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Skander NAIJA : « Notre objectif est de repositionner AMI Assurances comme un acteur de référence sur le marché »

La compagnie AMI Assurances a engagé depuis plus de trois ans un plan de restructuration qui prévoit une recapitalisation de 185 millions de dinars. Ce plan grandiose, qui va permettre à la société de renforcer ses fonds propres, d'améliorer ses ratios règlementaires et d'accélérer son développement, a été dessiné par son actuel Directeur Général, monsieur Mohamed Skander NAIJA. Dans cette interview, le premier responsable de la compagnie reviendra sur les différentes phases de ce plan de transformation, sur le rôle des actionnaires de référence dans la réussite de ce plan et aussi sur le Business Plan d'AMI Assurances.

AMI Assurances a procédé à une augmentation de capital de près de 93 millions de dinars. Quel est l'intérêt de cette opération ?

L'opération est globale et consiste en une restructuration portant sur 185 millions de dinars, soit les pertes cumulées d'AMI Assurances. Pour illustrer, il y a quatre tiroirs dont le premier a été fait en 2018, à savoir les titres participatifs qui ont été souscrits par la Banque Nationale Agricole (BNA) d'une valeur de 35 millions de dinars.

Le deuxième est l'incorporation des réserves à hauteur de 18 millions de dinars réalisée en novembre 2020. Le troisième est relatif à l'actuelle augmentation de capital de près de 93 millions de dinars et, au final, le quatrième tiroir concerne l'émission de 40 millions de dinars de titres participatifs à réaliser vers la fin de cette année.

Quand on somme les quatre opérations on retrouve les 185 millions de dinars à injecter. Ainsi, nous devrions arriver à plus de 60 millions de dinars de fonds propres à fin 2021, soit supérieurs à la moitié du capital.

Il est vrai que cette opération d'augmentation de capital ne suffit pas, à elle seule, pour que les fonds propres soient supérieurs à la moitié du capital. Néanmoins, avec les 40 millions de dinars de titres participatifs à émettre, nos ratios règlementaires seront en conformité.

AMI Assurances a procédé à un dépôt à terme auprès de la BNA de 35 millions de dinars souscrit le 23/10/2020. Ce cash provient de ces titres participatifs ou bien des tombées des anciens dépôts à terme avec la BNA ?

Nous les avons levés pour restaurer nos ratios réglementaires. Cependant, en termes d'activité, nous n'en avons pas réellement besoin. Depuis 2018, nos états financiers affichent un niveau de placement quasiment stable, c'est-à-dire que notre activité se suffit à elle-même, en matière de trésorerie. Nos encaissements permettent de payer nos sinistres, nos frais de gestions, etc.

Nous sommes conscients que nous allons rembourser ces fonds après une période de sept ans. Ceux que nous avons levés en 2018 seront remboursés en 2025 et ceux que nous allons lever cette année, seront remboursés en 2028. Ainsi, par acquit de conscience, nous les prenons et les plaçons de suite. Le jour de la tombée, nous les rembourserons.

Donc, nous ferons pareil avec les 40 millions de dinars qui seront levés d'ici la fin de l'année. C'est une question de bonne gestion. Nous sommes conscients que la restructuration financière est faite pour quasi-moitié avec des titres participatifs qui vont être remboursés. Nous avons confiance en nous et en notre entreprise pour pouvoir générer sur les quelques années à venir ces 75 millions de dinars. Du point de vue de la trésorerie, ces fonds sont disponibles, donc, nous menons une gestion prudente des placements.

Pouvons-nous dire qu'AMI Assurances deviendra structurellement saine après cette augmentation de capital ?

L'année 2020 a été une année charnière pour nous en termes de résultats. C'est l'année durant laquelle nous avons définitivement basculé vers le territoire positif. L'année 2019 avait été également une autre année charnière pour AMI Assurances. C'était la première année où notre approvisionnement était devenu normal. Nous n'avons plus fait de rattrapages ou de corrections de provisions depuis 2018.

