Les banques cotées à la Bourse de Tunis continuent d'afficher des profits en hausse, mais leur modèle se transforme en profondeur. Le crédit stagne, les activités de marché prennent le dessus et les créances douteuses progressent.
C'est le constat de l'étude sectorielle publiée par le département Etudes & Recherches de Tunisie Valeurs, qui recommande néanmoins de rester sélectif et de privilégier les valeurs les plus solides.
Une collecte généreuse, un crédit à la peine
Les douze banques cotées ont de nouveau profité en 2025 de l'abondance de l'épargne : leurs dépôts ont progressé de 7,3 %, à 106,5 milliards de dinars.
Pour Tunisie Valeurs, cette surliquidité s'explique surtout par le manque de placements alternatifs : investissement productif faible, immobilier en berne, marché obligataire peu liquide.
Le contraste avec l'activité de prêt est frappant. Les encours de crédits n'ont augmenté que de 1,5 % en 2025, à 85,7 milliards de dinars, puis de 0,4 % au premier semestre 2026.
La demande du secteur privé reste faible, dans une économie dont la croissance est attendue à 2,7 % en 2026 selon le gouvernement et à 2,4 % selon le FMI.
Le ratio crédits/dépôts est ainsi tombé à 74,2 % à mi-2026, un plus bas depuis la mise en place de cet indicateur réglementaire en 2018.
Les marchés dépassent l'intermédiation classique
La conséquence est un basculement symbolique dans la structure des revenus. Le produit net bancaire (PNB) a progressé de 4,6 % en 2025, à 7,3 milliards de dinars, mais cette croissance repose sur les opérations financières : les revenus du portefeuille-titres et des opérations de marché ont bondi de 34 %, à 3,3 milliards, soit 45,7 % du PNB.
Ils dépassent pour la première fois la marge d'intérêt, qui a reculé de 17,4 % et ne pèse plus que 35,2 %.
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La tendance se poursuit en 2026. Le portefeuille-titres des banques cotées a progressé de 14,2 % sur un an, à 39,1 milliards de dinars, tandis que la marge d'intérêt a encore reculé de 8,6 % au premier semestre.
Des charges et des risques en hausse
Les frais généraux pèsent de plus en plus. Le coefficient d'exploitation s'est dégradé à 48,1 % en 2025, puis à 48,6 % à fin juin 2026, sous l'effet des charges de personnel : hausses salariales et intégration d'anciens intérimaires prévue par la loi n° 2025-9 sur le code du travail.
La qualité des portefeuilles se détériore aussi. Le taux de créances classées atteint 13,9 %, pour un stock record de 16,5 milliards de dinars, dont 64,1 % sont concentrés dans les trois banques publiques.
Leur couverture par les provisions (59,5 %) reste inférieure au seuil de 70 % recommandé par la Banque centrale. Au premier semestre 2026, le coût net du risque a encore augmenté de 11,4 %, à 627,9 millions de dinars.
Des bénéfices soutenus par l'allègement fiscal
Malgré ce contexte, la rentabilité tient. Le bénéfice individuel agrégé a progressé de 5,9 % en 2025, à environ 1,6 milliard de dinars, aidé par une baisse de 7,5 % de la charge d'impôt.
La croissance ralentit nettement en 2026 : 879,4 millions de dinars au premier semestre, soit +1,5 %. Deux établissements, l'ATB et la BTE, ont terminé 2025 en perte.
Côté solidité financière, le secteur bancaire affiche des ratios de solvabilité de 15,1 % (global) et de 12,1 % (Tier 1) à fin 2025, un renforcement que l'étude attribue notamment à l'encadrement des dividendes par la BCT.
Une politique monétaire prudente
La Banque centrale a maintenu son taux directeur à 7 % le 7 octobre, estimant que les risques d'inflation restent orientés à la hausse. Le 9 octobre, elle a aussi décidé de tripler le coefficient de réserves obligatoires, de 1 % à 3 %, à partir du 1er novembre.
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L'objectif est de réduire la liquidité bancaire sans toucher au coût du crédit, mais Tunisie Valeurs craint que cette mesure ne fragilise davantage une activité de prêt déjà en difficulté depuis 2023.
En Bourse : valorisation attractive, sélectivité de mise
Les banques représentent 46 % de la capitalisation de la Bourse de Tunis, soit 21,1 milliards de dinars au 13 octobre. L'indice sectoriel a gagné 45 % depuis le début de l'année. Les ratios estimés pour 2026 paraissent attractifs : un P/E de 11,4 fois, un rendement du dividende de 3,8 % et un ROE de 12,5 %.
Tunisie Valeurs recommande toutefois de sous-pondérer le secteur dans les portefeuilles d'actions (30 % de l'allocation cible, contre 58 % du poids du secteur dans l'indice) et de privilégier la " fuite vers la qualité ".
Elle classe la BIAT, Amen Bank et la BT parmi les valeurs les plus solides, devant la BNA, l'UBCI et Attijari Bank. La STB, la BTE et l'ATB figurent parmi les valeurs à alléger.
Le défi du nouveau modèle
Pour les auteurs, le secteur est entré dans une " nouvelle normalité " de croissance ralentie. Les banques devront faire de la qualité des engagements une priorité sur les volumes, et trouver de nouveaux relais de revenus : digitalisation, monétique et paiements, PME et microfinance, finance durable.
Elles devront en parallèle se préparer à l'adoption de Bâle III en base consolidée, prévue à fin 2026, et à la migration vers les normes IFRS.
Les recommandations d'investissement citées sont celles de Tunisie Valeurs et n'engagent pas la rédaction. Certains taux (créances classées, couverture) sont des estimations de la société de bourse.
Télécharger l'étude de Tunisie Valeurs
Omar EL Oudi
Publié le 06/11/26 11:22




