À quoi ressemblera l'enseignement supérieur dans dix ans ? Face à l'essor de l'intelligence artificielle, les universités doivent repenser leurs modèles de formation.
Pour Amina Bouzguenda Zeghal, Directrice Générale du Campus tunisien de l'Université Paris Dauphine-PSL, l'enjeu n'est pas seulement de former aux technologies, mais de préparer des femmes et des hommes capables de comprendre, d'interroger et d'accompagner les transformations du monde. Entretien.
À l'heure où l'IA connaît un développement fulgurant, à quoi ressemblera l'enseignement supérieur dans dix ans selon vous ?
Je pense que l'enseignement supérieur sera beaucoup plus agile, personnalisé et connecté aux transformations du monde. Les étudiants suivront des parcours de plus en plus modulaires, adaptés à leurs ambitions, à leur rythme et à l'évolution rapide des métiers.
Les frontières entre formation initiale, formation continue et entreprise s'estomperont progressivement, faisant de l'apprentissage un processus permanent plutôt qu'une étape de la vie.
L'université devra être capable d'anticiper les compétences de demain et d'actualiser ses programmes en continu pour répondre à des métiers qui évoluent à une vitesse sans précédent. Elle ne sera plus seulement un lieu d'acquisition des connaissances, mais une véritable plateforme d'apprentissage continu, combinant excellence académique, expérience pratique, maîtrise des technologies et développement des compétences humaines.
Plus qu'un lieu de formation, l'université de demain sera un espace d'innovation, d'expérimentation et de développement du potentiel. Sa mission sera de former des professionnels capables non seulement de s'adapter au changement, mais aussi de le comprendre, de l'accompagner et de le créer.
Quel rôle jouera l'intelligence artificielle dans cette transformation ?
L'intelligence artificielle va profondément transformer la manière d'apprendre, d'enseigner et même de concevoir les parcours universitaires. Elle permet déjà de personnaliser davantage les apprentissages, d'identifier les besoins spécifiques des étudiants et de proposer des contenus adaptés à leur progression.
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Mais il est important de comprendre que l'IA ne remplacera pas les enseignants. Au contraire, elle leur permettra de se concentrer davantage sur ce qui fait leur valeur ajoutée : l'accompagnement, le développement de l'esprit critique, le mentorat, la réflexion stratégique et l'interaction humaine.
Dans dix ans, les étudiants utiliseront naturellement l'IA comme un outil de travail quotidien. L'enjeu ne sera plus d'apprendre à utiliser ces technologies, mais d'apprendre à les questionner, à les superviser et à les mobiliser de manière responsable. L'esprit critique deviendra probablement la compétence la plus précieuse.
Les diplômes auront-ils toujours la même importance ?
Les diplômes conserveront leur valeur, mais ils ne seront plus l'unique indicateur des compétences. Les entreprises s'intéresseront de plus en plus à la capacité des candidats à résoudre des problèmes complexes, à collaborer, à innover et à apprendre rapidement. Nous assisterons probablement à une montée en puissance des certifications spécialisées, des badges de compétences et des parcours hybrides combinant plusieurs disciplines.
La double compétence deviendra la norme. Les profils capables de maîtriser un métier tout en comprenant les enjeux de la data, de l'IA ou de la cybersécurité seront particulièrement recherchés.
Quelle place une université comme Dauphine Tunis souhaite-t-elle occuper dans ce futur ?
Notre ambition est claire : être un acteur académique de référence dans la région pour les métiers de demain et les nouvelles formes d'apprentissage à l'ère de l'IA. Nous préparons déjà cette évolution en intégrant les enjeux de l'IA, de la data, de la transformation digitale et de la gouvernance dans l'ensemble de nos formations.
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Mais notre vision va au-delà de la simple maîtrise des outils. Nous voulons former des diplômés capables d'utiliser l'IA avec efficacité, tout en conservant la capacité de la questionner, d'en comprendre les limites, d'en évaluer les biais et d'en mesurer les implications éthiques, sociétales et stratégiques. Dans un monde où l'accès à l'information devient instantané, l'esprit critique, le discernement et la capacité d'analyse deviennent plus précieux que jamais.
Grâce à l'excellence académique de l'Université Paris-Dauphine-PSL et à notre proximité avec les entreprises, nous avons la capacité d'anticiper les mutations plutôt que de les subir. Nous investissons dans des environnements d'apprentissage innovants, dans de nouveaux programmes et dans le développement des compétences humaines qui resteront essentielles dans un monde de plus en plus technologique.
" A Dauphine, notre conviction est que les leaders de demain ne seront pas ceux qui s'appuieront aveuglément sur l'IA, mais ceux qui sauront en faire un levier de décision, d'innovation et de performance tout en exerçant leur libre-arbitre. Dans un monde porté par l'IA, l'autonomie de pensée devient la compétence clé ; l'IA rendra cette autonomie encore plus essentielle. C'est précisément cette alliance entre excellence académique, intelligence humaine, esprit critique et maîtrise des technologies que nous souhaitons développer chez nos étudiants. "
Publié le 02/09/26 10:02