D'énormes efforts ont été conduits en 2017 en revoyant toutes nos méthodes d'évaluation et d'estimation que nous avons documentées, expliqués et validés par nos commissaires aux comptes ainsi que par les actuaires.

En 2018, nous nous sommes rendus compte que les méthodes ne suffisent plus car elles sont basées sur des statistiques des dossiers existants. Nous avons traité l'ensemble des dossiers un à un par des cabinets externes connaisseurs et experts du sujet. Pendant plus d'un an, les évaluations de l'ensemble des dossiers ont été revues.

Nos commissaires aux comptes ont mené des études d'échantillonnage supplémentaires pour vérifier si nos méthodes et nos évaluations sont bonnes. Depuis fin 2018, nous n'avons plus de rattrapages de provisions pour la deuxième année consécutive. Pour l'année 2021, telle qu'elle se profile, serait du même acabit. Nous n'avons plus de problèmes d'approvisionnement.

D'ailleurs, quand vous consultez les rapports des commissaires aux comptes, depuis deux ans, il n'y a plus de réserves. Même nos charges annuelles de sinistres sont stables voir même elles ont tendance à baisser petit à petit. Après deux, trois ans nous remarquons qu'il y a une reprise. Notre passé est derrière nous depuis 2018 et le meilleur est à venir.

AMI Assurances est très exposée au secteur automobile. Quelle est l'évolution de cette exposition et quelles sont vos stratégies pour développer les autres branches d'assurance ?

L'automobile représente un pourcentage de notre chiffre d'affaires qui est tellement haut que nous n'avons pas d'autres choix que de le rentabiliser. Quand AMI Assurances fait plus de 90% de chiffre d'affaires sur l'automobile, nous ne pouvons pas renoncer au secteur ou réduire nos activités.

Nous ferons de l'automobile et nous en ferons de plus en plus. Ce qui a changé sur les dernières années, c'est que nous nous sommes dotés des compétences, des techniques et des outils qui nous permettent de devenir " le spécialiste " de l'automobile. En 2020, nous sommes arrivés à quasiment équilibrer l'automobile. Quand vous voyez nos chiffres de l'année dernière, un bénéfice technique est affiché. Ainsi, nous devenons le spécialiste de l'automobile qui va faire en sorte à prévenir, maîtriser et tarifer le risque.

En effet, nous avons plus de garanties et de préventions avec le client pour essayer d'éviter les accidents et les sinistres. Nous voulons nous séparer de l'étiquette de surexposition à l'automobile et adopter celle d'expert de l'assurance automobile. Nous sommes en passe de réussir ce challenge. En revanche, si nous voulons limiter cette dépendance, car l'automobile est très tributaire de l'augmentation du coût des importations des véhicules, de l'inflation et surtout de la valeur du dinar, nous devons nous diversifier.

Cette diversification se réalisera à travers deux axes. Le premier concerne la mise à profit de notre réseau étendu d'agents généraux, soit les 130 agences sur tout le territoire. Ces agents servent plus de 300.000 clients et plus de 200.000 sur l'assurance vie. Nous leur présentons petit à petit une offre complémentaire pour la personne, à l'image de l'assurance maladie, et pour les professions libérales tel que le Package AMI Pro-Multirisques très riche qui couvre l'activité des professionnels et des entreprises.

Il va sans dire que l'année 2021 est une année éminente car notre réseau qui faisait très peu dans l'automobile commence à en faire de plus en plus, même si nous ne nous situons pas encore à un niveau de 50/50. A partir de 2021, la proportion de l'automobile va se situer en dessous de 90% pour se placer autour de 87%. Cette année les assurances vie, incendie et autres vont gagner 5% de parts dans notre chiffre d'affaires.

