Depuis l'introduction massive des constructeurs chinois sur le marché tunisien aux alentours de 2016, une question centrale préoccupe les experts, les concessionnaires et, surtout, les ménages : quelle est la véritable pérennité financière de ces investissements ?
Pour le consommateur tunisien, l'automobile représente souvent le deuxième investissement le plus important après l'immobilier. Dans un contexte de pression sur le pouvoir d'achat et de glissement monétaire, la capacité d'un véhicule à ne pas " fondre " financièrement est un critère de choix déterminant.
Entre les forces macroéconomiques qui soutiennent les prix et les interrogations techniques sur la longévité, nous avons analysé les mécanismes qui régissent la revente pour déterminer si la voiture chinoise a réussi son pari de stabilité patrimoniale.
Un soutien artificiel à la valeur résiduelle ?
Une analyse approfondie du marché de l'occasion indique que les véhicules chinois en Tunisie afficheraient une stabilité remarquable de leur valeur résiduelle, venant ainsi contredire les idées reçues.
Pour de nombreux ménages, l'automobile issue de Chine ferait désormais office de valeur refuge. Ce phénomène ne résulterait pas d'une prouesse technologique isolée, mais s'expliquerait par des facteurs macroéconomiques spécifiques au marché local.
Néanmoins, il est important de nuancer : le prix de transaction final dépend étroitement de l'état intrinsèque de la voiture, de son antériorité et de son usure. Bien que la tendance globale soit au maintien des prix, la réalité du terrain pourrait révéler des disparités significatives en fonction de l'entretien du bien.
La pression de la demande et les quotas
Le système des quotas d'importation crée une rareté structurelle. Face à des délais de livraison longs pour le neuf, le marché de l'occasion devient une solution de repli immédiate. Cette tension entre une offre bridée et une demande croissante soutiendrait artificiellement les prix vers le haut.
Le premier pilier donc de cette stabilité résiderait dans le système des quotas d'importation. En limitant le nombre de véhicules neufs entrant sur le territoire, l'État a instauré une pénurie mécanique. Lorsqu'un modèle " best-seller " est épuisé en showroom, le consommateur se tourne naturellement vers le marché de la seconde main.
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Cette pression de la demande, face à une offre de neuf bridée, soutiendrait les prix de l'occasion à des niveaux parfois surprenants. Sur les plateformes de vente de voitures d'occasion, le prix d'un véhicule disponible immédiatement pourrait ainsi s'aligner sur celui du neuf, effaçant la décote habituelle liée à la première immatriculation.
Il est, toutefois, crucial de préciser que les prix observés ne constituent pas une règle fixe. La valeur résiduelle d'un véhicule chinois en Tunisie dépend d'une multitude de facteurs : l'âge, le kilométrage, mais surtout l'état de conservation (carrosserie, intérieur, suivi mécanique).
N.B. Les chiffres ci-dessous représentent des moyennes de marché constatées en avril 2026. Des écarts significatifs pourraient exister : une voiture accidentée ou mal entretenue pourrait se négocier bien en dessous de ces valeurs, tandis qu'un exemplaire " état neuf " avec un très faible kilométrage pourrait franchir le haut de la fourchette. (Les valeurs sont approximatives)
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Marque |
Modèle |
Prix Neuf au Lancement (Moyenne) |
Prix Occasion (Avril 2026) |
Variation de Valeur (%) |
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Chery |
Tiggo 1X (Pop) |
35 000 DT (2021) |
34 000 — 42 000 DT |
-2% à +20% |
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Chery |
|
19 000 DT (2016) |
18 500 — 24 000 DT |
-2% à +25% |
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Chery |
Tiggo 7 Pro |
89 000 DT (2022) |
85 000 — 98 000 DT |
-5% à +10% |
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Geely |
Coolray |
89 000 DT (2022) |
82 000 — 94 000 DT |
-8% à +5% |
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MG |
MG 3 |
30 000 DT (2017) |
30 000 — 40 000 DT |
0% à 30% |
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MG |
ZS |
68 000 DT (2022) |
55 000 — 65 000 DT |
-19% à -6% |
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Haval |
Jolion |
89 000 DT (2021) |
65 000 — 75 000 DT |
-30% à -5% |
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Haval |
H6 |
67 000 DT (2017) |
50 000 — 60 000 DT |
-25% à -10% |
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Faw |
Bestune X40 |
74 000 DT (2020) |
60 000 — 70 000 DT |
-19% à -5% |
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DFSK |
K01S |
27 000 DT (2021) |
24 000 — 30 000 DT |
-11% à +12% |
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Dongfeng |
S50 |
50 000 DT (2020) |
38 000 — 46 000 DT |
-22% à -8% |
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BYD |
Atto 3 (EV) |
124 000 DT (2024) |
112 000 — 120 000 DT |
-10% à -3% |
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GAC |
Emzoom |
95 000 DT (2024) |
88 000 — 96 000 DT |
-7% à +1% |
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Baic |
Kenbo S3 |
42 000 DT (2017) |
28 000 — 34 000 DT |
-33% à -19% |
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BYD |
Tang (essence) |
145 000 DT (2022) |
120 000 — 130 000 DT |
-18% à -10% |
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Foday |
F22 D |
89 000 DT (2021) |
62 000 — 75 000 DT |
-30% à -15% |
L'effet de l'inflation
L'augmentation constante des prix du neuf, portée par le glissement du dinar et les coûts logistiques, agirait comme un bouclier pour l'occasion. Lorsqu'un modèle gagne 10 % sur son prix catalogue en deux ans, sa version de seconde main verrait mécaniquement sa cote stagner, voire augmenter en dinars nominaux. Ce phénomène pourrait permettre à certains propriétaires de revendre leur bien à un prix proche de leur investissement initial.
