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Mehdi Bach-Hamba, DG d'Union Capital : « Le développement du marché financier nécessite un élargissement de l’offre »

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Né de la fusion réussie entre CCF et UBCI Bourse, Union Capital affiche une croissance remarquable, avec un résultat net en hausse de 180 % entre 2023 et 2025 et des actifs sous gestion qui frôlent désormais les 580 millions de dinars.

De la digitalisation des parcours d'investissement avec le lancement de la plateforme Utrade, aux leviers indispensables pour attirer les PME et les grands fleurons publics comme Tunisie Telecom, Mehdi Bach-Hamba, Directeur Général d'Union Capital, nous livre son diagnostic sans concession et sa vision pour hisser la place de Tunis au rang des marchés émergents.

 

 

 

Quel bilan tirez-vous de la Bourse de Tunis au premier quadrimestre 2026 ? Et surtout, quels leviers concrets pourraient permettre d'améliorer durablement la liquidité du marché ?

La Bourse de Tunis a affiché une performance remarquable au premier quadrimestre 2026, avec un rendement dépassant 20%, dans le prolongement d'une année 2025 déjà exceptionnelle (+35%). Cette dynamique s'est accompagnée d'un net regain de liquidité, avec des volumes échangés en hausse de près de 146% par rapport à la même période de l'année précédente.

Il est également intéressant de noter que le marché est resté relativement insensible à certains signaux moins favorables, notamment le ralentissement observé dans les indicateurs d'activité du quatrième trimestre 2025, en particulier dans le secteur financier, ainsi que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Cela traduit un changement de perception des investisseurs, dans un contexte de stabilisation progressive des fondamentaux macroéconomiques.

Cette situation, à notre avis, trouve ses origines dans plusieurs éléments dont principalement l'émergence d'un effet d'éviction des placements classiques bancaires en quête de rendement meilleurs suite à la baisse des taux, l'effet FOMO (Fear Of Missing Out) suite à des rendements attractifs réalisés en 2025 et, enfin, le manque d'opportunités d'investissement réels et une taille réduite du marché boursier.

S'agissant de la liquidité du marché, son amélioration durable passe avant tout par un rééquilibrage entre l'offre et la demande. Aujourd'hui, la profondeur du marché reste limitée par un déficit structurel en nouvelles introductions.

 

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Dans ce cadre, plusieurs leviers concrets peuvent être activés :

- Accélérer les introductions en bourse, notamment pour les PME et entreprises de taille intermédiaire, en adaptant les exigences et en simplifiant les processus ;

- Développer de nouveaux produits financiers (obligataires/dérivés, sukuk, ETF…) afin d'élargir la base d'investisseurs ;

- Renforcer la qualité et la fréquence de l'information financière pour améliorer la transparence et la visibilité des sociétés cotées ;

- Encourager la présence d'investisseurs institutionnels de long terme pour stabiliser les flux ;

- Et enfin, promouvoir l'éducation financière afin d'ancrer une culture d'investissement en actions auprès des investisseurs particuliers.

À moyen terme, la consolidation de ces éléments permettrait de transformer la dynamique actuelle en une croissance plus saine et durable du marché.

 

Malgré le potentiel de certaines grandes entreprises tunisiennes, les introductions en bourse restent limitées. Quels sont, selon vous, les principaux freins culturels, réglementaires ou financiers aux l'IPO aujourd'hui ?

L'introduction en bourse constitue une décision stratégique majeure dans la vie d'une entreprise, qui dépasse largement le simple cadre financier. Elle implique une transformation profonde en termes de gouvernance, de transparence et de relation avec les investisseurs.

Aujourd'hui, les freins aux IPO en Tunisie peuvent être regroupés en trois catégories principales. Sur le plan culturel, de nombreuses entreprises, souvent familiales, restent réticentes à l'ouverture de leur capital sur le marché financier. Cette réticence est liée à la crainte de perte de contrôle, à une faible culture de la transparence, ainsi qu'à une appréhension vis-à-vis des exigences de communication financière et de gouvernance.

Sur le plan financier, plusieurs facteurs peuvent également dissuader les entreprises : la perception d'une sous-valorisation potentielle par le marché, le coût du processus d'introduction, ainsi que le manque de profondeur du marché, qui peut limiter la liquidité du titre après cotation.

Sur le plan réglementaire, le cadre actuel ne constitue pas en soi un frein structurel. Au contraire, il offre un niveau de protection nécessaire au bon fonctionnement du marché. Toutefois, il peut être perçu comme exigeant par certaines entreprises, notamment en termes de contraintes de reporting et de conformité.