Même si c'était difficile au début, puisque nous n'avons pas l'habitude de vendre ces services dans nos agences, la proximité de nos agents généraux avec les clients et la fidélité de ces derniers a fait que nous avons pu, en mettant en place une nouvelle offre et en formant le réseau, présenter nos offres aux clients. Bon nombre d'entre eux ont commencé à acheter étant donné qu'ils ont pris conscience que le patrimoine, la famille et le gagne-pain, restent beaucoup moins chers que l'automobile.

Le deuxième axe primordial, qui a démarré depuis 2020 et s'est accéléré en 2021, est la bancassurance, ce qui représente une aubaine pour nous. Nous avons la chance d'avoir la BNA au sein de notre capital mais également d'avoir sa confiance. Nous avons signé une convention de bancassurance depuis plus de deux ans et nous commercialisons de l'assistance dans les guichets de toutes les agences BNA.

AMI Assurances a commencé aussi à faire de l'assurance-vie principalement en couverture de crédit avec certaines agences de la BNA. Il s'agit d'un relais de croissance très intéressant pour nous parce qu'il nous donne accès à plus d'un million de clients supplémentaires de la banque tout en nous donnant accès à un réseau professionnel de financiers situés dans plus de 200 points de vente de la BNA sur tout le territoire.

Cela nous permet de commercialiser des produits d'assurance-vie, qui est la branche qui croit le plus vite dans le secteur de l'assurance et qui reste la plus rentable aujourd'hui. De cette manière, nous avons accès à un réseau qui a une proximité avec sa clientèle.

La convention signée avec la BNA est également un relais de croissance sur un segment de clientèle que nous maîtrisons. Lorsque nous faisons de la bancassurance, nous servons de l'assurance-vie destinée aux particuliers et aux professionnels. C'est le savoir-faire d'AMI Assurances.

Notre portefeuille automobile montre bien que nous savons gérer des milliers de contrats et que nous savons interagir avec des centaines de milliers de clients. La BNA représente un canal prépondérant dans nos nouvelles ventes.

Depuis quelques années, nous avons entre 600 et 1.000 véhicules assurés AMI qui vont faire un contrôle technique avec des dizaines de points de contrôle. Nous sommes les seuls à offrir à nos clients des contrôles techniques et leur permettons de vérifier l'état de leurs voitures à tout moment. Nous leur proposons à tour de rôle d'y aller et nous proposons à nos clients qui ont eu un sinistre de vérifier que la réparation est bonne.

En outre, nous proposons à nos clients de vérifier l'état d'une voiture d'occasion avant son achat. Nous faisons la même chose avec les multirisques d'entreprise en envoyant nos ingénieurs-conseils pour mener des visites sur terrain avec des plans de prévention qui seront envoyés par la suite au client.

Pourquoi le taux de pénétration de l'assurance demeure très faible en Tunisie ?

Notre plan actuel est basé sur cette constatation-là. Lorsque nous parlons de diversification, nous parlons de produits qui ne se vendent pas normalement ou facilement. Ainsi, nous sommes partis du constat que le taux de pénétration en Tunisie est de 2,3% contre une moyenne mondiale de près de 7%. Nous avons la capacité, en quelques années, de multiplier par deux voire par trois le chiffre d'affaires global des compagnies d'assurances si nous analysons ce qui se fait dans le secteur.

En effet, 45% de nos revenus proviennent de la branche automobile, 25% de la branche assurance-vie, dont la moitié est quasiment obligatoire car adossés à des crédits immobiliers, 10% d'assurance entreprise liée aux incendies et transport dont une grande partie est obligatoire. Finalement, aux trois quarts nous vendons de l'obligatoire. L'obligation d'assurance a un sens étant donné qu'elle permet de rendre l'économie plus résiliente et résistante. Là où il y a de l'obligatoire, ça facilite la prise en mains mais ça ne suffit pas.

