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Industrie du textile : Que vaut le Label Made In Tunisia ?

Depuis la révolution de 2011, le Label Made In Tunisia attise de nouveau l’intérêt des consommateurs tunisiens. Elan de patriotisme, comportement responsable ou effet de mode, l’engouement est, en tout cas, bien réel.  Cela peut surprendre, car si le savoir-faire de nos artisans des secteurs de l’habillement et de l’alimentaire n’est un secret pour personne, l’explosion venant du monde artistique et même de l’automobile est, elle, nouvelle ! Visiblement libérés, les créateurs tunisiens osent bousculer les mentalités et voient grand.

Ainsi, outre la multitude de concepts store qu’il y a sur l’ensemble du pays, les galeries, ateliers et autres espaces d’art underground se multiplient, faisant la part belle aux artistes locaux. On compte également une concession 100% tunisienne qui ne cesse de monter après des débuts laborieux. C’est dire l’imagination et la détermination de nos jeunes à déjouer les préjugés et les idées reçues.

Si les tunisiens sont plus enclin à consommer local, c’est aussi grâce à une prise de conscience et un travail de fond fourni par des organismes tel que Be Tounsi, un collectif dynamique qui promeut notre artisanat aussi bien au niveau national qu’à l’international et qui, fort de ses nombreux abonnés sur Facebook, ne cesse d’inviter ses adhérents à suivre cette mouvance.   

Plus récemment, c’est la plateforme numérique Artisans d'Art, vitrine des travaux des artisans et des produits du terroir Tunisien qui s’est donnée pour mission de « devenir la marketplace incontournable de promotion des artisans de tous horizons et des « petits métiers » en voie de déperdition ».

Mais que vaut réellement le label Made In Tunisia ?

Prenons l’Industrie du Textile, autrefois prospère grâce aux multiples atouts dont jouit la Tunisie tels que sa proximité géographique avec l´Europe favorisant le just-in-time, son bon niveau qualitatif, ses Ressources humaines qualifiées et son savoir-faire confirmé que les marques haut de gamme et de luxe étrangères viennent chercher.

Cette industrie se trouve aujourd’hui lésée par la concurrence mondiale qui s’inflige une guerre des prix à laquelle s’ajoute la réticence des entreprises à venir en Tunisie à cause du climat d’insécurité latent dans le pays.

Tout va donc vite, très vite. Les usines ferment. Les marques locales ont de plus en plus de mal à rester compétitives. Les franchises prennent du terrain. En 10 ans, le paysage du textile en Tunisie s’est considérablement transformé.

Sur les cinq dernières années, plus de 40.000 emplois ont disparu sur un total d’environ 172.000 postes.

Néanmoins le secteur reste un pilier de l’économie nationale avec 1.788 entreprises implantées dont 90% totalement exportatrices. Le secteur du textile et de l'habillement représente ainsi le 2ème secteur exportateur du pays après les industries mécaniques et électriques, avec plus de 20% du total des exportations tunisiennes.

Même si cette vague de changement a affaibli notre industrie, elle a néanmoins donné à nos créateurs locaux l’occasion de se démarquer de l’offre des grands magasins en misant sur l’originalité et l’authenticité.  Que l’on parle de pièces richement élaborées par de fins artisans ou de pièces plus modernes inspirées de notre patrimoine, la ‘’Tunisian Touch’’ attire de nouveau.

Dans des pays comme la France, la mode rapporte plus que l’automobile et l’aéronautique réunis ! Soit 1,7% de son PIB. Et c’est le savoir-faire ancestral français, dont les maisons de haute couture parisiennes se prévalent, qui en est la locomotive. Sur notre continent, c’est le couturier franco tunisien, Azzedine Alaïa, qui a montré la voie, devenant une véritable icône pour toute une génération de créateurs en herbe. Encensé par ses pairs, sa disparition a bouleversé le monde de la mode. Son art singulier n’a laissé personne indifférent. Tellement, qu’on retrouve sa pâte, entre autres, chez les talentueux créateurs tunisiens Ali Karoui et Ahmed Talfit.

Le créateur tunisien Ali Karoui avec la mannequin suédoise Victoria Silvstedt

Décrit dans Paris Match en Mai 2018 comme « le couturier qui aime VRAIMENT les femmes », Ali Karoui, commence à se faire un nom dans ce milieu si fermé. Il est devenu un incontournable du Festival de Cannes et habille depuis quelques années les plus belles femmes de la planète. Ahmed Talfit a, quant à lui, fait sensation en début d’année au Shop Qatar Design District en retenant notamment l’attention de la sulfureuse Izabel Goulart.  Des profils distincts mais dont le but ultime est de sublimer le corps féminin à travers des lignes sculpturales qui mettent en valeur les courbes de celles qui les porteront !    

Une mode aussi pointue, réalisée dans les plus rigoureuses règles du luxe, ou une production en série limitée d’une ligne de prêt à porter, comme c’est souvent le cas chez les créateurs, est une mode qui coûte plus chère. Mais c’est surtout, là, une alternative au fast fashion. Le vêtement dure dans le temps, car de qualité, il se transmet et raconte une histoire. Nul besoin de renouveler sa garde-robe chaque saison et d’adopter ainsi un comportement plus responsable, dans une période où la problématique environnementale est sur toutes les langues et la surconsommation, des vêtements en particulier, est pointée du doigt.

Certes, le Label Made in Tunisia ne rapporte pas encore gros, mais il a de beaux jours devant lui. La société civile s’y atèle, consommer du made in Tunisia est même devenu un impératif. De l’artisanat à la broderie, en passant par la poterie, l’art de table, les bijoux, la calligraphie, le linge de maison, les toiles d’art, les accessoires en cuir, les tapis, les luminaires, le prêt-à-porter, les produits du terroir…la créativité et l’innovation sont au rendez- vous. L’enjeu est grand car ce label est une belle vitrine qui illustre notre diversité culturelle, donne envie aux jeunes de s’y intéresser et aux étrangers de découvrir la Tunisie.

Par Sarra Chiboub

Publié le 25/05/2019 12:35:25

1 COMMENTAIRE SUR CET ARTICLE
rimsouissi


26/05/19 09:48
Oui le Label ‘Made in Tunisia’ a de beaux jours devant lui parce que les artisans tunisiens ont du potentiel quant a leurs savoir-faire et a leur creativite. Pour la commercialisation de leurs produits a l’export, il ne faut pas oublier d’avoir de la rigueur durant tout le processus de vente : controle qualite, relation aux clients, emballage, expedition, suivi.
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