Dans ce contexte, la mise en place de mesures incitatives, notamment fiscales (ex : réintroduction de l'avantage relatif à l'IS), pourrait jouer un rôle clé pour encourager les introductions en bourse et accompagner les entreprises dans cette transition.

 

Face à la domination des produits d'épargne bancaires traditionnels, comment convaincre les particuliers de s'orienter vers des placements en actions ou en produits de marché à long terme ?

Convaincre les particuliers de s'orienter de plus en plus vers les marchés financiers reste avant tout un défi culturel. En Tunisie, l'investisseur individuel est historiquement marqué par une forte aversion au risque, où la crainte de perdre prime souvent sur l'opportunité de gain.

À cela s'ajoute une perception de complexité des produits financiers, qui pousse naturellement vers des placements bancaires jugés plus simples, lisibles et sécurisants. Dans ce contexte, le rôle des intermédiaires en bourse est central pour accompagner un changement progressif des comportements. Cela passe par quatre leviers complémentaires :

Informer : rappeler que les placements en actions et en produits de marché constituent un vecteur essentiel de création de richesse à long terme, notamment dans un environnement marqué par l'inflation et la baisse du rendement des placements immobiliers.

Éduquer : développer une meilleure compréhension des fondamentaux de l'investissement, en insistant sur la notion d'horizon de placement, de diversification et de gestion du risque.

Orienter : proposer des solutions adaptées au profil de chaque investisseur, à travers des produits simples, accessibles et lisibles, permettant une entrée progressive sur le marché.

Rassurer : accompagner les investisseurs dans la durée, en instaurant une relation de confiance et en mettant l'accent sur la discipline et la vision long terme, qui sont les véritables clés de succès en bourse.

À moyen et long terme, le développement de l'investissement en actions auprès du grand public nécessitera de rendre l'accès au marché plus simple, plus rapide et plus accessible. Cela passe notamment par une digitalisation renforcée des services d'investissement, permettant aux épargnants d'ouvrir et de gérer leurs comptes plus facilement, mais aussi par la mise en place de solutions encourageant l'investissement progressif et régulier, même avec de petits montants.

L'objectif est de faire de l'investissement en bourse une démarche simple, accessible et intégrée aux habitudes d'épargne des particuliers.

 

Stratégie et positionnement

UNION Capital est née du rapprochement entre CCF et UBCI Bourse. Quels ont été les principaux défis dans l'intégration de ces deux entités, notamment sur le plan humain et culturel ?

Comme dans toute opération de rapprochement, le principal défi a été avant tout humain. CCF et UBCI Bourse disposaient chacune de leur propre culture d'entreprise, de leurs méthodes de travail et de leurs habitudes organisationnelles. L'enjeu était donc de réussir à créer une identité commune tout en préservant les forces et les expertises de chaque structure.

Nous avons accordé une attention particulière à la communication interne, à l'écoute des équipes et à l'accompagnement du changement afin de favoriser une intégration progressive et sereine. L'objectif n'était pas simplement de fusionner deux structures, mais de construire un projet commun autour d'une vision claire et partagée.

 

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Sur le plan opérationnel, l'harmonisation des procédures, avec le changement du système d'information a également représenté un chantier important. Cette phase a nécessité un travail de coordination et d'adaptation afin d'assurer la continuité de service et de maintenir un haut niveau de qualité pour nos clients.

 

Avec un peu de recul, quels indicateurs vous permettent d'affirmer que cette fusion est un succès ?

Aujourd'hui, plusieurs indicateurs nous permettent de considérer cette fusion comme une réussite. Le premier est naturellement la stabilité et la cohésion des équipes, qui ont su rapidement adhérer au nouveau projet d'entreprise et travailler dans une logique de complémentarité.

Nous constatons également une amélioration de notre positionnement sur le marché, grâce à la combinaison des expertises historiques des deux structures. Cette complémentarité nous a permis d'élargir notre offre de services, de renforcer notre capacité d'accompagnement et de gagner en efficacité opérationnelle. Par ailleurs, grâce au soutien de la banque et la collaboration étroite avec le réseau d'agence, nous avons pu améliorer de manière significative la collecte de fonds pour nos OPCVM.

Aussi, la confiance renouvelée de nos clients, le développement de notre portefeuille ainsi que notre capacité à traiter des opérations de plus grande envergure constituent des signaux très positifs. La fusion nous a également permis de gagner en visibilité et en crédibilité auprès des différents acteurs du marché financier tunisien.

