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Beligh Ben Soltane : « Le véritable défi pour la Tunisie est de construire un branding pays »

Simplifier, harmoniser, digitaliser et faciliter le parcours des investisseurs nationaux et internationaux en Tunisie est l'objectif pour lequel a été créée l'instance tunisienne de l'investissement, TIA (Tunisia Investment Authority). Après près de deux ans à la tête de l'interlocuteur unique des investisseurs, Monsieur Beligh Ben Soltane dresse le bilan de l'organisme au cours des dix premiers mois de l'année et revient sur le positionnement compétitif de l'économie tunisienne dans un contexte mondial frappé par la pandémie du Coronavirus. Interview.

Bien que légère, la baisse de 3% du montant des investissements déclarés à fin octobre 2020 par rapport à l'année dernière, traduit-elle un affaiblissement de l'attractivité de l'économie tunisienne ?

Selon les statistiques de la TIA, le montant des investissements déclarés pour les projets supérieurs à 15 millions de dinars et les projets d'intérêt national a atteint 1,91 milliard de dinars à fin octobre dernier, contre 1,97 milliard une année auparavant, d'où la baisse de 3% de l'enveloppe de l'investissement global déclaré. Le différentiel s'explique par l'enregistrement d'une opération d'investissement d'un montant conséquent de 650 millions de dinars durant le mois d'octobre 2019.

S'agissant du nombre de projets déclarés, l'évolution enregistrée en 2020 est plutôt positive. En effet, le nombre de projets est passé de 28 en 2019 à 45 projets en 2020, soit une augmentation de 62% qui reflète la multiplication des opportunités d'investissement dans notre pays et ne traduit guère un affaiblissement de l'attractivité, notamment en analysant la structure des opérations d'investissement déclarées à fin octobre 2020 qui fait ressortir que les projets déclarés consistent principalement en des opérations de créations nouvelles avec une enveloppe de 1,17 milliard de dinars, soit 58% du total investissement.

Bien que le bilan des investissements déclarés établit jusqu'au fin octobre 2020 s'annonce prometteur aussi bien en termes d'investissements qu'en termes d'emplois à créer (environ 12.759 postes), l'impact économique escompté est tributaire de la réalisation et l'entrée en activité effective de ces projets dans les meilleurs délais, d'où l'importance de la facilitation des démarches d'implémentation de ces projets  à travers la digitalisation des services  et des procédures administratives et l'accélération des process de préparation de sites surtout dans le contexte actuel où le monde entier connait un repli économique sans précédent caractérisé par la fragmentation des Supply-Chain et le manque de visibilité à l'échelle internationale.

L'attractivité est certes factuelle et pourrait être mesurée par les chiffres mais elle est aussi une affaire de perception et d'image. Pour la Tunisie, le défi est actuellement de développer son image et construire un branding pays lui permettant de rétablir la confiance avec la communauté des affaires internationales et de passer à une vitesse supérieure en matière d'attraction de nouveaux investissements.

 

Il est vrai que le nombre de projets a augmenté de 62% sur une année, mais les risques économiques et politiques liés notamment aux répercussions de la pandémie ne pourraient-ils pas freiner cette performance ?

L'incarnation de l'approche suivie par les acteurs économiques en matière de sélection de site d'investissement montre que le processus de choix de sites potentiels d'implantation de projets est traditionnellement basé sur les facteurs de coût, de proximité aux marchés finaux mais aussi l'accès aux ressources humaines de qualité auxquels s'ajoute le facteur risque politique et social à appréhender.

L'avènement de la crise actuelle imposée par la pandémie COVID-19 a amené plusieurs décideurs du monde de l'entreprise à reconsidérer certains facteurs de localisation en favorisant tout ce qui touche à la supply-chain et la proximité au marché final dans le but d'améliorer la résilience de leur chaîne d'approvisionnement.

De même, en termes de facteur talents et ressources humaines, le choix est actuellement orienté vers des ressources humaines agiles, disponibles avec une diversité de compétences pour faire face aux exigences de flexibilité dictées par la crise sanitaire.

S'agissant du facteur risque, avant la crise COVID-19, les entreprises appréhendaient les risques dans le cadre d'un exercice de " box-ticking ". Toutefois, la pandémie a établi la nécessité d'une évaluation des risques plus en détail avec un focus sur l'effort consenti par chaque pays dans l'adaptation et la gestion des risques.

