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JP Morgan : La dette publique de la Tunisie ne semble pas insoutenable

La banque américaine JP Morgan vient de publier un document consacré à l'évaluation de la situation économique de la Tunisie. L'analyse souligne que le choc COVID-19 a eu un impact sur le commerce, les voyages, les investissements et le transfert de fonds, provoquant une récession et entraînant une nouvelle détérioration des finances publiques.

Selon JP Morgan, l'économie tunisienne devrait se contracter de 7 % cette année, avant de rebondir à 3,5 % en 2021, en supposant que la pandémie reste contenue, tandis que le déficit budgétaire global devrait atteindre 7 % du PIB cette année.

" La Tunisie est considérée comme un pays à haut risque dans notre analyse du risque de remboursement souverain de l'UE. Les spreads de crédit de la Tunisie ne sont plus aussi élevés qu'en mars, mais sont néanmoins plus larges de 245 points de base par rapport à l'année précédente, avec un certain élargissement récent ", précise le document.

Les niveaux d'endettement, ajoute l'analyse, sont en hausse et la part élevée de la dette extérieure expose davantage à la faiblesse des devises. " La dette publique de la Tunisie devrait passer de 51 % du PIB en 2014 à 86 % à la fin de l'année 2020 ", estime JP Morgan. La dépréciation de la monnaie explique les deux tiers de l'augmentation de la dette publique entre 2014 et 2019, tandis que le déficit primaire et d'autres facteurs sont responsables du tiers restant.

La dette extérieure représente près des trois quarts de la dette publique, et bien que les deux tiers de la dette extérieure soient dus aux créanciers officiels, la dette du marché représente 35 % de la dette publique, y compris les euro-obligations (6,7 milliards de dollars en juillet). " Les besoins de financement publics bruts, qui devraient atteindre 14 % du PIB cette année contre 9% en 2019, devraient rester importants au cours des prochaines années en raison de l'augmentation du service de la dette, de sorte que les risques de refinancement restent élevés ", estime la banque.

Cependant, la Tunisie semble avoir déjà assuré 80 % de ses besoins en devises cette année, bien que le pays soit en retard sur les décaissements multilatéraux et bilatéraux au mois de juin, hors FMI. Pour l'avenir, indique le document, le service de la dette extérieure publique et garantie par l'État à moyen et long termes de la Tunisie devrait culminer en 2021 et 2024, et s'élève actuellement à un montant cumulé de 18,6 milliards de dollars entre 2020 et 2025, avant de prendre en compte la dette nouvellement contractée.

" La capacité de remboursement de la Tunisie n'est pas tant une question de solvabilité que de liquidité, car le pays reste très sensible aux chocs de financement extérieur, même si sa dette publique semble viable ", souligne JP Morgan.

L'analyse de la viabilité de la dette suggère que la dette publique de la Tunisie ne semble pas insoutenable, 75 % de l'augmentation prévue de la dette par rapport au PIB sur la période 2020-2025 se produisant cette année, tandis que les futurs besoins de financement public brut semblent stables.

Toutefois, l'augmentation du service de la dette extérieure à partir de l'année prochaine devra être soigneusement financée par le biais d'un financement aussi concessionnel que possible afin d'éviter une explosion de la dette, estime la banque

" En particulier, la Tunisie a besoin d'un nouveau programme du FMI. En outre, la Tunisie aura besoin d'un accès au marché international dès l'année prochaine. Tout de même, dans notre scénario de crise, les réserves de change semblent plus que suffisantes pour combler le déficit de financement externe jusqu'à la fin de l'année 2021 ", prévoit JP Morgan.

En particulier, les paiements annuels moyens d'amortissement de la dette extérieure publique au cours des cinq prochaines années devraient augmenter d'environ 1 milliard de dollars par rapport à la moyenne des cinq dernières années, créant ainsi d'importants besoins de refinancement.

Omar El Oudi

Publié le 05/08/2020 10:06:01

2 COMMENTAIRES SUR CET ARTICLE
dalil


05/08/20 12:01
les pays européens empruntent à des taux négatifs, une dette perpétuelle sur 30 ans renouvelables et couverte par la BCE.
La situation des pays comme la France , l'Espagne et l'Italie serait gravissime si ces actions de la BCE n'existaient pas.
A l'identique la Tunisie est noyée par une dette en devise qui s'apprécie tous les jours,octroyée par les marchés à des taux prohibitifs et recouvrable dans les délais prescrits. D’où l'adage,on ne prête qu'aux riches.....qui ne rembourseront jamais !!!
SofieneAs


05/08/20 12:29
JP Morgan, tellement visionnaire et expert qu'il etait à l’épicentre de toutes les crises mondiales dont les subprimes!
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