En quelques chiffres, Union Capital a enregistré une croissance soutenue de ses performances entre 2023 et 2025. Son chiffre d'affaires a progressé de 71 % pour atteindre 2,95 millions de dinars en 2025. Le résultat d'exploitation, qui se situait à l'équilibre en 2023, s'est établi à 1,8 million de dinars en 2025.

Quant au résultat net, il est passé de 674 mille dinars en 2023 à 1,88 million de dinars en 2025, soit une progression de près de 180 % sur la période, portant ainsi le retour sur fonds propres (ROE) de 10 % à 21,6 %.

Parallèlement, les actifs sous gestion ont connu une forte expansion, plus que doublant en l'espace de deux ans pour passer de 214 à 481 millions de dinars à fin 2025, avant d'atteindre 580 millions de dinars à ce jour. Ces réalisations témoignent de la dynamique de croissance d'Union Capital et de la confiance de ses clients et partenaires.

Au-delà des chiffres, le véritable succès réside dans notre capacité à avoir créé une structure plus solide, plus agile et mieux préparée aux évolutions futures du secteur.

 

Au-delà de l'intermédiation boursière et de la gestion d'actifs, quelles sont vos priorités de développement ? Souhaitez-vous renforcer davantage vos activités en Ingénierie Financière, en conseil ou en accompagnement des introductions en bourse ?

Notre ambition est de positionner UNION CAPITAL comme un intermédiaire financier global capable d'accompagner ses clients sur l'ensemble de leurs besoins en matière de financement, d'investissement et de conseil stratégique.

Dans ce cadre, le développement des activités d'Ingénierie Financière constitue un axe de développement. Nous souhaitons renforcer davantage notre accompagnement aux entreprises, notamment en matière de levée de fonds, d'émissions obligataires, de restructuration financière, d'évaluation et d'opérations de rapprochement ou de transmission.

Nous accordons également une attention particulière à l'accompagnement des entreprises souhaitant accéder au marché financier, que ce soit à travers des introductions en bourse ou d'autres opérations de marché. Le marché tunisien recèle un potentiel intéressant en matière de financement via le marché des capitaux, notamment pour les PME et les entreprises en phase de croissance.

Parallèlement, nous poursuivons nos efforts de diversification à travers le développement de produits innovants et une digitalisation progressive de nos services afin de répondre aux nouvelles attentes des investisseurs et des entreprises. Union Capital franchit une nouvelle étape dans sa transformation digitale avec la mise en ligne de son nouveau site web " www.unioncapital.tn " et le lancement de sa plateforme de trading " Utrade ".

Ces nouveaux outils ont été développés afin d'offrir aux investisseurs un accès performant aux marché boursier, accompagné d'une offre complète de recherche et d'analyse comprenant des publications, études et notes de recherche régulièrement actualisées pour soutenir la prise de décision d'investissement.

Dans quelle mesure l'appui du groupe UBCI constitue-t-il un avantage compétitif, notamment en matière de distribution et d'accès à la clientèle ?

L'appui du groupe UBCI représente incontestablement un atout stratégique majeur pour UNION CAPITAL. Faire partie d'un groupe financier de référence nous permet de bénéficier d'une forte crédibilité sur le marché ainsi que d'un environnement solide et structuré.

L'un des principaux avantages réside dans les synergies commerciales et la capacité de distribution offertes par le réseau du groupe. Cela nous permet d'accéder à une clientèle diversifiée, particuliers, professionnels, entreprises et institutionnels tout en proposant des solutions financières complémentaires et adaptées aux différents besoins.

Cette proximité avec le réseau constitue également un levier important pour démocratiser davantage les produits du marché financier et développer la culture de l'investissement boursier et financier en Tunisie.

Au-delà de l'aspect commercial, l'appui du groupe UBCI nous permet aussi de bénéficier d'expertises, de standards de gouvernance et d'outils qui renforcent notre capacité de conformité (LAB FT, FATCA…), de développement et notre qualité de service. Cette combinaison entre l'agilité d'une société d'intermédiation et la solidité d'un groupe financier (banque, assurance, capital risque…) constitue aujourd'hui un véritable avantage concurrentiel qui se reflète sur notre exploitation.

 

Financement des entreprises & rôle du marché

Les dispositifs actuels, notamment les incitations fiscales comme le CEA, sont-ils suffisants pour orienter l'épargne vers le marché financier ? Ou faut-il repenser plus profondément le modèle ?

Les dispositifs actuels, notamment le CEA, vont dans le bon sens, mais restent insuffisants pour opérer un véritable basculement de l'épargne vers le marché financier.