Le glissement du dinar face aux devises de référence (Dollar et Euro) constituerait donc un facteur clé. Puisque les voitures neuves sont importées, leur prix catalogue subit des réajustements annuels fréquents. Un véhicule acquis il y a quelques années pourrait ainsi voir son " prix de remplacement " en neuf augmenter de 15 % à 20 %.
Dans cette configuration, le marché de l'occasion agit comme un miroir : le vendeur ajuste son prix en fonction du coût actuel du neuf, ce qui permettrait, dans bien des cas, de récupérer la mise initiale en dinars nominaux, voire de réaliser une légère plus-value.
Une perception en mutation mais avec des disparités
S'il est vrai que la méfiance initiale envers les marques chinoises s'est largement dissipée au profit d'un pragmatisme économique, le marché ne serait pas uniforme.
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Certaines marques, bénéficiant d'un réseau de service après-vente (SAV) plus dense et d'une meilleure disponibilité des pièces, garderaient mieux la cote que d'autres. Les marques plus " discrètes " ou ayant un historique plus court sur le territoire pourraient subir des décotes plus conformes aux standards internationaux (entre 15 % et 25 % sur 3 ans), prouvant que la règle du maintien des prix souffre bel et bien d'exceptions selon la notoriété du constructeur et de son représentant local.
Le segment des citadines et " populaires "
C'est ici que l'anomalie est la plus visible. Le régime de la voiture populaire offre des prix d'appel très bas, mais l'accès y est restreint par des délais d'attente souvent décourageants.
Exemple type : Une Chery Tiggo 1X acquise aux alentours de 35 000 DT en 2024 pourrait, selon l'état du marché en 2026, se négocier dans une fourchette allant de 35 000 DT à 42 000 DT. Cette appréciation apparente serait le fruit direct de la " prime d'immédiateté " que l'acheteur est prêt à payer pour éviter les listes d'attente.
Le cas de la MG 3 : Lancée à des tarifs compétitifs, elle resterait une valeur sûre. Un modèle de 2017, initialement vendu autour de 30 000 DT, pourrait se retrouver aujourd'hui entre 36 000 DT et 44 000 DT, témoignant d'une stabilité remarquable pour un véhicule de 8 ans.
L'importance cruciale de l'entretien mécanique
Il est important de noter qu'un véhicule chinois dont le carnet d'entretien est à jour, avec des passages réguliers dans le réseau officiel, bénéficierait d'une surcote immédiate.
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À l'inverse, l'absence de traçabilité des vidanges ou l'utilisation de pièces de rechange non certifiées pourrait entraîner une décote brutale, souvent supérieure à 20 % par rapport à la moyenne du marché.
Le facteur kilométrique : Le seuil des 100 000 km
Le marché semble appliquer une règle de prudence psychologique. En dessous de 100 000 km, la cote resterait extrêmement ferme. Passé ce cap, une érosion naturelle du prix pourrait se manifester, même si elle resterait moins prononcée que par le passé.
Un véhicule affichant 150 000 km au compteur pourrait ainsi se situer dans la fourchette basse des estimations, quel que soit son état esthétique.
L'utilitaire : un cas d'école de valeur refuge
S'il est un domaine où la valeur résiduelle défierait toute logique de dépréciation, c'est celui de l'utilitaire léger. C'est l'exemple du DFSK K01S : Ce petit camion, devenu indispensable aux commerçants tunisiens, a été lancé autour de 25 000 DT. En 2026, il n'est pas rare de voir des offres jusqu'à 30 000 dinars.
Ici, la valeur résiduelle ne serait plus liée au confort, mais à la rentabilité. Tant que l'outil de travail est fonctionnel et que les pièces de rechange sont accessibles à bas prix, le marché ne lui appliquerait quasiment aucune décote.
Toutes les marques ne se valent pas
Il convient de tempérer l'enthousiasme général : la " cote chinoise " n'est pas un bloc monolithique. Le marché ferait preuve d'une sélectivité accrue. Certaines signatures chinoises ont réussi à se forger une image de " standard " en Tunisie.
Cette validation par la rue stabilise la cote. Une marque qui ne parviendrait pas à rassurer sur sa pérennité à long terme verrait logiquement ses prix d'occasion s'effondrer dès la fin de la période de garantie.
Perspectives : vers une stabilité durable ?
Pour l'avenir, plusieurs facteurs pourraient influencer cette dynamique de valeur résiduelle. L'arrivée des véhicules électriques (EV) et hybrides rechargeables (PHEV) de marques chinoises, comme BYD ou Geely, introduit une nouvelle variable : la longévité des batteries.
En 2026, le marché commencerait à peine à évaluer la cote de ces modèles technologiques. La valeur résiduelle pourrait ici dépendre de la confiance accordée à la technologie de stockage d'énergie, un domaine où les constructeurs chinois sont leaders mondiaux, ce qui pourrait, une fois de plus, jouer en leur faveur.
Cependant, toute modification de la politique monétaire tunisienne ou un assouplissement des quotas d'importation pourrait, en théorie, provoquer un ajustement des prix de l'occasion vers le bas. Le marché actuel vivrait donc sous une forme de protection artificielle qui, bien que solide depuis une décennie, resterait sensible aux décisions macroéconomiques.
En définitive, l'affirmation selon laquelle les véhicules chinois garderaient la cote en Tunisie semble globalement vérifiée en 2026, mais elle doit être manipulée avec précaution. Ce maintien de la valeur résiduelle serait le résultat d'une conjoncture unique : inflation, quotas, et amélioration réelle de la qualité des produits.
©IlBoursa.com
Publié le 23/04/26 10:03




