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Adnane Ben Halima : Les ingénieurs tunisiens représentent une véritable mine d’or

Pour faire un focus sur la transformation numérique de la Tunisie ainsi que sur les raisons d'une intégration flâneuse des nouvelles technologies au niveau national, la rédaction d'ilBoursa a échangé avec le vice-président des relations publiques pour la région méditerranéenne de Huawei, Adnane Ben Halima. En poste chez l'équipementier chinois depuis 2005, il dresse un bilan des changements en cours en matière d'infrastructure réseau et d'exode des cerveaux. Il esquisse également les atouts tunisiens d'évolution et pointe les moteurs de la transformation digitale.


Plus connu du grand public pour ses dispositifs et Smartphones, le géant chinois des télécommunications, Huawei, s'est spécialisé en premier lieu dans l'infrastructure réseau. L'expansion de la firme de Shenzhen réside en l'importance accordée à la recherche et développement, facteur clé de la croissance des entreprises et des économies. Avec l'allocation de 15% du chiffre d'affaires de Huawei en recherche et développement, soit 16 milliards de dollars annuellement, une équipe de 90 mille ingénieurs œuvre totalement à l'amélioration des capacités de production de la firme.

Huawei se positionne comme étant le partenaire principal des opérateurs de télécommunications élémentaires du marché tunisien, en l'occurrence Tunisie Telecom, Orange et Ooredoo. " Nous sommes le principal fournisseur des solutions Wireless 2G/3G/4G et réseaux fixe dans le pays", explique le vice-président des relations publiques pour la région méditerranéenne de Huawei.

Une course à la digitalisation nécessaire

Lors du déclenchement de la pandémie de la Covid-19, tous les pays ont eu un stress test en matière d'infrastructure des Technologies de l'Information et de la Communication (TIC). Pour comprendre la situation dans laquelle se positionne la Tunisie, Adnane Ben Halima établit une nomenclature triptyque du monde digital. " Je sépare le monde digital en plusieurs couches, à savoir la couche de base, qui renvoie à l'infrastructure, la couche applicative et l'écosystème ".

90% des Tunisiens peuvent accéder à internet grâce au réseau Wireless, solution dite alternative par rapport au réseau fixe, déclare Adnane Ben Halima avant de poursuivre que " cela aurait dû être de la fibre ou de l'ADSL, mais le coût du sans fil était plus intéressant et représentait une solution adéquate ". Néanmoins, un grand manque sur la partie fixe est à constater. " En termes de débit moyen sur le fixe, la Tunisie est mal classée et est largement dépassée par une centaine de pays ".

Dans la même continuité, il insiste sur le fait que " l'exercice de substitution du fixe par le mobile, qui marchait jusque-là, présente des limites étant donné qu'il ne peut pas absorber tout le trafic ". C'est à cette étape que pourrait intervenir la stratégie du pays avec un réseau national à large bande, également appelé National Broadband Network (NBN).

Pour comprendre le manque d'infrastructure du réseau fixe en Tunisie il est primordial de parler de rentabilité. " Le retour sur investissement du réseau fixe est chronophage ce qui explique le déphasage de la vitesse de son développement par rapport aux réseaux mobiles". Ainsi, il incombe à l'État d'établir une stratégie nationale et de considérer cette infrastructure comme étant une structure de base.

Les raisons d'un lent passage à l'ère du numérique

" La Tunisie est une mine d'or étant donné qu'elle forme plus de 8.000 ingénieurs en TIC chaque année. Il est question d'une main d'œuvre de très haute qualité que cela soit en performance technique, en Soft Skills ou même en pouvoir d'adaptation ", selon le vice-président des relations publiques pour la région méditerranéenne de Huawei. Il se félicite notamment du recrutement des ingénieurs pour le compte de la firme en Tunisie. " Nous disposons de deux catégories d'ingénieurs. La première est recrutée pour le marché local et compte 150 ingénieurs, tandis que la deuxième, qui est la fierté de notre bureau en Tunisie, consiste en une Ressource pool de 80 ingénieurs pour la région de l'Afrique du Nord ".

Toujours est-il que l'écosystème tunisien est peu attrayant. " Le marché local est petit mais c'est à nous de définir sa taille. L'écosystème applicatif est très faible puisque la présence de grands groupes est quasi-inexistante. Le plus grand client en Tunisie est l'État qui doit jouer un rôle très important, non seulement pour se digitaliser lui-même mais aussi pour nourrir les Petites et Moyennes Entreprises (PME) et les Startups qui se délocalisent ou exportent leurs services à l'étranger ".

