Loin d'être concrétisé, le projet ferroviaire reliant Casablanca, Alger et Tunis reste confronté à plusieurs obstacles, notamment politiques. La Banque africaine de développement vient néanmoins d'achever l'étude de faisabilité du corridor, dont le coût est estimé à près de 4 milliards de dollars.
La Banque africaine de développement (BAD) vient de publier le rapport d'achèvement de l'étude de faisabilité consacrée à la réhabilitation et à la modernisation de certains tronçons du chemin de fer transmaghrébin reliant Tunis, Casablanca et Alger.
L'étude, menée dans le cadre d'un projet régional porté avec l'Union du Maghreb arabe, devait notamment évaluer la faisabilité technique, économique, environnementale et institutionnelle du corridor et définir les conditions nécessaires à sa réalisation.
Le projet porte sur un corridor d'environ 2 300 kilomètres traversant le Maroc, l'Algérie et la Tunisie. Son coût avait été estimé à 3,8 milliards de dollars lors de la présentation du projet en 2019. Dans les documents continentaux actuels du programme PIDA (Programme pour le développement des infrastructures en Afrique, l'investissement nécessaire est désormais arrondi à 4 milliards de dollars.
Un corridor ferroviaire de plus de 2 300 kilomètres
Le projet vise à moderniser la liaison ferroviaire entre Tunis Casablanca et Alger, avec plusieurs interventions sur les réseaux existants et la création de certains tronçons manquants. Il prévoit notamment la modernisation de la ligne Fès-Oujda au Maroc, la réhabilitation du tronçon transfrontalier Oujda-Akid Abbas entre le Maroc et l'Algérie, ainsi que la création d'une nouvelle liaison entre Annaba et Jendouba et la modernisation de l'axe Jendouba-Jedeida en Tunisie.
L'étude a examiné plusieurs scénarios pour la liaison entre l'Algérie et la Tunisie. Le scénario retenu prévoit notamment la construction d'une nouvelle ligne d'environ 130 kilomètres entre Annaba, El Tarf et Jendouba, avant de s'appuyer sur le réseau existant entre Jendouba, Béja et Jedeida. Selon l'étude, ce scénario constitue le meilleur compromis au regard des critères de transport, financiers, environnementaux et socio-économiques. (
À terme, l'objectif est de disposer d'un corridor plus performant et interopérable, avec notamment des interventions sur les systèmes d'énergie, de contrôle-commande et de signalisation. Le projet doit permettre de réduire le temps de parcours entre Casablanca et Tunis de 48 à 25 heures, selon l'objectif retenu par l'étude à long terme.
La BAD présente cette infrastructure comme un outil destiné à faciliter la circulation des marchandises, réduire les coûts de transport et renforcer les échanges commerciaux entre les trois pays. Le projet s'inscrit ainsi dans l'objectif plus large d'intégration économique du Maghreb.
La Tunisie, un maillon central du corridor
Pour la Tunisie, elle doit accueillir l'un des principaux maillons manquants du corridor, avec la création de la liaison transfrontalière entre Annaba et Jendouba. Le réseau tunisien serait ensuite relié à l'axe Jendouba-Béja-Jedeida, permettant de poursuivre le trajet jusqu'à Tunis.
L'étude de la BAD souligne que cette nouvelle liaison doit contribuer à améliorer la connectivité de la Tunisie avec l'Algérie et, à travers le corridor transmaghrébin, avec le Maroc. Elle s'inscrit également dans les priorités nationales tunisiennes de développement des infrastructures de transport et d'amélioration de la performance logistique.
La Tunisie a d'ailleurs accueilli une table ronde régionale consacrée à la mobilisation des financements, avec la participation de plus de 80 représentants de banques, d'investisseurs, d'entreprises de construction et d'organisations internationales. Cette rencontre a permis de présenter les conclusions de l'étude et de susciter l'intérêt de potentiels partenaires financiers. Mais aucun engagement financier formel n'a été confirmé à ce stade.
La frontière maroco-algérienne, principal obstacle
Si l'étude de faisabilité est désormais achevée, la concrétisation du corridor reste confrontée à un obstacle qui dépasse largement les questions techniques et financières : la situation politique entre le Maroc et l'Algérie.
Le projet prévoit en effet la réhabilitation du tronçon transfrontalier Oujda-Akid Abbas, indispensable pour assurer la continuité ferroviaire entre les deux pays. Or, la frontière terrestre maroco-algérienne est fermée depuis 1994 et les relations diplomatiques entre Rabat et Alger sont rompues depuis 2021.
L'étude souligne également que les trois pays donnent parallèlement la priorité à leurs propres projets ferroviaires nationaux, ce qui peut réduire l'attention et les ressources consacrées au corridor régional. À cela s'ajoute un autre point encore non réglé, le cadre institutionnel tripartite nécessaire à la gestion du futur corridor n'est pas totalement finalisé. L'étude indique qu'un cadre regroupant les trois pays a été proposé, mais que sa validation définitive par les États reste à confirmer. Sur le volet financier, la table ronde organisée à Tunis a suscité de l'intérêt, sans toutefois déboucher sur des engagements fermes.
L'étude de faisabilité est donc achevée, mais le projet reste encore loin du chantier. Entre la mobilisation de près de 4 milliards de dollars, la mise en place d'un cadre de gouvernance commun et surtout la nécessité de résoudre le problème de la liaison maroco-algérienne, plusieurs conditions devront encore être réunies avant que le train Casablanca-Alger-Tunis puisse réellement circuler.
Jihen Mkehli
Publié le 26/08/26 09:59




