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La hausse des prix du pétrole, un stress test pour le gouvernement tunisien

Les cours du pétrole ont grimpé depuis le début de l’année comme ils ne l'avaient plus fait depuis 14 ans, soit une progression de 30%. Une hausse qui s’est répercutée sur la balance commerciale mais aussi sur les réserves tunisiennes de changes…et les automobilistes.

Le marché de l'or noir, d'habitude assoupi au premier trimestre, n'avait pas connu un aussi bon début d'année depuis 2005. Ignorant les inquiétudes sur la croissance mondiale pour se focaliser sur l'Opep et les sanctions américaines qui visent les exportations de l’Iran et du Venezuela, le prix du baril de Brent a grimpé de 30% depuis le début de cette année, passant de 55 dollars en janvier à 71 dollars à la mi-mai.

L’impact de cette hausse du prix sur les réserves de change de la Tunisie, qui doit recourir au dollar pour s’approvisionner en or noir, sera négatif à court terme. La Tunisie qui souffre déjà sur ses réserves en devises, sortira de plus en plus de dollars pour s’approvisionner en pétrole. Celles-ci, s’élèvent au 15 mai à 13 milliards de dinars couvrant à peine 74 jours d’importation.

Pour le seul mois d’avril dernier, le déficit de la balance énergétique s’est creusé de 1 milliard de dinars pour atteindre plus de 2,4 milliards. Nos achats de produits raffinés s’élèvent à 2 milliards de dinars sur les quatre premiers mois de l’année. « Chaque dollar supplémentaire du prix de baril de pétrole coûtera à la Tunisie 128 millions de dinars qui seront répercutés sur la caisse de compensation », nous explique Lotfi Ben Sassi, conseiller économique du Chef du gouvernement. Pour ce qui est des réserves de change, l’impact sera négatif. « C’est évident, une forte croissance des prix du pétrole engendrera une érosion du stock en devises », a-t-il affirmé.  

La Tunisie est-elle suffisamment protégée ?

Pour se prémunir contre cette hausse des cours mondiaux du pétrole, la Tunisie a opté pour la technique financière de « Hedging », une couverture de risque à utiliser lorsque l’on a des doutes sur la tendance à venir du marché. « Pour se protéger contre le risque de la hausse des prix du pétrole, la Tunisie a mis en place une couverture par rapport à la fluctuation du prix international de pétrole, représentant 1/3 de ses besoins annuels en pétrole brut à un cours fixe de 65 dollars », indique M. Ben Sassi.

L’objectif principal de cette stratégie de couverture est de protéger les finances publiques du pays, mais ça ne suffit pas. « Il faut incontestablement stimuler la production nationale du pétrole. Et c’est dans ce cadre-là que le gouvernement a octroyé plusieurs permis d’exploration cette année dans l’attente notamment de l’entrée en service du champ Nawara à Tataouine au plus tard au mois de juin », ajoute M. Ben Sassi.

De plus, le Gouvernement a mis en place depuis juillet 2016, le mécanisme d’ajustement automatique des prix du carburant appliqué chaque trimestre après l’examen des prix des hydrocarbures en vue de décider d’une baisse ou d’une hausse des prix. L’adoption de ce mécanisme garantira la transparence moyennant la conformité à l’évolution des prix sur le marché international et permettra d’alléger les charges de compensation.

Depuis l’entrée en vigueur du mécanisme d’ajustement automatique des prix, ces derniers ont été majorés à quatre reprises. La dernière date du 30 mars 2019 expliquée, selon le ministère de l’Industrie et des PME, par la hausse continue des prix de pétrole et de ses dérivés sur les marché mondiaux dépassant le seuil de 68 dollars le baril.

Le conseiller économique du Chef du gouvernement a fait savoir que si la hausse des prix de pétrole s’inscrit dans la durée avec un prix de baril au-delà des 100 dollars, le choc sur l’économie et sur les réserves de change en particulier sera très négatif.

Les énergies renouvelables, une priorité absolue

Par ailleurs, M. Ben Sassi a rappelé la stratégie d’investissement du gouvernement dans les énergies renouvelables qui vise à assurer l'approvisionnement du pays en énergies propres portant le renouvelable à 30% de son mix énergétique d’ici 2022. « Le programme table sur la production de 1.200 mégawatts, par le biais de concessions afin de répondre, dans l’avenir, aux besoins accrus en énergie. On estime commencer à produire 50% de la capacité visée à partir de l’année prochaine », a-t-il avancé.

Le développement des énergies renouvelables aura des retombées socio-économiques extrêmement positives en Tunisie, notamment en matière d’investissement, de création d’emploi et de développement des zones d’implantation des projets. A tout cela s’ajoute, et ce n’est pas rien, la réduction du déficit de la balance commerciale du pays dont plus de 38% provient du déficit de la balance énergétique.

Une pression exercée sur le gouvernement

Nul besoin de rappeler que la récente hausse des prix de pétrole exerce une pression supplémentaire sur les finances publiques et par ricochet sur le gouvernement qui vise à atteindre l’objectif d’un déficit budgétaire de 3,9% du PIB (hors dons) pour 2019, contre 4,9% en 2018 et 6,1% en 2017.

Cet objectif représente une condition fondamentale pour contenir une dette et des besoins de financement tous deux élevés.

Omar El Oudi

Publié le 17/05/2019 11:58:44

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