Aujourd'hui, tout ce qui est tous-risques, dommage et collision, assistances et nouvelles garanties proposées, comme la prévention et la mobilité, ne sont pas obligatoires pourtant nous arrivons à les vendre. AMI Assurances a fait un gros travail sur l'automobile pour partir d'une garantie obligatoire, qui ne représente désormais que moins de 30% du chiffre d'affaires automobile, pour arriver à multiplier par trois et par quatre le chiffre d'affaires automobile. Le travail fourni pour le secteur automobile doit être fait sur d'autres branches d'activité.

Pour l'assurance vie, on peut continuer à faire du quasi-obligatoire parce que c'est ce qui est demandé par les banques. Nous pouvons également proposer des compléments pour la préparation de la retraite, des études supérieures des enfants ou encore pour se prémunir contre les accidents de la vie.

Finalement, le pari que nous faisons est celui d'un taux de pénétration en progression et nous allons tout faire pour atteindre nos objectifs. Cela demande de l'innovation produit et de la conception de l'offre. Certes, notre vision prendra du temps à se matérialiser mais le temps on l'a et on se le prendra.

La participation de la BNA dans le capital d'AMI Assurances pourrait-elle passer à 50% ?

Nous avons vraiment la chance d'être adossés à une banque publique et acteur majeur de la place comme la BNA, à un grand groupe industriel et de distribution privé comme Hedi Bouchammaoui Group Holding (HBG), et à la centrale syndicale, l'UGTT.

Nos partenaires qui détiennent jusque-là 60% du capital de la compagnie, nous ont soutenu et sont prêts à injecter ce qu'il faut quand il le faut. Ils ont été à la hauteur de cette promesse, même si les pertes ont été un peu plus élevées que prévu. Ces trois actionnaires nous disent aujourd'hui que les 60% sont acquis et on sait qu'ils sont prêts à s'investir encore plus.

Cela nous donne beaucoup d'assurance pour pouvoir clôturer cette opération qui est l'une des plus grosses jamais réalisées en Tunisie, de surcroît, dans un contexte économique très difficile.

Quelles sont vos prévisions ?

Le business plan prévoit d'être autour de 240 millions de dinars de chiffre d'affaires à l'horizon 2025, en plus d'un bénéfice compris entre 20 et 25 millions de dinars. Cette année, nous ne ferons pas beaucoup de croissance au niveau du chiffre d'affaires mais nous arriverons à maintenir et à améliorer le résultat net au vu d'un apport positif de l'année dernière en raison du confinement. Cette année, l'amélioration de la qualité de notre portefeuille permettra à AMI Assurances de dépasser cet apport.

A partir de l'année prochaine, nous réaliserons des bénéfices de 6 à 7 millions de dinars. Nous visons par la suite des bénéfices compris entre 12 et 13 millions de dinars pour le porter autour de 20 millions de dinars en 2025. AMI Assurances devra renouer avec des rentabilités de plus en plus classiques avec un portefeuille plus diversifié qu'il ne l'est aujourd'hui.

Nos revenus provenant du secteur automobile vont recommencer à croître et représenteront près du tiers du chiffre d'affaires avec une contribution de l'assurance-vie située entre 20 et 25%, contre 10 et 15% pour l'assurance incendie et tous risques.

Avez-vous des ambitions d'expansion et de développement sur le continent africain ?

Dans le plan 2018-2025 que nous avons établi, nous nous sommes focalisés, dans un premier cycle, sur nous-mêmes puisqu'il fallait assainir nos comptes et revenir à l'équilibre. Désormais que c'est chose faite, nous avons une deuxième phase initiée en 2021 durant laquelle nous devons repositionner AMI Assurances comme étant un acteur de référence sur la scène tunisienne.

Ainsi, nous n'avons pas prévu d'expansion en dehors de la Tunisie. Néanmoins, nous discuterons avec nos partenaires et nous déterminerons les apports nécessaires en fonds propres au moment opportun.

Propos recueillis par Omar El Oudi

Publié le 14/10/2021 15:36:33

1 COMMENTAIRE SUR CET ARTICLE
mainz


18/10/21 10:13
vous etes bien seul a y croire à un avenir meilleur
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