gouvernement doit donner des subventions pour les voitures électriques d'au moins 5 milles dinars et supprimer les taxes.
Mr Fourati


26/01/20 01:03
Rationnel, la cause principale de notre grande déficit commercial énergétique c'est dû au gaz naturel importé de l’Algérie, pour produire de l'électricité
Est si on veut produire de l'électricité par des sources renouvelables il faut importer les panneaux solaires et les éoliennes pour plus aggraver notre ballance commerciale.
Alors, réduire les taxes pour les voitures électriques c'est bénéfique pour les concessionnaires seulement, et pas pour la pays.
La solution pour notre pays c'est de ce concentré a bâtir des êtres humains très compétent et pas a réduire les taxes.
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