Bien que mitigé, les efforts déployés par la Tunisie depuis le début de la crise sanitaire en mars dernier jusqu'à présent ont été reconnus par la communauté internationale des affaires et pourraient être perçus comme un succès constituant, par conséquent, une opportunité pour le repositionnement stratégique de la Tunisie sur la carte mondiale des destinations favorables à l'investissement dont il faut tirer profit au-delà des différends qui peuvent exister.

 

Comment expliquez-vous la part minime des investissements destinés aux zones de développement régional ?

La répartition régionale des investissements montre que le nombre de projets qui seront implantés dans des zones de développement régional représentent 40% du nombre total des projets déclarés en 2020. Ces projets sont principalement dans le secteur de l'industrie avec une enveloppe d'investissement de 371,6 millions de dinars, soit 75% du total investissement déclaré dans les zones de développement régional et incluent également le secteur des énergies renouvelables pour une enveloppe de 126 millions de dinars.

Rapporté au volume global des investissements déclarés dans l'industrie, le montant des investissements déclarés dans les zones de développement régional dans ce secteur représente plus que 53%.

Les investissements dans le secteur du tourisme et des services sont, quant à eux, concentrés dans les zones littorales et ce, compte tenu de la disponibilité des ressources humaines adaptées aux besoins de ces secteurs mais également à l'infrastructure adéquate notamment pour le secteur tertiaire.

Le niveau des investissements enregistrés dans les zones de développement régional  pourrait être, en effet, en deçà des aspirations nationales en matière d'encouragement de l'investissement dans ces régions mais constitue néanmoins une prémisse pour l'atteinte de l'objectif d'un développement économique inclusif permettant la création de la richesse et de l'emploi dans les zones intérieures du pays, nécessitant ainsi l'amélioration de l'offre de ces régions en termes d'infrastructures dédiées favorisant l'accueil des projets dans les secteurs prioritaires à haute valeur ajoutée et à forte capacité d'employabilité mais également en termes de qualité de la main d'œuvre répondant aux besoins des entreprises et ce, par le développement des parcours de formation ouverts sur le monde de l'entreprise et axés sur les compétences techniques et managériales requises.

L'adhésion des différentes parties prenantes à cette démarche, l'upgrade de l'offre régionale permettrait de redynamiser les zones de développement régional à même d'augmenter l'attractivité de ces régions pour consolider la présence des investissements industriels mais aussi pour attirer les investissements dans les autres secteurs.

 

Avec la hausse imprévue du taux d'imposition appliqué aux sociétés exportatrices, initialement prévu à 13,5% mais porté à 18% dans la loi de Finances 2021, comment la TIA pourra-t-elle poursuivre son rôle d'accompagnateur ?

A travers l'échange permanent que la TIA entretient avec les entreprises et les différents représentants du secteur privé, nous avons en effet touché la frustration exprimée par la majorité des opérateurs économiques à l'égard de l'augmentation annoncée du taux d'imposition de 18% au lieu du taux de 13,5% initialement prévu par l'article 14 de la loi n°2018-56 du 27 décembre 2018, portant loi de finances pour l'année 2019.

Une inquiétude compréhensible, compte tenu de la conjoncture économique actuelle où les entreprises cherchent à assurer la continuité de leurs activités et respecter leurs engagements en dépit de la récession économique que connait nos principaux marchés.

Cela dit l'harmonisation du taux d'imposition à 18% pour tous les secteurs ne concernent pas les bénéfices provenant des investissements réalisés dans les zones de développement régional d'où l'importance de réunir les conditions d'attractivité de ces zones pour accueillir de nouveaux investissements.

En tant qu'Interlocuteur Unique des investisseurs, nous allons continuer à fournir l'information fiable et nécessaire pour la prise de décision d'investissement, notamment en rapport avec les dispositifs et mécanismes d'incitations fiscales et financières offertes par la loi de l'investissement de 2016 et complétées par la loi de l'amélioration du climat des affaires de 2019.

Nous misons également sur la fluidification de toutes les démarches relatives à la réalisation des projets d'investissement à travers la digitalisation de nos services que nous avons entamé pour la déclaration d'investissement et de traitement des requêtes et que nous poursuivrons pour inclure d'autres services d'appoint d'ici la fin de l'année en intégrant d'autres partenaires et ce, grâce à la publication du décret -loi n°31 du 10 juin 2020 relatif à l'échange électronique de données entre les structures publiques et leurs clients et entre les structures elles-mêmes.

La mise en œuvre des dispositions de ce décret permettra certes d'améliorer les prestations de services offertes aux entreprises et de développer une nouvelle génération de la gestion de relation client orientée vers la facilitation et la simplification.

Propos recueillis par Omar El Oudi 

Publié le 17/11/2020 20:06:08

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