À l'approche de l'hiver, l'Algérie s'impose comme un fournisseur de plus en plus stratégique pour le marché allemand. Lors de sa visite à Alger, le ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul a plaidé pour des contrats gaziers de long terme.
L'Allemagne veut renforcer ses approvisionnements gaziers auprès de l'Algérie. C'est l'un des principaux enjeux de la visite du ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, à Alger lundi soir, après son déplacement en Tunisie.
Accompagné d'une délégation d'entreprises allemandes, le responsable s'est entretenu avec le ministre algérien de l'Énergie et des Hydrocarbures, Mourad Adjal, avant de rencontrer le président Abdelmadjid Tebboune. Au cœur des discussions : la possibilité de négocier des contrats de fourniture de gaz à long terme pour le marché allemand.
" Nous devons diversifier. Nous avons besoin de contrats gaziers à long terme ", a déclaré Johann Wadephul à la chaîne publique allemande ZDF depuis Alger. Le ministre a notamment mis en avant la place de l'Algérie comme fournisseur de l'Espagne et de l'Italie, estimant que Berlin devrait pouvoir sécuriser à son tour une partie de ses besoins énergétiques auprès d'Alger. Des représentants d'entreprises allemandes à la recherche de contrats de long terme participaient à la délégation.
Des stocks allemands encore loin des niveaux souhaités
La visite intervient dans un contexte où les stocks allemands de gaz restent inférieurs aux niveaux souhaités à l'approche de l'hiver. Les capacités de stockage du pays étaient remplies à environ 53% au début du mois de septembre, contre 65% en moyenne dans l'Union européenne. Berlin vise par ailleurs un taux de remplissage d'au moins 80% dans la plupart des installations d'ici au 1er novembre, conformément aux objectifs fixés pour renforcer la sécurité d'approvisionnement depuis la crise énergétique de 2022.
Le niveau des stocks ne signifie toutefois pas qu'une pénurie est attendue cet hiver. Quelques jours avant la visite de Wadephul, le gouvernement allemand indiquait que les injections dans les sites de stockage avaient nettement accéléré, grâce notamment à une amélioration des conditions sur le marché du GNL et à une moindre concurrence asiatique pour les cargaisons. Les stockages atteignaient alors 51,64%, avec un objectif de 70% au début novembre, jugé atteignable mais exigeant par l'association allemande du secteur énergétique BDEW.
Pour Berlin, l'enjeu est donc autant la constitution des stocks que la sécurisation des sources d'approvisionnement. Après la rupture progressive avec le gaz russe depuis 2022, l'Allemagne s'est principalement appuyée sur la Norvège pour les importations par gazoduc et sur le GNL, notamment américain. La conclusion de contrats de long terme avec d'autres fournisseurs doit permettre de réduire cette concentration et de limiter l'exposition aux fluctuations du marché spot.
Une relation gazière qui s'est accélérée en 2026
Le 16 juillet 2026, Sonatrach et le groupe allemand VNG ont signé à Berlin un contrat d'approvisionnement en gaz naturel prévoyant une augmentation des livraisons vers le marché allemand à partir du 1er janvier 2027. Le communiqué de Sonatrach ne précise toutefois ni le volume supplémentaire, ni le montant financier, ni la durée du contrat.
L'accord constitue une nouvelle étape dans une relation commerciale entamée en 2024, lorsque VNG est devenu le premier acheteur allemand de gaz naturel algérien par gazoduc. Le renforcement des livraisons prévu à partir de 2027 donne ainsi un contenu concret à la volonté affichée par Berlin de diversifier ses fournisseurs.
Surtout, l'accès au gaz algérien ne repose désormais plus uniquement sur une seule voie. Le 2 juillet, Sonatrach a livré pour la première fois une cargaison de GNL à l'Allemagne, au terminal flottant de regazéification de Wilhelmshaven 1. Cette livraison a ouvert une nouvelle possibilité d'approvisionnement direct du marché allemand par voie maritime.
La visite de Johann Wadephul intervient ainsi à un moment où la relation énergétique algéro-allemande passe progressivement d'une logique d'ouverture de marché à une logique de sécurisation des approvisionnements sur le long terme.
Aucun nouveau contrat gazier n'a été annoncé à l'issue de sa visite, mais Berlin affiche désormais clairement son intérêt pour des accords supplémentaires avec Sonatrach.
Jihen Mkehli
Publié le 03/09/26 07:46