Leur limite principale réside dans leur portée encore restreinte : ils s'adressent à une base d'investisseurs relativement initiée, alors que le véritable enjeu est d'élargir significativement cette base.

Plus fondamentalement, le problème n'est pas uniquement fiscal. Il est aussi structurel et culturel. L'épargne des particuliers reste largement orientée vers des produits bancaires, perçus comme plus simples, plus accessibles et moins risqués.

Dans ce contexte, il devient nécessaire de repenser le modèle de manière plus globale, en agissant simultanément sur plusieurs leviers : simplification de l'accès au marché, diversification des produits, digitalisation des parcours d'investissement, et renforcement de l'éducation financière.

L'incitation fiscale est un catalyseur, mais elle ne peut, à elle seule, transformer durablement les comportements d'épargne.

 

Si vous deviez proposer une seule mesure prioritaire aux autorités pour dynamiser la place financière tunisienne, quelle serait-elle ?

Si une seule mesure devait être priorisée, ce serait le développement massif de l'offre à travers un programme structuré d'introductions en bourse.

Aujourd'hui, la principale limite du marché tunisien demeure sa faible profondeur. La demande existe et tend même à se renforcer, mais elle se heurte à un nombre limité d'opportunités d'investissement et à une capitalisation boursière encore relativement modeste au regard du potentiel de l'économie tunisienne.

La mise en place d'un programme national d'introductions en bourse, ciblant notamment les PME et les entreprises de taille intermédiaire à fort potentiel, permettrait de renforcer leurs fonds propres, d'améliorer leur gouvernance et de faciliter leur accès au financement de long terme. Des mécanismes d'accompagnement adaptés ainsi que des incitations fiscales pourraient contribuer à accélérer cette dynamique.

Parallèlement, l'ouverture partielle du capital de certaines grandes entreprises publiques performantes constituerait un signal fort pour le marché. L'introduction en bourse de fleurons nationaux tels que Tunisie Telecom, ou d'autres entreprises publiques présentant des fondamentaux solides, permettrait d'accroître significativement la taille du marché, d'attirer davantage d'investisseurs locaux et internationaux et de renforcer la visibilité de la place financière tunisienne.

L'expérience de nombreux pays montre que l'arrivée de grandes entreprises de référence agit souvent comme un véritable catalyseur pour le développement du marché financier.

Sans renouvellement et élargissement significatif de l'offre, les efforts visant à stimuler la demande et à démocratiser l'investissement en bourse resteront nécessairement limités dans leur impact. Le développement du marché tunisien passe donc avant tout par l'arrivée de nouvelles sociétés et de nouveaux secteurs à la cote.

 

À moyen terme, quelle est votre vision de l'évolution du marché financier tunisien ?

À moyen terme, le marché financier tunisien dispose d'un potentiel de développement important, à condition de capitaliser sur les dynamiques positives actuellement à l'œuvre.

Nous observons déjà des signaux encourageants, notamment un retour progressif de la liquidité, un regain d'intérêt des investisseurs et une stabilisation relative de l'environnement macroéconomique. Si ces tendances se confirment et s'accompagnent de réformes structurelles ambitieuses, la Bourse de Tunis pourrait franchir une nouvelle étape de son développement.

Cela passera notamment par un élargissement de l'offre de titres, une diversification des instruments financiers et une modernisation continue de l'infrastructure du marché. L'introduction progressive de nouveaux produits, tels que les ETF, les FCPI, les CEA Entreprises ou encore certains produits dérivés simples comme les contrats futurs sur indice, contribuerait à enrichir les possibilités d'investissement et à attirer de nouvelles catégories d'investisseurs.

La digitalisation des parcours d'investissement, le renforcement de l'éducation financière et la simplification de l'accès au marché seront également des facteurs clés pour favoriser une participation plus large des particuliers et démocratiser davantage l'investissement en bourse.

Aujourd'hui, la Bourse de Tunis est classée parmi les marchés frontières (Frontier Markets) par les principaux indices internationaux. Cette classification reflète un marché encore en phase de développement, mais doté d'un potentiel de croissance significatif. L'ambition des prochaines années doit être de renforcer sa profondeur, sa liquidité et son attractivité afin de le rapprocher progressivement des standards des marchés émergents.

À terme, le marché financier tunisien a vocation à jouer un rôle beaucoup plus important dans le financement de l'économie nationale, en complément du système bancaire. L'enjeu sera de transformer les cycles de reprise ponctuels en une dynamique de croissance durable, portée par davantage d'entreprises cotées, une base d'investisseurs plus large et une offre de produits plus diversifiée et innovante.

 

Publié le 01/07/26 09:56

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