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STIP : Le compromis invraisemblable !

ISIN : TN0005030010 - Ticker : STIP
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Reportée dans un premier temps, la STIP a tenu hier, le 28 juillet 2016, son Assemblée Générale Extraordinaire et a approuvé à l'unanimité la poursuite de l'activité dans une ambiance prolétaire.

La société

La STIP, Société Tunisienne des Industries de Pneumatiques, créée en 1980 est une société spécialisée dans la fabrication et la commercialisation des pneumatiques et de tous autres articles en caoutchouc manufacturé. Depuis son acquisition de la société "SONAP" en juillet 1991, la "STIP" est devenue, l'unique producteur de pneumatiques en Tunisie.

Changement de la structure de l'actionnariat

En 2016, la société Africa Holding s'est affranchie de plus de 44% du capital de la STIP suite à des acquisitions réalisées auprès d'actionnaires historiques de la STIP et dont principalement les parts revenant à la Banque Islamique de Développement (BID) (14,17%) en date du 11 avril 2016, ceux de la STUSID BANK (15,35%) le 19 mai 2016 et récemment la participation de la STB. Le tour de table actuel des principaux actionnaires de la STIP est ainsi composé d'Africa Holding, l'OCT, la BTK et PIRELLI. Ces deux derniers n'étaient pas représentés lors de cette AGE.

Cadre et contexte de l'AGE

Avant la mise au vote de l'unique résolution de ladite AGE, le Président Directeur Général de la société Mr Riadh BERRJEB, accompagné des administrateurs représentant de l'OCT et de la société ELBONYEN ainsi que des Commissaires Aux Comptes (CAC), a rappelé le cadre de ladite AGE et le contexte actuel de la STIP revenant jusqu'à l'introduction de la société en bourse en janvier 2002 au prix unitaire de 16,10 DT, soit une capitalisation boursière à l'introduction de 61,5 MDT contre une capitalisation boursière actuelle de 7 MDT.

Dès 2002, la société a vu ses bénéfices chuté de 79% avant de devenir structurellement déficitaire à partir de 2003. En 2006 les fonds propres de la société changent en négatif. La société absorbe une partie de ses pertes en 2008 par réduction de la valeur nominale de 10 à 3 DT. Toutefois la société a continué à cumuler les pertes d'année en années portant ses fonds propres à - 150,2 MDT fin 2015 pour un capital social de 12,6 MDT.

De son côté le CAC a souligné que les fonds propres arrêtés à cette date, sont de 156 MDT en deçà de la moitié du capital social. Le passif exigible est supérieur de 104 MDT à l'actif circulant et le passif total est supérieur de 150,2 MDT au total de l'actif. En dehors des décisions prises par l'Assemblée Générale Extraordinaire du 30 juin 2008 prévoyant simultanément une réduction du capital motivée par des pertes de 29,4 MDT par la réduction de la valeur nominale de l'action de 10 DT à 3 DT et une augmentation du capital en numéraire, non suivie d'effets, de 42 MDT par émission de nouvelles actions de 3 DT chacune, la situation financière de la société n'a pas encore fait l'objet d'un véritable assainissement.

Les difficultés liées à l'accès au financement du cycle d'exploitation, et notamment le financement de l'importation des matières premières au titre de 2016 ont accentué les déficits de trésorerie de la société et ont engendré son incapacité de régler ses fournisseurs dans les délais convenus. Il en a résulté des ruptures fréquentes de stocks, et par conséquent, des arrêts de la production qui a chuté au titre du 1er trimestre 2016 de 44,7%.

L'AGE, approuve à l'unanimité la continuité de l'activité

L'ordre du jour de l'AGE était de statuer sur l'unique résolution à savoir la continuité de l'activité de l'entreprise conformément à l'article 388 du code des sociétés commerciales, dans un contexte marqué par l'arrêt effectif de l'exploitation. A cette occasion, les employés de la STIP étaient massivement présents hier dans les locaux de la société, en Sit-in depuis fin juin 2016, révoltés de l'arrêt de l'activité de l'unité industrielle (de MSAKEN pour défaut de financement du cycle d'exploitation) et du passage de la société entre les mains d'Africa Holding.

