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Jörn Bousselmi, Directeur général de l’AHK Tunisie : « Du Low Cost au Best Cost, la nouvelle valeur ajoutée de la Tunisie »

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Que cherchent réellement les investisseurs allemands en Tunisie aujourd'hui ? Loin des clichés sur la simple sous-traitance, la relation bilatérale se tourne résolument vers la montée en gamme et la haute technicité.

Dans cet entretien, Jörn Bousselmi, Directeur général de la Chambre Tuniso-Allemande de l'Industrie et du Commerce (AHK Tunisie), décrypte les ressorts de cette attractivité renouvelée.

 

 

De l'agilité face à la concurrence régionale à l'impératif de la transition écologique, en passant par l'émergence de nouveaux secteurs à forte valeur ajoutée, il nous livre une lecture lucide et optimiste, celle d'une Tunisie qui, par son savoir-faire et sa capacité d'adaptation, s'affirme plus que jamais comme un partenaire stratégique de premier plan pour les investisseurs allemands.

 

L'Allemagne est le deuxième investisseur étranger en Tunisie. Loin des arguments classiques de proximité géographique et des coûts, comment définiriez-vous aujourd'hui la proposition de valeur tunisienne pour un industriel allemand ?

L'atout principal de la Tunisie, aujourd'hui, c'est le savoir-faire des femmes et des hommes. C'est aussi la qualité du système éducatif, qui reste un avantage important par rapport à beaucoup d'autres pays.

Il y a également une proximité culturelle avec l'Europe, qui joue un rôle essentiel. Il faut se comprendre, échanger, travailler ensemble. Dans ce cadre, la Tunisie peut clairement se positionner comme un véritable partenaire.

Les entreprises allemandes ne cherchent pas uniquement des exécutants, mais de véritables partenaires pour un développement commun, dans un monde devenu incertain et difficile à anticiper. On est donc dans une logique d'interaction.

C'est là que la Tunisie se distingue par son savoir-faire et sa proximité culturelle. Et il faut le dire clairement, ce n'est pas du “low cost” standard, mais du “best cost”. Si l'on prend l'ensemble des coûts en compte, la Tunisie s'impose comme une destination d'investissement onshore et offshore particulièrement intéressante, d'un point de vue des sociétés allemandes.

De plus en plus d'entreprises allemandes le découvrent. Nous le voyons très concrètement : les demandes augmentent, les délégations se multiplient. Mais il faut aussi que la politique, le secteur privé et l'administration avancent ensemble, avec une vision commune.

 

Face à une concurrence régionale de plus en plus forte, quel est aujourd'hui le facteur décisif qui permet à la Tunisie de maintenir, voire de renforcer, son attractivité ?

La Tunisie doit capitaliser sur ses niches. Elle doit focaliser sur sa spécialisation. Comme je l'ai dit, sa force repose sur la proximité géographique, la dimension culturelle et surtout le savoir-faire. Cela correspond particulièrement aux petites séries, à la haute qualité, mais pas à la production de masse.

 

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La Tunisie ne s'est d'ailleurs jamais positionnée comme un site de production de masse. Elle est davantage dans l'adapté, le sur-mesure, l'individualisé. Et c'est précisément là que se situe l'avenir, notamment dans l'automobile, mais aussi dans d'autres secteurs : produire selon les besoins spécifiques du client.

Dans ce domaine, la Tunisie fait preuve d'une agilité et d'un savoir-faire qui, selon moi, dépassent ce que l'on retrouve dans d'autres pays de la région.

 

Outre le secteur automobile, quels sont les nouveaux secteurs émergents en Tunisie qui suscitent aujourd'hui l'intérêt des investisseurs allemands ?

Si l'on part de cette base, savoir-faire et interculturalité, cela concerne tous les secteurs impactés par la digitalisation.

On peut citer le textile technique, le secteur médical, la télémédecine, la biotechnologie, mais aussi, plus largement, toutes les industries en transformation.

Tous ces secteurs reposent sur la même logique : adaptation et compétence. Et la Tunisie est déjà alignée avec plusieurs programmes étatiques et plans de développement. Mais il faut aller vite. Le facteur temps est devenu essentiel aujourd'hui. Il faut avancer rapidement, et surtout avancer ensemble.

 

La transition vers la décarbonation, imposée progressivement par l'Europe, est-elle perçue par les entreprises tunisiennes comme une contrainte supplémentaire ou comme une véritable opportunité de transformation ?

C'est une nécessité absolue qu'il faut transformer en opportunité. De nombreux industriels tunisiens ont déjà franchi le pas en investissant dans l'énergie solaire ou le traitement des déchets. Certes, cette transition a un coût financier, mais elle est incontournable.

Le salut viendra de la coopération : les entreprises tunisiennes doivent se regrouper pour mutualiser les solutions. L'Allemagne, à travers la GIZ, le BMZ ou la KfW, joue un rôle moteur en finançant cette transition, notamment pour les PME.

De notre côté, l'AHK agit comme un pont : nous mettons en relation les acteurs, facilitons le dialogue avec les institutions et accompagnons concrètement la mise en œuvre de ces coopérations.

 

En tant qu'acteur de terrain, considérez-vous que la Tunisie est aujourd'hui en train de monter en gamme vers des industries à plus forte valeur ajoutée ?

Indéniablement. Les entreprises allemandes installées en Tunisie s'inscrivent dans la durée. Il est frappant de constater que, très souvent, les gérants sont des Tunisiens, voire des membres de la diaspora, qui assurent une co-gérance avec leurs homologues allemands.

 

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Certains vont même jusqu'à piloter, depuis Tunis, des opérations globales dans les ressources humaines, l'informatique ou même le développement de marchés comme la Chine. C'est la preuve que la compétence tunisienne dépasse désormais largement le cadre local.

 

Enfin, avez-vous constaté une évolution de la dynamique des investissements allemands en Tunisie ces dernières années, et quel message adressez-vous aujourd'hui aux investisseurs allemands ?

Notre message tient en trois mots : Tunisia, more than you expect. La Tunisie offre bien plus que ce que les investisseurs imaginent. Nous constatons un intérêt croissant, qu'il s'agisse de réinvestissement ou de nouveaux projets, particulièrement dans le digital, l'informatique et l'intelligence artificielle.

Je leur dis : venez sur place, constatez par vous-mêmes les capacités et le savoir-faire local. D'ailleurs, nous publierons fin juin les résultats de notre enquête annuelle sur la situation des entreprises allemandes en Tunisie. Elle donnera un aperçu chiffré très clair de la dynamique positive actuelle.

Jihen MKEHLI

 

Publié le 12/06/26 10:00

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