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La chute des banques en Bourse : Simple correction ou fin d’un modèle ?

ISIN : TN0009050014 - Ticker : PX1
La bourse de Tunis Ferme dans 1h51min

 

Par Hakim Cherif

Directeur ATB - Administrateur indépendant MPBS

 

La séance boursière du 28 juillet 2026 restera gravée comme l'une des plus mouvementées de ces dernières années à la Bourse de Tunis. Sous le coup d'une violente pression vendeuse, le Tunindex a décroché de plus de 3 %, provoquant le déclenchement du coupe-circuit réglementaire pour suspendre temporairement les échanges.

Face à cette volatilité extrême, les explications simplistes n'ont pas tardé à émerger : certains y ont vu une réaction mécanique aux nouvelles contraintes réglementaires du secteur, tandis que d'autres dénonçaient un mouvement de panique irrationnel, déconnecté des fondamentaux solides des banques.

Pourtant, ces deux grilles de lecture ratent l'essentiel. Comment une mesure ne touchant qu'une fraction marginale des bénéfices bancaires a-t-elle pu entraîner un tel séisme boursier ? La vérité est que le marché n'a pas seulement réagi à une décision politique ponctuelle, il a brutalement remis en question le modèle économique sur lequel le secteur bancaire tunisien s'est appuyé tout au long de la dernière décennie.

L'illusion du risque souverain et le piège de la rentabilité passée

L'erreur classique consiste à évaluer la santé d'une action financière à l'aune de ses performances passées. Or, les marchés ne rémunèrent pas le passé, ils valorisent les anticipations de gains futurs. Bien que les banques tunisiennes affichent encore une rentabilité appréciable, des dividendes attrayants et des ratios prudentiels conformes aux normes, la nature des interrogations des investisseurs a changé.

La question n'est plus de savoir combien gagnent les banques, mais d'où proviendront leurs profits de demain. Un bénéfice adossé à un moteur de croissance pérenne n'a pas la même valeur qu'un résultat dépendant d'un équilibre devenu précaire.

 

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Pour comprendre ce basculement, il faut analyser la dérive du modèle bancaire national. Depuis des années, l'explosion des besoins de financement du Trésor public a détourné les flux financiers de l'économie réelle.

Pour un établissement bancaire, l'arbitrage semblait d'une rationalité imparable : pourquoi prendre le risque d'analyser, de financer et de suivre une multitude de PME au profil incertain alors qu'il suffisait de prêter à l'État pour obtenir un rendement confortable, sans complexité opérationnelle ? Ce mécanisme, courant dans les pays fortement endettés, crée toutefois un piège systémique.

Ce qui est rationnel à l'échelle d'un établissement devient dangereux à l'échelle du pays. En se focalisant sur le même débiteur souverain, les banques ont transformé ce qu'elles pensaient être un havre de sécurité en une vulnérabilité majeure.

L'effet d'éviction et le rôle de catalyseur du décret 2026-148

Ce phénomène d'éviction finit par se retourner contre le secteur financier lui-même. Dans une économie où l'épargne est limitée, chaque dinar absorbé par le déficit public est un dinar de moins pour l'investissement privé.

À long terme, le ralentissement des projets d'entreprises et l'affaiblissement de la création de richesse globale finissent par assécher l'écosystème dont les banques dépendent pour croître.

L'apparente sécurité du financement de la dette publique a ainsi généré un paradoxe : en cherchant à minimiser leur risque individuel, les banques ont contribué à dégrader l'environnement économique global.

 

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C'est dans ce contexte précarisé que le décret n°2026-148 est intervenu, agissant non pas comme la cause profonde du krach, mais comme un simple catalyseur. L'impact direct de ce décret, qui ne touche que 8 % des bénéfices, était parfaitement assimilé par des investisseurs conscients qu'une telle somme ne justifiait pas la fonte de millions de dinars de capitalisation.

La mesure a simplement agi comme un révélateur. Elle a forcé le marché à se poser les vraies questions : les banques sont-elles prêtes à réorienter leurs capitaux vers le secteur productif ? Disposent-elles des outils d'analyse de risque, des infrastructures technologiques et de l'agilité organisationnelle nécessaires pour prêter massivement aux entreprises sans exposer leur bilan à un risque de crédit incontrôlé ?

Vers un changement de paradigme pour les investisseurs

La correction boursière ne sanctionne donc pas une baisse passagère des profits, mais questionne la soutenabilité du modèle de création de valeur. Le financement de l'État a longtemps offert une rente confortable et prévisible, le marché doute désormais qu'elle puisse durer. Nous assistons ainsi à l'émergence d'une nouvelle grille de lecture financière. Si les indicateurs traditionnels (PNB, ROE, dividendes) restent nécessaires, ils ne suffisent plus.

Désormais, la valorisation d'une banque reposera sur des critères plus qualitatifs : son degré d'exposition au risque souverain, sa capacité à développer son portefeuille de PME, sa maîtrise des données et de la digitalisation, ainsi que son aptitude à accorder du crédit sans s'en remettre exclusivement aux garanties traditionnelles.

En somme, l'activation du coupe-circuit le 28 juillet 2026 marque bien plus qu'un simple épisode de volatilité passagère. Elle symbolise la fin d'une époque de confort pour le secteur financier tunisien.

Derrière la panique des cours se dessine une transition inévitable : le passage d'un modèle tiré par la dette publique à un modèle exigeant, centré sur la prise de risque et le financement de l'économie réelle. Ce jour-là, le marché n'a pas condamné les banques ; il leur a simplement demandé quel serait leur véritable moteur de croissance pour les années à venir.

 

Publié le 04/08/26 08:56

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ANALYSETGH2021


04/08/26 11:32
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