Les conditions de quorum ont été satisfaites lors de cette AGE avec une présence de 57,61% du capital répartis principalement entre les représentants d'Africa Holding, de l'OCT, de la société ELBONYEN ainsi que des salariés actionnaires de la STIP.

L'Assemblée Générale Extraordinaire, après avoir pris connaissance que les fonds propres de la société sont en deçà de la moitié de son capital social en raison des pertes, décide à l'unanimité la continuité de l'activité de l'entreprise.

Un plan de restructuration en vue, mais qui bloque

La société s'est officiellement arrangée avec huit banques et a obtenu, en 2016, l'accord de principe de la STB pour le traitement de ses engagements. En parallèle, des efforts sont déployés par la STIP, auprès d'un pool bancaire, en vue de lui accorder les financements nécessaires à l'achat de ses matières premières au titre de l'exercice 2016.

D'un autre côté, la société a conclu, en janvier 2016, une convention avec une banque d'affaires pour l'assister dans la mise en place d'un plan de restructuration ainsi qu'à l'établissement d'un business plan. La mission, prévue pour une durée de 7 mois prolongeable pour une période maximale de 6 mois supplémentaire, est actuellement en cours de réalisation.

Selon le rapport du CAC et faute d'accès systématique au financement nécessaire à l'importation des matières premières et à défaut de concrétisation de la restructuration financière de la société, des doutes importants pèsent sur la continuité d'exploitation. Les dispositions de l'article 388 du code des sociétés commerciales qui exigent de l'Assemblée Générale Extraordinaire qui n'a pas prononcé la dissolution de la société dans l'année qui suit la constatation des pertes, de réduire le capital ou de l'augmenter pour un montant égal au moins à celui des pertes.

Toutefois, les injections de fonds tardent ou peine à venir ? Les intérêts divergents et chaque partie avance ses conditions.

Forte Indignation des ouvriers

Le représentant du syndicat de la STIP a pointé du doigt le manque délibéré de la volonté des autorités publiques pour sauver la STIP, rappelant au passage que des subventions d'investissement dans le cadre du plan de mise à niveau programmé depuis 2007 n'ont jamais été débloqués, alors que l'Etat, à cette époque, a privilégié l'assainissement social par le licenciement de 500 employés.

Le représentant du syndicat a accusé également le nouvel actionnaire majoritaire, de sa montée dans le capital de la STIP par des méthodes déloyales, en payant le bas prix et en profitant de la faiblesse du gouvernement. Le corps syndical de la société s'est consterné de la sortie des actionnaires historiques ayant accepté de céder leurs titres.

Les accusations du syndicat de la STIP envers le nouveau actionnaire, laissent entendre que ce dernier envisage d'instaurer un mode de gestion capitalistique sévère et de procéder à des licenciements à flot contre des indemnités dérisoires.

Le représentant des ouvriers, a enfin, exigé la reprise immédiate de l'exploitation de l'activité et le déblocage des matières et équipement en douanes (soulignant que rien que la valeur de ces équipements dépassent le cout d'entrée dans le capital du nouveau actionnaire). 

STIP : Le Compromis invraisemblable !

En conclusion, la situation de la STIP est assez compliquée mettant en conflit trois acteurs majeurs dont les intérêts et les exigences sont nettement différents :

1. Les employés de la société (bénéficiant de la sympathie des administrateurs actuels) ;

2. Les bailleurs de fonds ;

3. Africa Holding.

Le sauvetage de la STIP passera inévitablement par un compromis, aussi difficile, entre ces acteurs, à moins d'un passage en force par l'une de ces parties.

©ilboursa.com

Publié le 29/07/16 09:43

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