Traitant de la question de la fuite des cerveaux, Adnane Ben Halima estime que si l'État entamerait son processus de digitalisation des secteurs clés de son économie, " les 8.000 ingénieurs ne suffiront pas ". Cependant, la responsabilité de l'État ne s'arrête pas au déploiement d'une infrastructure digitale mais s'étend à la mise en place d'un cadre juridique ainsi que d'incitations financières.

La principale raison de la fracture numérique de la Tunisie dans la région repose sur l'instabilité politique. " Les initiatives, les idées et les compétences ne manquent pas en Tunisie. Ce que je vais dire pour le digital est valable pour tous les secteurs : les programmes existent, les Roadmaps sont claires mais il n'y a pas de suivi en raison des changements continus des gouvernements ", indique M. Ban Halima, qui a piloté plusieurs projets d'installation de nouveaux réseaux de Huawei en Afrique.

A propos du rôle que doivent jouer les opérateurs tels que Huawei, Adnane Ben Halima explique que " la firme n'est plus un fournisseur classique, soit un Box-seller, mais elle est devenue un Solution-seller depuis longtemps ". Pour lui, l'investissement digital est placé au premier rang des priorités. Les deux secteurs clés restent le transport et l'énergie. " La Tunisie se doit d'être un hub régional. L'expérience des voyageurs commence généralement à l'aéroport. Cette première rencontre avec la Tunisie dure entre 2 et 3 heures suite aux contrôles de la police aux frontières et à l'attente de la livraison des bagages, entre autres. Digitaliser ces processus est une priorité sachant que le tourisme, secteur clé en Tunisie, passe par d'autres secteurs comme celui du transport ".

Quelle stratégie de cybersécurité pour Huawei ?

Dans le monde feutré de la cybersécurité, Huawei considère ce volet comme étant le cœur de son métier. A cet effet, la multinationale a l'intention de mettre en place un système d'assurance mondiale de cybersécurité qui mettra la responsabilité de Huawei avant même ses intérêts commerciaux. " Nous ne pouvons rien sacrifier pour le moindre risque de cybersécurité. Elle passe à travers la robustesse des équipements mais également par des examens mensuels. Aucun cas de défaillance reliés à nos produits n'a été recensé dans les 175 pays dans lesquels nous sommes présents ".

Pour conclure, M. Ben Halima est revenu sur la gestion de la crise sanitaire par Huawei qui " a garanti la sécurité de ses employés, ses clients et ses réseaux afin de maintenir le bon fonctionnement des réseaux de télécommunications étant donné qu'ils étaient fortement sollicités pendant le confinement ". Et d'ajouter que la firme enchaîne également les succès " puisqu'au mois de juin elle a été en pôle position en matière de ventes d'appareils mobiles à l'échelle mondiale après s'être immiscé, depuis 2010, dans le duopole entre Samsung et Apple ".

Propos recueillis par Myriam Ben Yahia

Publié le 05/08/2020 11:56:47

1 COMMENTAIRE SUR CET ARTICLE
Faraon


09/09/20 15:03
votre malheur: le culte du diplome, hérité de la France et ses "grandes écoles" = grandes plaies, à commencer par sa polytechnique, 200 ème, au classement mondial de Shenghai. ce n'est mème pas un établissement d'enseignement supérieur. juste un club matheux et mafieux.

il y a une confusion, entre le diplome d'ingénier et la fonction. 95 % de vos diplomés n'exercent pas le métier d'ingénieur. juste des technoburocrates, incompétents et inutiles. vous en trouvez plein dans l'administration et boites étatiques .

ce qui vous manque, ce ne sont pas les diplomés, mais les entrepreneurs. israel forme moins, mais plus efficaces. regardez le nombre de boites israéliennes cotées au Nasdaq, ou rachetées par des boites US.

votre problème c'est la France, sa langue et son système. une colonisation perpétuelle. un cancer qui perdure depuis 1881.

en Allemagne, il n'y a ni polytechnique, ni "grandes écoles". tout le monde sort de l'Université et DOIT faire se preuves.
et çà marche 100 fois mieux qu'en France: Deutsche Qualität, Made in Germany.
l'enseinement supérieur c'est l'Université, pas l'école !!!

enlevez mois ce cirque : Ecole Nationale Supérieur Inférieur d'Ingenieur de Tunis " ... ouf !!! que c'est long !!!
remplacez par : "Tunis University of Technology" .
remplacez le français et son heaurtheaugraaaafe archaique, par l'anglais.
et tout ira pour le mieux.

n'envoyez pas vos jumelles se former à polytechnique. envoyez les à S'pore, Taiwan, Turquie ... apprendre comment produire moins cher et plus efficace.

oubliez la France qui ne vous aime pas.
WAKE UP !!!
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